S I. — PARTIE CRITIQUE
I. Considérons d'abord la dérivation grammaticale des mots. On a remarqué depuis longtemps que le langage chimique n'était qu'un composé de barbarismes à tous les degrés et dans tous les genres * : oxygène pour oxygone; hydrogène, q/anogène, pour hydrogone, eyanogone; azote probablement pour abioie ou azo%qw, et tant d'autres, montrent à quel point les nomenclateurs étaient ignorants du grec, et combien Guyton deMorveau recommandait à tort, dans le choix des dénominations à introduire , de préférer celles qui ont leur racine dans les langues mortes, afin que le mot fût facile à retrouver par le sens et le sens par le mot'. Eh ! mon ami , pour que les langues mortes puissent nous
" Cwirs supérieur d€ grammaire , 1. 1, H?. HI, c. 8. ' Encyclopédie méthodique , etc. , t. 1, p. 637.
DE LA NOM£NCLATURB CHllIiaUE. 45tf
aider dans ce travail, il faut au moins connaître leurs règles, et ne pas y supposer des mots qui n'y sont pas et n*ont jamais pu y être.
La dérivation des termes chimiques français n'a été ni plus régulière ni plus intelligente. Soufre appelait wufriqae et ioufreux, comme nilre, nilreux et nitrique : pourquoi sulfturique et sulfureux? C'est que soufre, en latin, se dit siilfur. N'est-ce pas là une belle raison ?
Ce mot iulfur a été encore l'origine de ces terminaisons en urej par lesquelles on indique la combinaison de deux corps simples ; on a dit un sulfure , et , par imitation , un fhosphwre, un carbure, etc. Mais ici encore se manifeste l'irrégularité de la dérivation : la terminaison appartient au radical dans sulfure ^ elle n'y appartient pas dans les deux mots suivants. D'où cela vientr-il? a-t-on voulu abréger et réduire les mots & leur première syllabe? pourquoi alors ne retranche-lron rien dans azohire ? pourquoi , au contraire , retranche-tron jusqu'à deux syllabes dans hydrure pour hydrogénure et cyanure pour cyanoginure?
Les noms des sels ont été terminés en aie ou en Ue, selon que l'acide était dénommé par ique ou par eux; un niirate ou un azolate; un niirile ou un azoîite. Il aurait fallu dire de même un sulfuraU^ un phospharate» un muriaUUe : point du tout*, on a dit un sulfate j un phosphate, un muriate. Cependant y pour l'acide carbonique, on n'a pas dit un carbote, mais bien un carbonate, sans aucune contraction ; c'est-à-dire que la dérivation chimique semble être partout le résultat du caprice ou de la fantaisie. Du moins , il est impossible , malgré quelques vues générales , de dire exactement d'avance quel sera le nom d'un corps dont on supl)Ose même la production connue. L'acide de l'étain s'appcllera-t-il itamique, du français, ou stannique, du latin? celui de manganèse sera-t-il , avec ou sans syncope , manganique ou manganésique? Rien ne peut nous l'apprendre que la