‹ Thèses de grammaireChapitre 32 sur 63 · UNE APRÈS-MIDI CHEZ ANDRIEUX · texte numérisé non relu

UNE APRÈS-MIDI CHEZ ANDRIEUX

ter la rime ? Si fait , vraiment -, nous y avons introduit des césures ou sections qui nous rappellent nos mesures musicales à deux, trois ou quatre temps '. C'est une qualité harmonique très-sensible : elle caractérise nos vers à ce point que , sans elle, sauf les exceptions que le sujet comporte, nous croyons n'entendre que de la prose.

Gela étant, quand vous imitez chez nous la cadence réelle ou supposée des vers latins, vous faites des vers pour ceux qui, comme vous, ont Tesprit tendu sur la règle prosodique ancienne , et qui la trouvent bien appliquée. Pour Torellle vous ne faites qu'une prose presque toujours gênée , parce que vous la soumettez à des coupes qui ne lui sont pas naturelles.

De là les jugements divers portés à toutes les époques sur les vers baifins. Quelques érudits ont pu en faire-, d'autres ont pu les approuver. Le peuple , qui ne sait pas à quel modèle ils se rapportent, qui d'ailleurs fait très-peu de cas de ces rapprochements métaphysiques, le peuple , dis-je, suit uniquement sa sensation. Il trouve dans nos vers français une cadence très-pure et très-agréable dont les vers métriques ne lui donnent aucune idée; et en conséquence il rejette ceux-ci, non pas comme absolument mauvais , mais comme inférieurs de tout point à ce que lui offre naturellement sa langue , et qu'il a l'habitude d'entendre.

Remarquez bien , je vous prie , que je laisse de côté la question puérile à mon sens , et certainement oiseuse do la supériorité de l'un ou l'autre système de versification. Que les vers latins soient plus harmonieux que les nôtres, comme vous le croyez, ou qu'ils le soient moins, comme j'en suis persuadé, c'est une affaire à vider entre érudits, et dont les poètes ne doivent pas se mêler : ils n'ont pour eux qu'une chose à cœur, c'est que leurs vers plaisent à la nation qui

* De quelques points des sciences , etc. , n^ XI , p. 337 cl suiv.

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