Sueton., Tiber., n
88 TACITE BT LÉVESQUB.
gens n'hésitent pas à charger Tibère de ce double reproche. Il faudrait pourtant choisir; car, enfin, les deux assertions ne sauraient être vraies ensemble. Vous louez en plusieurs endroits le désintéressement de Tibère, et, qui mieux est, TOUS le prouvez ; Suétone l'accuse, au contraire, d'avoir été avare*. Ici, sans doute, c'est Suétone qui se trompe, puisqu'il est obligé d'avouer des faits qui détruisent son assertion. Mais combien y a-t-il d'endroits où nous ne saurions dire qui des deux est en erreur?
Vous dites, par exemple, de Harcellus, qu'après avoir ôté la tête d'une statue d'Auguste pour mettre à la place celle de Tibère, il fut acquitté sur ce point; Suétone dit qu'il fut condamné^. Les commentateurs font de vains efforts pour concilier ces deux assertions*: il est clair que l'un de vous deux au moins s'est trompé. Lequel ? nous l'ignorons. Seulement, vous conviendrez avec nous que ces dissentiments ne sont pas propres à vous attirer des lecteurs philosophes une grande confiance.
Tac. Je ne saurais le nier.
LÉv . Notre seul moyen de contrôle, pour les faits, est alors celui que nous tirons de la comparaison des divers historiens, et de la plus ou moins grande vraisemblance de ce qu'ils nous disent. Mais pour les jugements, il n'y a pas même à invo-quer les historiens ; ils peuvent avoir été tous en erreur.
Tac Comment, tous se seraient trompés?
LÉT. Sans doute, si un préjugé universel, répandu de leur temps, les a entraînés à leur insu. Qui ne lirait chez nous que les livres écrits pendant la Révolution croirait que nos derniers rois étaient des monstres de cruauté. Si nous n'a-