‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 61 sur 226 · Voyez ci-dessus le dialogue de Titiu et Adrien · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus le dialogue de Titiu et Adrien

Frédéric Soulié, un des écrivains les plus féconds de la Restauration et du règne de Juillet, écrit dans son roman du Magnétiseur (ch. x), les lignes suivantes : < Quand une direction vigoureuse est imprimée à un siècle, quand une volonté forte le dirige, il se revêt d'une couleur uniforme, d'une habitude générale sous laquelle disparaissent les individualités qui n'ont pas assez de puissance pour y résister. Voyez le siècle de Louis XIY ; tous ses généraux, ses courtisans, ses hommes de lettres même, ont«une tournure, une physionomie de famille qui les fait ressembler tous au maître. Il faut descendre aux nuances pour les distinguer. Remontez au siècle du sardanapale Henri III, et voyez, sous ses libidineuses faiblesses , que de caractères originaux se dessinent, que d'individualités pour l'histoire et le drame ! Suivez et remarquez comme, plus tard, la partie forte du règne de Henri lY efface les saillantes figures de la Ligue. Puis observez comme elles renaissent sous Louis XIII, prince faible que les courtisans et un ministre se disputent ; comme elles fourmillent sous la Fronde, comme elles disparaissent enfin sous le grand roi. Le grand empereur fit de même que le grand roi. Il absorba, dans le cours impétueux de son règne, les restes déjà dégradés de la Révolution ; et à part lui, il n'y eut plus de grandes figures que celles qui lui ressemblaient

]. Cette pièce a été écrite en décembre 1857.

le plus, soit par le courage, soit par la hardiesse de leurs fortunes... Hais dès qu'il fut tombé, il y eut une déroute complète, ce ne furent plus les hommes d'autrefois. >

Ce passage est assurément très-frappant. Il a même, à ne considérer que les faits en gros, une apparence de vérité qui séduit ; mais si on l'examine plus attentivement, la fausseté en devient évidente. Il n*est plus qu'une preuve des erreurs où l'imagination peut entraîner les meilleurs esprits. Soulié était un homme d'une mémoire prodigieuse et d'une instruction plus étendue qu'on ne le croit souvent. Il avait au plus haut degré cette faculté de combiner les événements et les circonstances, qu'on nomme presque toujours, d'un nom assez impropre, Vimagination*. Mais cette faculté le maîtrisait fréquemment lui-même, et lui faisait voir dans les faits autre chose que ce qu'ils contiennent réellement. Je n'ai pas besoin de dire que ses lecteurs le suivaient sur ce terrain dangereux. Il est si commode d'une part de recevoir des idées toutes faites; de l'jiutre d'expliquer tous les faits généraux d'un règne avec une foi mule simple et rapide. Ses romans enfin sont si agréables à lire, et l'on est si content d'apprendre et de résumer l'histoire en s'amusant des amours de deux ou trois personnages fictifs, qu'on n'y faisait pas d'autre façon, et qu'on acceptait sans difficulté et dans toute leur portée des jugements comme celui que je viens de transcrire.

L'homme sérieux, l'érudit consciencieux y mettent un peu plus de scrupule. Ils veulent dans ces propositions générales distinguer le vrai du faux, n'admettre que celui-là, et réduire ainsi autant qu'il convient, ces prétendus principes, qui n'en sont que pour les écoliers et ceux qui restent écoliers toute leur vie. Ramenons, s'il est possible, à la vérité, ce que nous venons de lire ici.

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