‹ Thèses de grammaireChapitre 29 sur 63 · UNE APRÈS-MIDI CHEZ ANDRIEUX · texte numérisé non relu

UNE APRÈS-MIDI CHEZ ANDRIEUX

question est si cette mélodie passe dans les vers français composés sur le même modèle -, si ce distique de Jodelle rapporté par Pasquier :

Phébus , Amour, Cypris veut sauver, nourrir et orner Ton vers et ton chef d'ombre, de flammes, de fleurs;

si celui-ci composé par Pasquier lui-même :

Rien ne me plaît sinon de te chanter, et servir et orner. Rien ne te plaît, mon bien, rien ne te plaît que ma mort;

ont la même cadence , flattent aussi agréablement Toreille que ceux d'Ovide ou de TibuUe. Je ne décide pas la question, je la pose : toutefois je pense que le sentiment public a répondu pour moi et a rejeté absolument cette prétendue innovation.

— Mon Dieu ! reprit Mivrai, tout est de mode en France. Quand ces vers ont paru pour la première fois, on y a battu des mains *, plus tard , on les a siffles : qu'en conclure ? sinon que rien n'est décidé. Pour moi , je me borne à ce fait, que la cadence des vers latins, tels que nous les prononçons, est encore très-agréable. Vous êtes, je crois, de mon avis ?

— Oui certes , répondirent AUou et Andrieux. Quant à moi, je gardai le silence.

— Eh bien ! je crois mettre exactement le même rhythme dans les vers que je viens de vous lire. Que ceux-ci soient mal cadencés, j'y consentirai volontiers, pourvu que ceux de Virgile et d'Ovide, prononcés par nous, ne le soient pas mieux. Si vous dites que ceux de Virgile et d'Ovide le sont très-bien -, montrez-moi , je vous prie , où est la difierence rhythmique qui fait que les miens le sont mal.

— Cette différence , dit AUou , se sent mieux qu'elle ne s'explique. Vous aurez beau me soutenir qu'il y a parité d'harmonie entre ces vers de Y Enéide :

Page 1