‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 36 sur 226 · NicoL DamaflC.» Sist. univ · texte numérisé non relu

NicoL DamaflC.» Sist. univ

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tinne et s'augmente ; nous tombons dans la plus affreuse pauvreté. Tandis qu'autour de nous sont des nations riches et industrieuses, nous mangeons tristement notre brouet noir et nous nous réduisons à une telle misère que les Samiens, nos alliés, nous ayant demandé un secours pécuniaire, on répondit d'abord qu'on n'avait pas d'argent ; puis on décréta que tout le peuple, hommes, femmes, enfants, vieillards, et même les animaux domestiques, iraient un jour se coucher sans souper, et qu'on ferait hommage aux Samiens des aliments économisés par ce jeûne S

Syl. C'est un moyen nouveau de porter secours à ses amis.

Lts. Vous riez, et concevez à peine un tel degré de misère. Dites-moi cependant si ce n'était pas la conséquence inévitable de ces horribles lois qu'on nous vante de siècle en siècle, et que quelques hypocrites font encore semblant de regretter?

Stl. J'avoue que cela me parait bien probable.

Lts. Vous pouvez dire certain ; et, en effet, notre abaissement devint de plus en plus profond. Les lois de Lycurgue, je vous l*ai dit, n'étaient faites qu'en vue de la guerre étrangère'. Dès que cet aliment des prétendues vertus lacédémoniennes vint à manquer, le peuple, retombant dans sa grossièreté première, dans son ignorance de tout art, de toute industrie, de tout commerce, sans moyen comme sans désir de se faire une autre position, et ne pouvant supporter la sienne, se trouva le plus arriéré et le plus misérable de tous les peuples de la Grèce. Les habitudes, les coutumes que la force des choses, les nécessités de la nature humaine ont introduites partout où il y a une société, se firent jour à Sparte. Dès qu'on put se reposer ou tromper la vigilance des

1. Arist., Oeconom., U, t. II, p. 503, B. de Tédition de DuTal.

2. Arist., Polit., VII, 14. Voyez le jugement de ce philosophe sur la législation de Lycurgue.

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magistrats, il y eut entre les hommes des transactions, des échanges ; il y eut des gens de talent et des incapables, des laborieux et des fainéants, des économes et des prodigues ; ceux-ci engagèrent leurs biens entre les mains des autres pour obtenir ce qui faisait l'objet de leur envie ; de là des dettes ; de là ce qu'on a a|)pelé le luxe, c'est-à-dire l'accumulation des choses désirables dans les mains des hommes les plus rangés ; de là l'inégalité, ou, comme on a dit trop souvent, l'altération de l'ancien ordre des choses, c'est-à-dire la séparation plus tranchée de ceux qui conservaient leurs biens et les augmentaient, et de ceux qui, au contraire, les négligeaient et les dissipaient.

Ce fut au milieu de cet état de Lacédémone, rendu cruel surtout par le manque d'industrie, l'habitude de la paresse et l'ignorance des Spartiates, que l'éphore Épitadée, pour se venger d'un fils dont il était mécontent, fit passer une loi qui permettait à tout particulier de disposer de sa maison et de son héritage, et de les donner de son vivant ou de les laisser par testament à qui bon lui semblerait S tandis que Lycurgue avait voulu que chaque père laissât à son fils sa part telle qu'il l'avait reçue lui-même*. Dans l'état d'ignorance et d'inertie dont je vous ai présenté le triste tableau, une loi, qui conservait toujours à chaque citoyen une portion de terre assurée, était au moins une garantie contre la faim. Après la loi d'Ëpitadée tout tomba entre les mains des riches; le reste périt peu à peu. On compta bientôt que, tandis qu'Athènes possédait encore, comme en ses meilleurs temps, plus de dix mille citoyens*, il ne restait à son antique rivale que sept cents Spartiates d'origine * : et sur ces sept cents.

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