Plutarch., Lytondr,, n* 3. — 2. Ibid,, n
LTSANDRB ET SYLLÀ. 59
puisque vous avez tant de bouté, mettez-moi dans le cas d'augmenter d'une obole la paye de mes mariniers ; qu'au lieu de trois par jour ils en reçoivent quatre. » Le prince, charmé de ma demande, me fit aussitôt compter 10,000 dariquesS que j'employai comme je l'avais dit. Qu'arriva-t-il ? G*est qu'au bout de peu de temps la flotte ennemie manqua de matelots ; tous étaient venus chercher du service où on les payait le mieux ; et ceux qui restaient aux Athéniens exigeaient une augmentation de salaire ou reflisaient obéissance aux ordres des généraux. Bref, il ne me fbt pas difficile de vaincre, surtout quand Alcibiade s'en fut éloigné, une flotte plus habituée que la ndtre à tenir la mer, mais alors privée de ses meilleurs nautoniers.
Syl. C'était agir en homme habile, et je vois que votre bonheur a été, comme le mien, le résultat de la prudence et du talent, beaucoup plus qu'une faveur de la fortune.
Lys. Yous jugez que je ne m'arrêtai pas là. Ce succès me rendait tout plus facile ; je parcourus toutes les côtes en vainqueur, et j'établis partout le gouvernement aristocratique, le seul conforme à celui de Sparte, le seul compatible avec nos intérêts. Je formai ainsi une ligue puissante, dont j'étais le chef invisible, et où commandaient pour moi tous mes amis*. On m'a reproché d'avoir en cela trop favorisé mes créatures, de m'être fort peu soucié de la justice, d'avoir plusieurs fois tyrannisé les peuples' ; je répondrai à ces reproches par ce proverbe français un peu trivial : qu'on ne fait pas une omelette sans casser des œufs ; et qu'en établissant partout la puissance de ma patrie, je ne devais pas respecter les intérêts de ceux qui lui étaient opposés.
Stl. C'est juste; mais cela n'empêche pas le reproche d'être fondé.