Grandeur e$ décadence des RomainSy ch. xvi
TACITE ET LÉVBSQUE. 95
avait adopté. Ce Lucius YéruSi quoiqu'il fût un indigne débauché, n'était pourtant pas tellement aveugle, qu'il ne vit fort bien, au moins iquand i) n'était pas ivre» ce qui se tramait contre l'empereur ou contre lui. 11 avait appris qu'Avidius Cassius, à la tête des légions de Syrie, sur lesquelles il exerçait un pouvoir despotique» songeait à secouer toute obéis» sance aux empereurs. Il écrit à Marc Aurèle : « Avidius Cassius, autant que j'en puis juger par moi-même» voudrait s'emparer de l'empire. Son ambition avait déjà éclaté sous mon aïeul , votre père ; je vouis engage à le faire surveiller. Tout ce que nous faisons lui déplaît; il augmente beaucoup et son crédit et ses ressources; il tourne en ridicule notre goût pour les lettres, me traite d'extravagant et de débauché, et vous appelle vous-même une vmlle eruickée de rêveries phir losophiques. Voyez ce que vous avez à faire. Je n'ai pour moi aucune haine contre cet homme; mais prenez garde qu'il n'y ait du danger pour vous ou pour vos enfants à laisser à la tête des troupes un homme si ambitieux et si remuante » Vous m'avouerez qu'on ne peut rien lire de plus sensé ; et vous pensez que le chef de l'empire ainsi prévenu va prendre les précautions nécessaires: point du tout Endormi dans le calme stoïcien dont il faisait profession » il répond à Yérus : « J'ai lu votre lettre : elle est plutôt d'un homme inquiet que d'un empereur; elle ne convient ni à nous, ni aux circonstances. Car si les dieux destinent l'empire à Gassius, quoi que nous fassions» nous ne pourrons nous défaire de lui; et si au contraire il ne doit point régner» sans que notre cruauté s'en mêle» il tombera de lui-même, entraîné par sa destinée. » Sur ce beau raisonnement il laisse éclater la coiyuration; Gassius se fait proclamer empereur d'Orient*. Cette entreprise n'eut pas de succès, parce qu'il fut assassiné : le sang n'avait pas moins coulé et la tranquillité de l'empire avait