‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 75 sur 226 · nrid · texte numérisé non relu

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popularité de TopposittoD politique. Le professorat s'éleva au rang de puissance sociale; il y avait pour lui des ovations et des couronnes civiques. » — Oui, en effety il y avait tout cela; c'est-à-dire que le gouvernement ouvrait un vaste champ aui ennemis qui le démolissaient; que les places même qu'il rétribuait, étaient occupées par l'opposition qu'on laissait libre de parler aussi bien que d'écrire : qu'ainsi la désaffection se glissait partout» et qu'au moment du danger ses loups, loin de le soutenir, l'abandonneraient immédiatement. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver. Je n'entends pas rêve-* nir ici sur les ordonnances de Juillet. C'était un coup d'État : et un coup d'État demandé à être fait avec une certaine habileté, qui manqua certainement à Charles X; mais si ces ordonnances furent l'occasion, elles ne furent pas la cause première de la catastrophe. Celle-ci fut due comme toijgours à la mollesse, ou, si vous l'aimez mieux, à la facilité d'un prince qui, trop confiant dans son droit, laissait au peuple et surtout à ses agents civils ou militaires une liberté excessive. On l'a bien vu en 1848, où les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Était-ce Louis-Philippe qui ne comprenait pas les besoins de son époque? Était-ce lui qui n'accordait pas assez de liberté ? Cela a été dit sans doute et soutenu mille fois ' après sa chute. Mais le régime qui a, depuis le 2 décembre, succédé à la république, et qui a détruit précisément cette liberté dont on nous disait si jaloux, montre bien que la cause alléguée ici est une pure chimère.

Remarque d'ailleurs que ceux qui réclamaient une part plus grande dans les affaires sous le roi Louifr-Pbilippe, n'étaient pas du tout les mêmes qui l'avaient demandée sous Charles X. Ces derniers trouvaient alors injustes et insensées les réclamations de tous ces hommes nouveaux qui voulaient arriver au pouvoir. Pourquoi cela? c'est qu'ils avaient obtenu ce qu'ils désiraient; qu'ils possédaient les places, les honneurs et, en même temps, une extrême liberté. Ils étaient

passés à l'état de lions, et ne pensaient plus qu'il y avait derrière eux des renards qui voulaient le devenir à leur tour, à qui ils avaient laissé prendre un développement et une puissance aujourd'hui redoutables , demain irrésistibles. Ce furent ces renards qui, trouvant l'occasion favorable, en profitèrent avec une grande ardeur. Tu sais ce qui s*en est suivi ; et il est bon que tu y penses sans cesse. La chute de Louis- Philippe aussi bien que celle de Charles X fut, dans le premier moment, accueillie, par la presque totalité des Français, comme une calamité publique, ce qu'elle était en effet. Elle fut aussi déplorée par ceux qui y perdaient et célébrée par ceux qui y gagnaient ou y espéraient quelque chose. On fit comme toujours, des théories après coup sur l'événement. On soutint des thèses pour ou contre. Les thèses contraires au gouvernement déchu furent, comme de raison, les plus nombreuses et les plus retentissantes. Cette prétendue Philosophie aboutit toiyours à glorifier le succès, et surtout à le légitimer. C'est là l'histoire perpétuelle et moralement peu honorable des renards de tous les temps et de tous les pays. Quant au gros de la nation, il n'est pour rien là dedans. On, ne le compte pas, mais on le met en avant : c'est une des adresses du métier.

Tout le monde sait quelles réjouissances , bien sincères cette fois, il y eut en France au retour des Bourbons, en 1814. Après la chute de Charles X, quand l'élection du roi Louis-Philippe eut rassuré tous les esprits, il y eut une acclamation universelle et un contentement aussi profond que général. La même nation a voté pour la république deux ou trois mois après sa chute ; et quatre ans plus tard la même nation a voté pour celui qui supprimait la république. Certes, c'est une occupation fort innocente, et pour l'imagination un passe-temps assez agréable que de chercher à réunir tous les faits historiques par une hypothèse générale ; mais ceux qui aiment réellement la vérité ont d'autres soucis. Ils savent

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qu'on peut appliquer aux peuples ces belles paroles de Montaigne : t C'est un sujet merveiUeusement vain, divers et ondoyant que rhomme; il est mal aisé d'y fonder jugement constant et uniforme ; » et sans croire que les faits humains soient absolument livrés au hasard ou se succèdent sans ordre, ils reconnaissent que les lois en sont assez confuses et obscures pour déjouer notre perspicacité et notre savoir.

— Très-bien, 6 Vérité. Ainsi, selon vous, le rôle de ce que vous nommez les tnautons^ c'est-à-dire en tout pays la masse de la nation, se réduit à ce qu'a dit Rousseau dans une épigramme justement célèbre:

Foor Doos, vil peuple, assis aux derniers rangs, Troupe futile et des grands rebutée, Par nouB d'en bas la pièce est écoutée : Mais nous payons, utiles spectateurs; Et quand la farce est mal représentée.

Pour notre argent nous sif&ons les acteurs *.

— Précisément; il n'y a là ni théorie, ni système, ni hypothèse : c'est le fait dans toute sa nudité, quoique exprimé d'une manière allégorique ; et qui comprendra bien la portée de ces vers, en saura plus sur le gouvernement de l'espèce humaine en général qu'il n'en pourra apprendre dans les livres de cette Pseudo-Philosophie et de ses adeptes.

— Ohl Vérité, s'écria la Philosophie de Thistoire, vous êtes bien sévère pour tant d'hommes savants et illustres, qui , de l'aveu de tous, honorent la France et peut-être le monde!

— Je ne parle pas d'eux, esprit volage que vous êtes, mais des fantaisies que vous leur inspirez, et auxquelles ils se laissent séduire. J*ai soigneusement reconnu chez eux les études profondes et variées qui en font dés savants ou des érudits

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