Plutarch.^ Lytand., n
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Lts. Assurément. La seule question ici est toujours si j*ai bien fait, et les événements n'ont pas tardé à le démontrer. Le temps de mon commandement étant fini, le peuple, an lieu de me continuer dans ma charge, envoya pour me remplacer Gallicratidas, citoyen d'une probité antique, comme on disait de notre temps', homme de la vieille roche, comme disent les Français, que pour plus de vérité, j'appelai alors et j'appelle encore aujourd'hui tout simplement un sot, pétri de vanité et d'ignorance*.
Stl Ah! vous ne faites pas honneur à la vertu.
Lts. Bah 1 la première vertu, dans un homme chargé d'une fonction publique, c'est de la bien remplir. Celui-ci ne savait pas le premier mot de ce qu'il avait à faire ; il commença par mécontenter tous nos alliés, ne put obtenir même une audience du roi de Perse, qu'il s'était décidé à solliciter, et, voyant tout aller de mal en pis, il risqua enfin et perdit la bataille des Arginuses. Vous vous souvenez qu'il y mourut *; c'est la seule chose qu'il ait su faire à propos. Par là il se tirait au moins d'embarras s'il y laissait sa flotte et son pays.
Syl. On fut alors, si je ne me trompe, obligé de revenir à vous.
Lys. Oui, sur la demande de tous nos alliés et de Gyrus luimême : et comme la loi défendait de nommer deux fois de Fuite le même navarque, on donna le titre à je ne sais quel Aracus, homme de paille dont j'étais censé le lieutenant. Je n'ai pas besoin de vous dire que je rétablis promptement toutes nos afiaires, que je confirmai partout le gouvernement aristocratique, et que mon administration fut couronnée par la prise d* Athènes ^
1. Diod. Sicul., HiMt,, XIH, 76, n» 2; Plutarch., Lytand., n* 7.
2. Voy. daosXénophon {Hût gr.,1) rénumôration des actes de ce général.
3. Plutarch., Lysand,,n'' 7; Xénoph., Eût. gr., l, 6, n* 2; Diod. Sicul., au même endroit
4. Plutarch., Lytand.,n" 7, 14, 15; Xéuoph., BisUgr,, II,2,n"»20 ctsuiv.
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Au comble de la gloire et de la puissance, maître de sommes très-considérables, je les fis porter à Sparte par Gy lippe ^ qui, par parenthèse, en vola sottement une partie, et perdit en un instant une belle réputation, justement et longuement acquise, pour avoir convoité des richesses dont il ne pouvait pas même faire usage à Lacédémone. Plus sage que lui, je ne dirai pas plus vertueux, je m'étais abstenu de toucher à ces trésors, et d*en rien diverfir pour ma famille ou pour moi, d'abord parce que j'étais peu sensible à cette possession, ensuite parce qu'elle se réduisait à fort peu de diose, tant qu'on ne pouvait pas, à Sparte, avoir pour de l'argent les plaisirs et les aises que l'argent procure partout ailleurs; enfin parce que je jouais une partie trop grande et trop belle pour la risquer sur un enjeu comme celui-là.
Cette partie, c'était le changement total des mœurs des Spartiates, le renversement des lois de Lycurgue, et mon élévation au trône ^. J'ai toujours estimé bien peu, je vous l'ai dit, ces législateurs qui, incapables de trouver les lois qu'il faut à l2» 'nature humaine, veulent former d'abord une nature hum? '^e qui s'applique à leurs lois tant bien que mal. Quand ils ont sué sang et eau pour changer ainsi les conditions générales de notre esprit ; quand, nous ayant longtemps plies sous le joug d'institutions tyranniques, ils croient avoir fermé nos Ames à l'attrait du plaisir ou au sentiment du bien-être, mettez ce bien-être en vue, montrez ce plaisir aux hommes : l'âme secoue aussitôt le joug, elle se redresse comme un ressort trop tendu que la main laisse échapper; elle se précipite, en dépit de tous les obstacles, vers ce bien que veut sa nature, et foule aux pieds en courant les lois indignes qui l'ont enchaînée jusque-là.
C'est ce que je faisais en envoyant à Sparte ces richesses
1. Plntarch., Iy«and., n" 17; Xénoph., Hist. gr., II, 3, n"* 8 et 9.
2. Diod., Bist., XIV, 13, n*'* 2 et suiv.; Plutarch., Lyiond., n« 24.
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auparavant inconnues, cet argent et cet or qui nous allaient mettre dorénavant au niveau des autres peuples. L'effet qu'ils y produisirent est vraiment comique. Les vieillards les plus expérimentés, disent les historiens, et, selon moi, les plus encroûtés, jetèrent les hauts cris ; ils me blAmèrent amèrement, dirent quej*étais un empoisonneur public, que j'allais corrompre l'antique discipline» qu'il fallait rejeter bien loin ces richesses maudites ^ Mes amts, qui voyaient un peu plus loin qu'eux, firent sentir que l'argent était nécessaire au gouvernement ; que, quand il n'en avait pas, il était obligé d'en mendier, comme l'avait fait Gallicratidas ; et que, puisque j'avais pris la peine d'en gagner beaucoup et de l'envoyer à la ville, il valait mieux l'encaisser tout de suite que d'aller demain peut-être en solliciter partout sans en obtenir.
La conséquence logique de ces principes, c'était pour moi qu'il fallait non-seulement employer ces sommes, mais surtout mettre nos concitoyens en état d'en produire d'autres par le travail de leurs mains. L'assemblée n'osa pas aller jusque-là. On prit un moyen terme; on décida que l'argent demeurerait dans la ville, qu'il aurait cours seulement pour les affaires de la république, et que, si quelque particulier en gardait par devers lui, il serait, s'il vous plaît, mis à mort. C'était le plus détestable de tous les partis ; car il était impossible que les citoyens méprisassent pour eux-mêmes ce qu'ils voyaient estimer en public, ni qu'ils regardassent comme inutile ce dont ils voyaient que la république tirait un si grand profit '. On leur mettait donc en quelque sorte l'eau à la bouche, et Ton excitait chez eux les désirs les plus violents, sans leur permettre de les satisfaire. Supplice de Tautale 1 Jugez comme les lois de Lycurgue devaient être bien gardées et bénies au fond du cœur par les Lacédémoniens I