Plutaich., Lyewrg,, n
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Syl. Vous pouvez avoir raison ; je me souviens même que des dispositions pareilles existent dans nos anciennes lois^
Lts. La législation de Lycurgue était donc une législation barbare ; elle semblait s'être proposé pour but de ramener les hommes à cet état sauvage et sanguinaire qui n'est que trop réellement Tétat de nature, autant que nous pouvons le concevoir. Quelles ont été, je vous le demande^ pour les Spartiates, les conséquences de leur état politique? L'ignorance, la superstition, la pauvreté, la violence, la cruauté ; voilà ce que Lycurgue avait donné à sa patrie, ce qu'il voulait lui léguer en héritage perpétuel, pour la doter de cette bravoure sauvage, de cette patience à la douleur, qui caractérisent les peuples les plus grossiers. Il réussit; et ceux qui ne voient dans les œuvres des hommes que l'adresse à atteindre un but, l'habileté avec laquelle on y parvient, ont dû regarder Lycurgue comme un très-grand législateur. Hais le but auquel on vise est bien aussi quelque chose : et si l'homme habile que vous admirez a constitué un Ëtat en guerre ouverte avec l'humanité, s'il y a rendu le crime nécessaire et fatal en faisant de l'oisiveté absolue un devoir et un titre d'honneur, ses talents et sa puissance ne sont-ils pas le fléau de ses semblables ?
Stl. Il m'est difficile de n'être pas de votre avis : et pourtant, ce n'est pas ce que disent les historiens. A les entendre les lois de Lycurgue ont fait la gloire et la puissance de Sparte; et c'est pour s'en être écartés que les Lacédémoniens ont petit à petit perdu leur puissance.
Lts. Oh ! si vous acceptez comme argent comptant toutes les fariboles que vous débitent ces déclamateurs, je n'ai rien à vous dire ; mais soyez certain qu'ils ont pris l'effet pour la cause. Ce n'est pas parce que les Spartiates ont abandonné les lois de Lycurgue qu'ils sont tombés à un tel abaissement;
1. Cic, De leg., ITl, 8 ; Seneca, De tra, 1, 15; Tibul., Ékg., U, b, v. 80.
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c'est parce que cette horrible législation les menait à leur perte totale qu'il a bien fallu s'en éloigner peu à peu.
Stl. Voilà un étrange paradoxe.
Lts. Je le sais bien : et pourtant il ne faut pas le rejeter à la légère et sans l'avoir examiné. Car remarquez qu'à l'époque où se formèrent les républiques grecques, c'est-à-dire vers le temps de Godrus, Sparte comptait à peu près autant de citoyens que la république d'Athènes ou toute autre : et si, comme cela paratt vraisemblable, ses habitants étaient plus exercés que les autres aux travaux militaires, cette ville, avec une force numérique égale, avait une véritable supériorité. C'est ainsi qu'en ont jugé les Grecs avec raison pendant une première période. Cette proportion a dû se maintenir tant qu'une guerre continue a décimé tous les peuples grecs à peu près également ; alors, en effet, nous ne voyons pas Sparte déchoir plus qu'Athènes ou Thèbes. Mais bientôt, et malgré des combats sans cesse renaissants, l'industrie, le commerce, les arts s'introduisent dans toute la Grèce et y ouvrent de nouvelles sources d'aisance et de bien-être. Vous croyez que Lacédémone va suivre la même voie ? Point du tout : parquée dans sa législation brutale, elle laisse tout se développer autour de son territoire ; pour elle, elle reste dans une stagnation complète, ne faisant d'affaires avec personne, écartant de son sein tous les étrangers ^ qui se rendaient en foule à Corinthe ou dans Athènes, se félicitant enfin de sa paresse et de son isolement.
C'est là que commence visiblement notre décadence. Autour de nous tous les peuples s'élèvent ; et nous, qui restons en place, nous sommes comparativement plus bas qu'eux, non pas, comme on le dit, pour avoir abandonné les lois de Lycurgue , mais pour ne pas les avoir rejetées assez tdt. Mouvement d'un côté, arrêt et recul de Tautre: cet effet se con-