Joinville, Hist. de saint Louis, p
comme aller et s'en aller; vous l'avez vu par deux ou trois des exemples que je vous ai cités. Quelquefois il est bien avantageux pour les poètes de pouvoir choisir entre deux formes à peu près synonymes. C'est cette raison qui me fait regretter le discrédit où sont tombés les mots maindre ou manoir ^ tirés du latin manere^ et leurs composés remaindre et remO' noir, tirés de remanere.
— Ceux dont M. Butet a dit dans des vers techniques mieux faits que ne l'exige le genre * :
Manoir y pour demeurer, en verbe réfracUire N'indique qu*un logis comme un nom seulement ; Tandis que remanoir ^ pour rester, au contraire, Constant a préféré Texil au changement?
— Justement, répondit-il : le dernier vers exprime, comme Butet le dit dans son explication en prose, que remanoir est tombé en désuétude. Il était pourtant commode, et signifiait autre chose que rester, demeurer, s'arrêter, par lesquels on le remplace ; et l'on trouve encore presque toutes leurs formes dans les vieux auteurs..
Jà por battre ne remaindra*.
Li vilains est à cort remez *.
Le mot manant, employé comme substantif aujourd'hui, fut dans l'origine le participe présent de manoir, ainsi que le prouvent ces vers de Durand*:
Or soit aussi corne à Douay Un borgois y avait manant;
c'est-à-dire qu'il y avait un bourgeois manant ou demeurant à Douai. Ce mot manam amène naturellement le composé remanant, que Join ville écrit remenant^ :
Et du remenant au mort sont aumônes.
1. Coun théoriqi^e d^imtrueHon Hémentaire, p. 54, in-8% 1818.
2. Vieux poètes français^ 1. 1, p. 322. ^ 3. i&id.,.p. 326. - 4. Ibid,, p. 386. 5. Joinville^ Bist, de taint Louis, p. 10.
On le trou?e aussi écrit par un a * :
Qae vous alez le remanant.
Du participe vienneDt les temps je remanaù^ que je remaine^ nous remanonSf etc. ; le présent singulier était je remains; le prétérit et Toptatif, je remessis^ et mieux encore je remainsis. On trouve les deux formes dans le roman des Sept sages* :
Noos renommes seul à seal, moi et vos. Vous remainsites.
— Je n*aime pas tant ce verbe, lui dis-je, que les précédents ; il me semble aussi que vous en avez trouvé de moins nombreux exemples; du moins vos citations sont-elles moins riches.
— Vous avez raison, mais en voici un qui ne vous laissera, je crois,^ rien à désirer : c'est le verbe férir^ tiré du ferire latin, et que nous remplaçons par plusieurs verbes, comme frapper, toucher y piquer ^ etc. ; tant il est vrai que lui-même nous manque; mais il ne manquait pas à nos pères.
L'infinitif est encore du beau style : sans coup férir est une locution proverbiale; Fauteur de la Table ronde a dit * :
Firir ce qae l'on aime C'est cent fois pis que se férir soi-même.
Le futur et le conditionnel étaient je ferrai, je ferrais. Un de nos vieux romans* représente une statue de bronze tenant un arc, et faite avec tant d*art qu'au moindre coup qu'elle recevrait, elle décocherait sa flèche, et sur cette statue étaient gravés ces mots :
Qui me ferra^ je trairai jà.
c'est-à-dire à qui me frappera, je tirerai aussitôt.