Annal, II
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accusé d*avoir jeté sa femme Apronia par les fenêtres. Personne ne l'a vu ; il soutient que c'est elle-même qui s'est précipitée. Tibère se transporte , de sa personne, chez l'accosét visite la chambre , et y découvre des traces de la résistance d* Apronia et des efforts pour l'en arracher ; il fait son rapport au sénat, qui nomme des commissaires; et bientôt Urgulanie, amie intime de la mère du prince et aïeule de Sylvanus, envoie à celui-ci un poignard, pour lui foire entendre qu'il ne doit compter sur aucune faveur. Cette même Urgulanie, pro6tant de son pouvoir sur l'esprit de livie , refusait depuis longtemps de payer une dette. Pison la fit citer en justice; elle ne comparut pas. Hais quand elle vit que Tibère ne la soutenait pas du tout» elle s'exécuta enfin, ou du moins l'impératrice se résolut à payer pour elle*.
Tibère portait le même esprit partout. Vous remarquez vous-même qu'il allait souvent s'asseoir à l'un des coins do tribunal, pour ne pas déplacer le préteur de sa chaise curule, et que sa présence rendit bien souvent inutiles la brigue et les sollicitations des grands. Mais aussitôt , comme si vous vous repentiez d'avoir avoué le bien qu'il faisait, vous ajoutez que cette manière de faire triompher le bon droit donnait atteinte à la liberté *. Acceptons pour un moment cette décla* ration, tout absurde qu'elle me paraisse. Au bout de quelque temps, arrive le prétendu empoisonnement de Germanicus. Je dis le prétendu^ puisque vous n'avez pu recueillir sur cette affaire que des bruits sans consistance, que vous n'en donnez pas d'autres indices que les on dit )es plus méprisables, et que Germanicus lui-même , en proie à toutes les faiblesses de la superstition la plus extravagante , et plus malade de peur que de mal , n'a pas trouvé, dans le discours larmoyant que vous lui prêtez, l'ombre d'une raison à alléguer contre son ennemi'. Enfin, les criailleries d'Agrippine, et la faveur
1. Annal,, l, 77; II, 34; IV, 22. — 2. Und.^ l, 75. 3. Ânnaly 11,69, 70, 71; cf. III, 14.
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que le people accorde toiigours i ceux qui se plaignent du pouvoir, font une affaire criminelle de ce qui chez nous n'eût abouti qu'à un arrêt de non-lieu. Dans cette circonstance, Tibère, et Drusus probablement par son ordre, montrèrent une prudence et une impartialité qu'on ne saurait trop louer. Hais TOUS, Tacite, qui bl&miez tout à l'heure Tibère d'assister, pour s'assurer comment on rendait la justice, aux jugements qui ne le regardaient pas , vous lui reprochez ici de ne pas avoir instruit et dirigé un procès où, selon vous, il eût été juge et partie ^ I
Tac. Je ne le lai reproche pas en propres termes.
Lèv. Non : mais c'est le sens évident du passage et de plusieurs autres. Vous oubliez d'ailleurs si bien ce que vous avez dit de favorable, qu'après avoir avoué que les accusateurs n'avaient rien trouvé de raisonnable sur le fait de l'empoisonnement, vous revenez avec complaisance sur cette accusation, comme si elle n'avait pas été précédemment anéantie ^
Tac. Les Romains aimaient tant Germanicus et sa femme!
Liv. Eh 1 sans doute. Les mécontents font en tous pays plus de bruit que les autres ; ils se rattachent avec passion à ce qui n'est pas encore ou à ce qui n'est plus. Dès qu'un homme s'élève ou paraît s'élever contre le gouvernement , il est aussitôt vanté comme ce qu'on a vu de mieux sur la terre. Je ne sais vraiment ce qui doit le plus nous étonner, de cette multitude incomparable de vertus et de talents qu'on trouve à toutes les époques chez ceux qui aspirent au pouvoir, ou de cette autre série uniforme d'erreurs , de sottises et de crimes que vous relevez chez tous ceux qui y sont arrivés.
Pour ce qui regarde Agrippine et Germanicus* a-t-on, malgré votre admiration, jamais rien vu de plus médiocre? Germanicus, par exemple, commence chez vous par une
1. Annal, lU, 8, 10, 11, 12, 16. — 2. /&id., III, 14, 17; VI, 24; cf. II, 7.
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comédie mal jouée. Ses légions se révoltent; il résiste, et jusque-là c'est bien. Puis il menace de se tuer : et ici commence la sottise y car ce meurtre n*eût remédié à rien. Et, d'ailleurs, il n'avait pas envie du tout de l'exécuter; puisqu'un soldat lui ayant présenté son épée comme bien affilée, il se garda de l'accepter ^, et se laissa entraîner par ses amis. Ainsi, son début n'est qu'une méchante parade; sa fin ne vaut pas mieux. Il avait des soupçons contre Pîson, j'y consens. Hais ce qui l'y confirme, ce sont ses rêves; ce sont des présages ; c'est surtout qu'on trouve dans les murs et sous le sol du palais des ossements arrachés des tombeaux , des formules magiques, des imprécations, son nom gravé sur des lampes de plomb, en un mot tous les maléfices par lesquels, suivant l'opinion conmiune, on dévoue quelqu'un aux dieux infernaux *. Il faut avouer que voilà pour les Romains un fameux général. C'était vraiment une forte tête s'il croyait à tous ces contes de grand'mère; et un esprit bien pénétrant, s'il n'apercevait pas que Pison n'était ni ne pouvait être pour rien dans ces sottises , et que c'étaient ses prétendus amis qui composaient , enterraient et découvraient ces formules magiques, afin de l'exciter contre Pison et contre l'empereur.
Pour Agrippine, je n'ai rien à vous en dire. Elle abusait de sa descendance d'Auguste pour dire et faire mille choses qu'on eût sévèrement réprimées chez tout autre fenmie. Tibère seul l'a bien jugée , quand il lui a dit que tant qu'elle ne régnerait pas, elle ne serait pas contente, et qu'il n'y avait que ce besoin qui la tourmentât. On finit du reste par exiler cette éternelle conspiratrice*; c'est par là qu'il eût fallu commencer.
Tac. Vous êtes sévère pour ces deux princes.
1. Annai., I, 35. — t. Pria., H, 14, 17, 69. — 3. Ibid., TV, 11, 52, 53; VI, 25; Sueton.y TOm., n* 53.
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Léy. Règle générale* 6 Tacite : quand on me raconte un fait, si je consens à Taccepter pour yrai, je le juge en luimême et par moi-même^ et je ne reçois les réflexions des autres que quand elles sont conformes à ma raison. Eh bien^ je ne peux pas plus approuyer le bien que vous dites ou que ▼DUS insinuez sur ces deux personnages» que la condamnation perpétuelle exprimée ou sous-entendue que vous portez contre l'empereur. Car autant Germanicus a été faible» crédule, incapable ; autant Tibère me semble partout l'homme supérieur et sûr de sa force. Vous remarquez vous-même qu*il conserva jusqu'à la mort la fermeté de son âme et l'agrément de sa conversation ; et il ne cherchait pas à se faire illusion, puisqu'il ne croyait pas à la médecine. Vous rapportez même de lui différents mots, d'ailleurs peu vraisemblables % qui montrent toutefois qu'il mourait tout autrement que Germanicus, votre héros.
Ce n'est pas tout. Qui brava jamais plus courageusement que lui les rumeurs populaires ? Quand les regrets de la mort de Germanicus sont pour les mécontents un prétexte d'interrompre toutes les affaires, il arrête résolument toute cette effusion d'une douleur simulée, par un édit, chef-d'œuvre de bon sens et de fermeté *. Quand un préteur ou des édiles, voulant rappeler les anciennes mœurs, proposent d'empêcher les riches de faire les dépenses qui leur conviennent, Tibère (et vous l'en bl&mez, 6 Tacite) a le bon esprit de dire qu'il n'est pas temps d'exercer la censure ; qu'il faut tolérer les vices enracinés, au lieu de faire connaître à l'univers des désordres contre lesquels on ne peut rien* ; que d'ailleurs ces prétendus désordres tiennent à de tout autres causes que celles qu'on signale.
L'occasion se présente de traiter des questions religieuses^.