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humain serait trop malheureox s'il était aussi commun de commettre des choses atroces que de les croire^ Qui, de Voltaire ou de vous, est ici l'historien profond?
Tac. Ahl me faites-vous l'injure de me comparer à cet écrivain, qui n'a pas toujours la gravité convenable à l'histoire?
LÉv. Je veux croire, pour votre honneur, que vous ne pensez pas un mot de ce que vous me dites en ce moment. Vous savez parfaitement que la forme, triste ou gaie, sérieuse ou légère d'un ouvrage, dépend du caractère de l'auteur et ne prouve rien contre sa pénétration ; qu'au contraire les écrivains les plus moroses ne sont souvent que des pédants ignares qui dissimulent leur faiblesse ou leur incapacité soos un air de préoccupation qu'ils prennent pour de la profondeur'• Je ne veux par là faire aucune allusion maligne, ni à vous ni à ceux qui ont suivi votre système; je réponds seulement, une fois pour toutes, aux gens qui, quand il s'agit du fond, s'amusent à incidenter sur la forme.
Tac. Soit; j'abandonnerai cette difOculté, qui aussi bien est ici secondaire. Hais trouvez-vous chez moi beaucoup de passages où je suppose ainsi les crimes sans en donner la preuve?
Lév. a tout moment, comme je le montrerai si vous le désirez ; et cela avec une telle exagération que Tibère, par exemple, si l'on s'en rapporte à ce que vous racontez de lui, a été l'un des princes les plus humains, les plus sages, les plus accomplis, en un mot, qui se soient jamais assis sur un trône ; et que, au contraire,. si on lit vos réflexions sur ces mêmes fiuts, c'est un tyran pétri de tous les vices et qui a rendu son peuple le plus malheureux du monde '.
1. Siècle de Louû XIF, ch. zzvi. Voy. aussi la Dùsertation sur la morf de Henri fF, chef-d'œuvre de bon sens et d'impartialité.
2. Voy. les ouvrages de Mably, que Condorcet {Vie de VoUairef à la fin) traite avec raison de pédcMi. Grimm {Carretp, littér. , octob. 1770) et Laharpe {Correip. liîtér., lett. 180) le jugeaient de même.
3. Je prie le lecteur de suivre attentivement cette séparation des faits rapportés et des jugements portés sur eux par Tacite : c'est. Je le crois, la
TACITE ET LËVESQUE. 69
Tac. Vous toos moquez de moi ; je n*ai jamais été si inconséquent.
LÉv. Venons aux preuves, puisque vous avez dit que tous m'y attendiez. Par quoi voulez-vous que nous commencions? Par les actes délibère et l'inventaire» si je puis ainsi parler^ de ses vertus et de ses grandes qualités? Nous passerons ensuite au jugement que vous en avez porté.
Tac. Je le veux bien.
LÉV. M'y voici donc. Je ne m'appuierai, faites-y attention, je vous prie, que sur votre texte. J'aurais trop beau jeu, si je voulais ici mettre à contribution d'autres historiens, et en particulier Yelleius Paterculus^ qui avait vu de près et admiré Tibère, et que le succès de vos histoires a fait accuser d'une partialité extrême pour ce prince, tandis qu'en vérité c'est plutôt vous qui êtes injuste à son égard.
Toutefois, et de votre aveu, qui jamais eut une administration plus sage'T H aimait que les charges fussent à vie, pour modérer un peu les brigues et donner plus de moyens aux fonctionnaires de bien remplir leurs places : c'est ainsi qu'il conserva Pison dans sa charge de gouverneur de Rome pendant son absence, et Rome fut très-bien gouvernée*. 11 avait établi la paix et le bon ordre dans tout l'empire ^ et les finances étaient si bien administrées, que, quand il est arrivé des calamités générales, comme un tremblement de terre, une cherté excessive du blé, un immense incendie* , c'est lui qui est venu au secours des peuples; non pas, s'il vous platt, par des moyens petits ou impuissants, mais par le versement de plusieurs centaines de millions de sesterces. Et lorsque des accusations nombreuses, soutenues imprudemment peut-être
première fois qu'on la propose, et elle est fondamentale dans toute cette discussion.