‹ Thèses de grammaireChapitre 21 sur 63 · DE VERS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE VERS FRANÇAIS

Mis au pied du mur, il se résigne et chante , Et chacun s^enfuit à sa voix glapissante. Ainsi quelquefois on voit prôner un sot Qui se fait huer dès qu'il a dit un mot.

On a quelquefois fait tomber la césure sur la sixième syllabe * ; mais la cadence en est moins nette. Quoi que Ton fasse, du reste, le vers d'onze syllabes se rapproche beaucoup de l'alexandrin-, et comme celui-ci a une harmonie bien plus égale, et qu'une syllabe de plus donne plus de latitude au poëte, il est tout naturel qu'il ait été de tout temps préféré et qu'il le soit encore à l'avenir.

Les vers de treize, quatorze, seize syllabes, se décomposeraient naturellement en incises égales ou inégales, et dont la cadence sera sensible à l'oreille , pour peu qu'elle soit régulièrement continuée.

On cite de Scarron* des vers de treize syllabes dont la première incise en a cinq et la seconde huit, et qui ne manquent ni de gaité ni d'entrain :

Sobres , loin d'ici ; — loin d'ici buveurs d'eau bouillie ; Si vous y venez, — vous nous ferez faire folie.... Vous qui les oiseaux imitez en votre breuvage, Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage !... Jetons nos chapeaux et coiffons-nous de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.

Hamilton a jeté dans ses chansons quelques vers de treize syllabes coupés un peu différemment. Il écrit', par exemple :

Quel soudain caprice M'excite à rimer?

Est-ce encor Varice Qui vient ranimer Un talent frivole — dont on est si rebaltu ? Lanturelu.

* M. Qaicberat , Traité de versification française, note 30 , p. 404.

* tm. , p. 405.

* Œuvres diverses, t. V, p. 332, éd. ia-18 de Ren#uard, 1811.

Et ailleurs , sur lair des Fraises * :

Celle qu'adore mon cœur — n'est ni brune ni blonde : Pour la peindre d'un seul trait.

C'est le plus charmant objet Du monde.

Mais on comprend que, dans les vers destinés à être chantés, le rhythme de la musique détermine la coupure du vers. C'est donc surtout en lisant de suite plusieurs vers coupés semblablement , comme nous avons fait tout à l'heure pour ceu& de Scarron , et pour ceux de neuf et onze syllabes y qu'on peut apprécier l'harmonie dont ils sont susceptibles.

Les vers de quatorze syllabes se décomposent naturellement en deux hémistiches de sept syllabes ou en deux sections inégales y Tune de six, l'autre de huit.

Voici un exemple de ces vers coupés de la première manière-, c'est un madrigal en réponse à une jeune dame qui demeurait à la campagne , et qu'on était allé voir par un fort mauvais temps :

Eh quoi ! c'est vous qui frappez! — c'est vous qu'en mon ermitage. Malgré la pluie et le vent, — malgré la foudre et l'orage, * Et pour causer avec moi — de loin je vois accourir ! Je vous le dis franchement, — c'est avoir bien du courage. — Du courage ! ô vraiment non ; — il n'en faut pas pour venir : Au moment de vous quitter, — il m'en faudra davantage.

La seconde coupure serait peut-être plus favorable à la poésie-, elle aurait l'avantage de rappeler le vers alexandrin par la première section, le vers octosyllabe par la seconde, et d'avoir en même temps une variété dont les deux hémistiches égaux paraissent difficilement susceptibles.

' Œuvres diverses, l. V, p. 352 vi 3Mî.

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