‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 68 sur 226 · Fain, MaiMucrit de 1813, t. 1, p · texte numérisé non relu

Fain, MaiMucrit de 1813, t. 1, p

répétée tout à l'heure, d*avoir manqué de grandeur ou de majesté ; oui, si vous entendez cette majesté guindée et d'emprunt, cette grandeur qui consiste dans les bravades et l'affectation de sentiments exagérés ; celle-là nous l'avons toujours repoussée comme indigne d'un roi, quoiqu'elle puisse exciter l'admiration du populaire. Mais quant à cette grandeur calme, sereine et vraiment royale, qui ne considère que la justice et ne cherche pas à imposer ses volontés par la force, nous l'avons toujours désirée et conservée; nous ne croyons pas qu'elle ait été le moins du monde entamée par des changements de portefeuilles.

L.-Ph. Assurément, sire ; c'est par là que les Bourbons se sont généralement distingués ; c'est aussi par là que j'ai tâché de vous ressembler et de me montrer digne de ma race.

Nap. Soit ; J'ai peut-être eu tort de regarder comme essentiel à tous ce qui avait été une des nécessités de ma position. Que voulez-vous ? nourri conune je l'ai été dans la plus bavarde et la plus fanfaronne des républiques, il a bien fallu en prendre le ton et les manières.

L.-Ph. J'y consens ; mais ce sera là, si l'on conserve les textes et les phrases, ce qui jettera quelque ridicule sur votre histoire.

Nap. Du ridicule I que voulez-vous dire?

L.-Ph. Pardon si cette expression vous blesse; mais il est impossible de lire aujourd'hui, sans impatience, quelques mots devons ou de vos plus dévoués serviteurs. On vous voit à regret prendre dans vos lettres, dans vos bulletins, dans vos proclamations le ton d'un rhéteur ampoulé, chercher la phrase à effet, barder d'hyperboles et de métaphores un style haché, prétentieux, antithétique.

Méditez-vous une invasion en Russie. Vous exposez votre plan de campagne en écrivant dans vos bulletins : « la Russie attaquée au cœur va dégarnir ses extrémités. » Vous

prenez et faites prendre cette locution pour argent comptant. Malheureusement il arrive tout le contraire de ce que vous aviez annoncé : les Russes n'ont pas défendu Moscou, loin de là, ils Font brûlé ; et vous restez avec votre immense armée en proie aux horreurs d'un hiver rigoureux, dans un pays sans ressources. Que de braves gens vous avez vu disparaître ! que d'espérances se sont évanouies l Au milieu de ce désastre, au moins, vous ne perdez pas votre phrase ; une simple négation la sauve : Nous lisons dans vos bulletins : < La Russie, attaquée au cœur, n'a pas dégarni ses extrémités. »•

Vous écriviez à Hurat à la date du 16 janvier 1813, à cause de quelques inquiétudes qu'il vous donnait : « Je suppose que vous n'êtes pas de ceux qui croient que le lion est mort. Si vous faisiez ce calcul, il serait faux *. » Mucat a-t-il jamais cru que vous fussiez un lion véritable? S'il ne le croyait pas, s'il vous regardait comme un homme très-puissant à une certaine époque, mais dont la force commençait à décliner, n'est-il pas bien puéril de lui écrire que vous êtes encore ce lion bien vivant ; lorsque précisément ses incertitudes, ou si vous l'aimez mieux, sa trahison vous ont prouvé qu'il ne le croit plus.

Nap. J'avoue que j'aurais mieux fait de parler ou d'écrire plus naturellement.

L.-Ph. Ce défaut allait plus loin que vous ne croyez. Vos agents, vos fonctionnaires, vos dignitaires, s'étaient si bien façonnés à l'imitation servile du maître, que tous parlaient, comme vous, par antithèses et par métaphores, un langage pompeux et vide ; ils croyaient avoir sauvé la patrie quand ils avaient enchâssé une grande image dans une phrase ronflante. Le Sénat vote par exemple une levée extraordinaire de deux cent quatre-vingt mille hommes ; et la France ré-

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