DB VERS FRANÇAIS
Le xvi^ siècle croisa surtout les vers de sept et de trois syllabes dans des stances légères extrêmement agréables , soit selon cette combinaison employée par Michel Marot(1530):
Ma princesse ,
Ma maîtresse , Je suis le fils de Clément ,
Qui sans ruse ,
Par ma muse Salu' la reine humblement ;
soit selon cette autre ^ qu'on trouve déjà chez François Habert (1540), et qui, revenant souvent chez les poètes de cette époque, semble avoir obtenu Tapprobation générale'.
Le renard par bois errant
Va quérant Pour sa dent tendre pâture , Et si loin en la fîn va
Qu'il trouva Le coq par mésaventure.
Il ne me semble pas douteux qu'on ne pût aussi croiser régulièrement les vers de neuf syllabes avec les vers impairs plus petits. Toutefois cette conjecture demande à être prouvée par Texpérience , car on ne doit pas oublier que le vers de neuf syllabes a nécessairement une césure, et que de quelque façon qu'on le coupe, une de ses parties a un nombre pair de syllabes : on retombe alors dans cette combinaison des mesures paires avec les impaires que nous avons dit n'être pas parfaitement agréable à l'oreille.
Si cette raison est véritable, peut-être le mieux serait de combiner les vers indivis de trois , cinq et sept syllabes , avec nos grands vers de dix ou de douze , mais partagés ,
^ Voyez dans le Tableau de la poésie française au XVl^ siècle de M. Sainte-Beuve (p. 91, édition de 1843), une note intéressante sur ce rbythme, dont Fauteur recule d'ailleurs un peu trop l'invention.
504 DES DIVERSES ESPÈCRS
pour cet emploi , en sections de mesure impaire , savoir le décasyllabe en parfaits hémistiches* et le vers de douze syllabes, en césures de cinq et de sept.
Quoi qu'il en soit, voici, comme exemple du mélange des vers impairs, une petite pièce sur le retour à la beauté d'une jeune personne défigurée quelque temps par la petite vérole. Le poète s'adresse à l'une des compagnes de la malade :
Florise , un mal redouté.
De Philis, autrefois ton amie
Avait détruit la beauté ;
Et toi , dans ta jalousie , Tu disais partout avec fierté :
u La voilà désembellie.
De nos champs sans vanité
Je suis donc la plus jolie , Et dès ce moment mon règne a commencé. »
Le mal , Florise , a passé :
Notre lis enfin a redressé
Sa tète longtemps Qétriè.
Une rose était ternie ,
Son éclat s*est rehaussé.
Tu pleures, Florise 1... Âh ! Dieu ! quelle folie !
Garde bien qu'ici quelqu'un passant Ne te trouve en proie au chagrin de Tenvic.
« Florise est-elle enlaidie?»
Dirait-il au même instant, Et cent voix dans la vaste prairie
Lui répondraient : « Non , ^Taiment ,
Elle a cessé seulement
D'être ici la plus jolie.»
Le lecteur a senti certainement que ces vers sont loi n d'avoir l'harmonie de ceux de mesure paire , qu'on associe ordinairement-, et l'on devait bien le prévoir, puisque jusqu'à présent l'oreille des poètes ne les a pas admis. Mais enfin c'est
A Comme les Ters d'Antoine Mage, de Regnier^-Dcsmarais oi de Voltaire, rappelés dans le Cours supérieur de grammaire, t. H , Ht. I, c. 8.