Du premier froid , n
«4. De diwnatione, 1, 57. La môme opposition- se trouve dans un fragment de Caton conservé par Âulu-Gelle^ Naet, attie., J, 15.
5. Naigeon^ dans l'ôdition stéréotype in-12, ou plutôt Goste dont il a reproduit les notes.
des passages empruntés par Montaigne aax langues étrangëreSy il met ici: < Pour ceux qui entendent le langage des oiseaux et qui sont plus éclairés par le foie d'un animal que par leur propre raison» je pense qu'il vaut mieux les écouter que les croire. > Or, cette version renverse absolument, sinon la pensée, au moins la phrase de Pacuvius. Celui-ci avait dit qu'il y a quelque chose de mieux à faire que de les icou^ ter, audiendum magis quam aiucultandum^ et le traducteur écrit que les écouter est préférable & une autre chose dont Fauteur n'avait pas parlé.
— Il est vrai, dis-je, que c'était un peu embarrassant; s'il avait mis : < Il vaut mieux les entendre que de les écouter, » tout le monde aurait pris entendre dans le sens de comprendre^ comme s'il y avait : « n vaut mieux saisir le sens caché de leurs prophéties que de les écouter longuement. » Le traducteur a espéré qu*il conserverait à peu près le sens en ménageant entre les mots qu'il employait une gradation analogue à celle qui distingue audire d*auscultare.
— Je le crois, reprit Tireau, et je ne doute pas de sa bonne intention ; toujours est-il qu'il n'a pas rendu le sens du latin, et que ce sens était rigoureusement : < Il vaut mieux les ouïr que les écouter. » .
» En effet, nous avons le verbe otOr.
— > Sans doute, c'est là le seul verbe convenable ; il n'y en a pas d'autre, et vous voyez par là combien il est précieux pour nous. Hais qu'est-ce qu'il vous en reste dans la langue commune et dans les dictionnaires ?
— Hélas ! répondis-je, l'infinitif et le participe passé, et à grand'peine le prétérit de l'indicatif et l'optatif.
— C'est vrai, reprit-il ; eh bien I je veux, moi, vous le montrer dans son entier, et cela papier sur table, non pas en imaginant, comme le font quelquefois les ignorants, des formes plus ou moins barbares, et qui n'ont d'existence que dans la tète de leur inventeur, mais en vous présentant un
relevé de phrases anciennes où ce mot aujourd'hui oublié se trouve à toutes les personnes, dans tous les temps, et toujours sous des formes aussi élégantes que régulières.
— Voyons cela! je serais curieux de connaître cette restauration d*un mot si nécessaire : car j'ai toujours été affligé de la légèreté d'un savant Vqai> dans une dissertation sur le Génie de la langue française, écrit : « Il était trop barbare de prononcer /ois, fayaiSy fouisse. » En quoi donc /où est-il plus barbare que la joie; f oyais, qu'un joyau; /ouiwe, que je jouisse? Le critique attribue à la barbarie ce qui n'est que le résultat de la désuétude; il ne voit pas qu'une raison si déraisonnable condamnerait successivement tous les mots dont on aurait été quelque temps sans se servir.
— Examinons d'abord, reprit Tireau, les modes impersonnels : INFINITIF PRÉSENT, oulv, Racine a dit :
Ses rois, à vous oùit, m*ODt paré d'un vain titre*.
Infinitif passé^ oui (invariable).
Vous avez oui le langage de la ville de paix '.
Nous le retrouverons tout à l'heure à la forme variable. Participe présent, oyara. Vous trouvez dans Rabelais * :
Ce que ayants les assistants dirent que vraiment il devait avoir ce nom de Gargantua.
Participe passé, oui, ouïe, ouïs, ouies. Lisez Boileau* :
Que ses faits surprenants soient dignes d'être ouis^ Qu'il soit tel que César, Alexandre ou Louis.
1. Auguis, dans la dissertation annexée au Supplément au Glossaire de la langtte rùmane, par Roquefort. On lit à ce propos dans la Biographie univenelle des contemporains , au mot Roquefort : « Cette dissertation , que M. Auguis n'a pas eu honte de donner sous son nom et même de vendre fort cher à M. Roquefort, n*est autre chose que le Discours sur Vuniversalite de la langue française par Rivarol, sauf quelques mutilations. »
2. Iphigénie, act. IV, se. vi. — 3. Pascal, Provinciales y n» 14. 4. Gargantua^ l, 7. — h. Art poéfique, ch. m, v; 249.
Et dans le conte du chevalier qui entendait la messe pendant ([ue la sainte Vierge était pour lui au tournoi, on trouve :
Le chevalier qui repéroit Des messes qu'outes a voit '.
Passons maintenant aux modes personnels : Tindicatif PRÉSENT sera régulièrement j'oû, tu ais^ il oit^ nous oyons, vous oyez, ils oient ; et l'impératif qui s'en forme, oi, oyons, oyex. En effet, Marot a dit :
J*oi$ en entrant grand bruit et grand tumulte*.
et Sénecé, en parlant du chevalier que Camille a enfermé dans une tour :
La nuit arrive et personne avec elle 11 oit sonner Thorloge du château'.
Gassendi écrivait à Descartes :
G^est vous-même qui oyez les sons *.
L'impératif est encore usité: on lit dans la Fontaine' :
n ne faut jaoïais dire aux gens:
Ëooutez un bon mot, oyez une merveille.
Le FUTUR et le conditionnel sembleraient devoir être youifni, tu outras, etc., mais c'était plutôt j'orrai, tu orras:
Si tu me veux plévir ta foi Que tu jà ne m'encuseras D'une rien que dire m'orras *.
c est-à-dire que tu ne m'accuseras d'aucune chose que tu m'entendras dire.
1. Barbazan, VOrdène de chemlerie et Contes anciens , p. 143.