‹ Thèses de grammaireChapitre 20 sur 63 · UE VERS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

UE VERS FRANÇAIS

Soupirant pour un si doux martyre, A Vénus ils ne font plus la cour :

Et Sylvie accroîtra son empire Des autels de la mère d'amour, etc.

Voltaire en a fait quelques-uns qui sont partagés de la même manière * :

Sur la terre, — on poursuit avec peine Des plaisirs — Tombre légère et vaine ; Elle échappe et le dégoût la suit.

Si Zéphyre un moment plaît à Flore y Il flétrit les fleurs qu'il fait éclore : Un seul jour les forme et les détruit.

L'autre coupe est peut-être plus rare que celle-ci -, elle a pourtant l'avantage de mettre plus de parité entre les deux incises 9 et, si je ne me trompe , de distinguer davantage le vers de neuf syllabes de notre alexandrin. En voici un exemple dans la fable de l'Abeille et le Coucou ^ traduite de l'espagnol d'Yriarte :

En butinant— autour d'un érable.

Au sot coucou — l'abeille disait :

«Mais fmis donc^ — chantre insupportable,

Finis , pour Dieu ! — ce chant qui déplaît.

En vérité , nulle voix n'inspire

A mon avis autant de dégoût :

Coucou, coucou, c'est toujours- coucou;

N'aurais-tu pas autre chose à dire ?

— Non , par ma foi , répondit l'oiseau ;

Mais de mon chant devrais-tu , m'amie ,

Me reprocher la monotonie ?

Ton miel pour nous est-il si nouveau 1

Tu l'avoueras , c'est ton seul ouvrage ;

Et si depuis une éternité

Par ton travail tu n'as inventé

Rien qui le fit priser davantage,

Quelle raison fait qu'en mon ramage

Tu veux trouver la variété ?

La même loi tous deux nous obHge. »

* Pandore, acte lll; voycr aussi acte V, (oui ù la lin.

L'abeille alors sut lui repartir :

« Dans tout produit qui doit nous servir Bien volontiers chacun la néglige ; Mais la critique à bon droit l'exige S'il ne s'agit que d'un vain plaisir.»

Quelle que soit la coupe que l'on choisit, il faut la conserver dans tout le morceau : le mélange des deux césures fait un aussi mauvais effet que dans le vers de dix syllabes la césure tombant tantôt sur la quatrième, tantôt sur la sixième.

Il faut ajouter que , dans tous les cas , les vers de neuf syllabes seront peu usités *, leur cadence les rapproche beaucoup de notre vers commun, et leur harmonie est certainement moins pure et moins agréable : ce ne sera donc jamais que par exception qu'on l'emploiera.

Le vers d'onze syllabes a la césure sur la cinquième ; la seconde incise a donc six syllabes conmie l'alexandrin. Ce vers n'est guère usité que dans les chansons ; rien cependant n'empêcherait de l'employer d'ime manière suivie, comme on le voit dans cette fable sur le Cygne et le Serin ^ imitée de l'espagnol :

Le cygne au serin — dit un jour en colère : . « Oiseau babillard , — ne peux-tu pas te taire ? De tes cris longtemps comptes-tu m'ennuyer? Ou dans ton orgueil m'oses-tu défier Au combat du chant, moi dont la voix si belle Parait aux chanteurs leur plus parfait modèle? Tais-toi, je le veux. » — ^ Mais Peffronté serin Siffla son censeur et reprit son refrain. Alors se dressant d'un air de suffisance : «Â-rt-on vu , dit l'autre, une telle insolence? Âh ! je ferai bien , parbleu ! d'humilier Par mes chants divins ce vil ménétrier. — Eh ! dit le serin , c'est ce que je désire : Chante, mon ami, chante que l'on admire Ces tours gracieux, ces accents inconnus. D'autant plus vantés qu'ils sont moins entendus.it

Page 1