DB LA NOMBNCUTUBB CHIMIQUE
renconire des mots eux-mêmes. N'est-ce pas là une
tioD déplorable dans une science où les mots doivent jouer
un si grand rôle.
n. Impo$Uion des nom$ généraux. — Les auteurs de la nomenclature ont eu la mauvaise inspiration » et leurs ces^eurs les ont suivis, de prendre, pour désigner les des classes de corps, des noms de la langue usuelle. Dans la chimie surtout, c'était une faute capitale; caries noms étaot partout imposés aux objets d'après leurs apparences , c'està-dire d'après l'effet qu'ils font sur nos sens , la sctence qui avait précisément pour but de poursuivre l'étude des corps dans leurs derniers éléments et, par conséquent, hors du domaine de la sensation ordinaire, devait à tout instant se mettre en contradiction avec l'opinion commune , c'est-àdire altérer ou renserver la signification des mots employés , ou rendre même sa terminologie incompréhensible. C^esl ce qui n'a pas manqué d'arriver.
Qu'est-ce , par exemple , qu'un métal ? Selon raneienhe définition de l'Académie, c'est un corps fusible et malléable. La définition n'est pas rigoureuse, sans doute-, du moins elle rend suffisamment l'idée qu'on attache au mot de méial, une densité assez considérable , un certain brillant , la propriété de pouvoir être travaillé au marteau ou autrement, et de faire enfin des vases, des objets divers.
Mais quand on a voulu partager tous les corps simples en métaux et corps non métalliques-, qu'on a mis parmi ceux-là le potassium et le sodium, qui ne peuvent rester dans Tair à l'état pur et qu'il est impossible d'employer à un usage commun-, quand on a été jusqu'à dire que l'hydrogène n'était peut-être qu'un métal gazeux, comme si ces deux mots pouvaient avoir pour nous un sens quelconque, qu'àt-on fait autre chose que de corrompre la langue en pure perte ? S'il semblait commode de réunir sous un nom commun des corps dont les propriétés fussent à peu près senv
DB LA NOHENGLATUKE CBIHIQDB. 497
blables h celle des métaux , qui empêchait de déranger les lettres du moi.méîal et de créer ainsi un nom nouveau comme tamel ou motel, qui du moins n'aurait eu d'usage qu'en chimie et n'aurait entraîné aucune contradiction.
Nos pères ont nommé acides des substances qui ont à un très^ut degré la saveur aigre. Remarquons bien que le mot addey dans notre langue, n'exprime pas d'autre idée que celle-là. Par analogie , les anciens chimistes ont nommé, et bien nommé aeidei, des substances qui, sans être ordinairement goûtées, avaient cependant et incontestablement cette saveur connue de tout le monde : on a dit ainsi adde êulfiirique, adde nitrique, acide oxalique, etc. Mais lorsque, entraînés par une nouvelle idée que nous avons fait entrer dans l'acide chimique, je veux dire par l'idée de combinaison avec une base, nous appelons acides des substances insipides comme le stéarique ou le margarique; quand nous considérons la silice, c'est-à-dire les cailloux, lé sable, comme un acide silicique^ quand nous appelons l'eau et la rouille de fer des acides, parce qu'elles forment des hydrates et des ferrâtes , que faisons-nous , sinon de sacrifier le sens général des mots de notre langue à la convenance particulière d'une science qui aurait dû prendre tout de suite un autre terme ?
Rien de plus habituel, rien de mieux connu pour nous que le sel. Sa saveur, sa propriété de se dissoudre dans l'eau, de décrépiter sur le feu, nous sont familières dès notre enfance ; et, par un abus de langage facile à comprendre, on a donné le même nom h des substances qui présen-^ tent au goût, au toucher, à la vue, quelque analogie avec le sel commun : tels sont le salpêtre , le sel d'oseille , le sel d'Epsom et d'autres.
Hais quelle idée , je vous prie , peut présenter ce mot „ quand, en vertu d'une définition arbitraire, on y voit la combinaison d'un oxyde et d'un acide? quand, en consé«
458 DB LA NOMENCLATURE ClUnQOfi.
quence, on l'applique au marbre y à la pierre & plAtre, 9Xi\ scories de la fonte de fer? Les sculptures de nos jardins publics sont, comme la femme de Loth, des statues de sd; le jour n'entre dans nos maisons qu'à travers un sel; c'est dans des vases de sel que nous conservons nos vins et nos liqueurs. Le sucre lui-même , selon une certaine Uiéorie , peut être considéré comme un sel; si bien que /pour parler congrùmenty on pourra dire : « SaUz votre café; ces confitures ne sont pas assez $alie$. »
En revanche , le sel lui-même , celui que nous adietoos sous ce nom chez tous les épiciers , le sel n'est plus un sel ; il a le malheur de n'être pas composé d'un oxyde et d'un acide oxygéné : c'en est assez pour qu'on lui ait retiré son nom. Je trouve dans un livre de chimie cette phrase singulière : « Les chlorures sont des composés qui ressembleot tellement à des sels qu'on les a connus sous ce nom jusqu'à présent Tel est le chlorure de sodium (sel marin), qui , dès la plus haute antiquité, portait le nom de sel , et qui maintenant n'en est plus un pour nous*. » — Je ne m'amuserai pas à critiquer la forme grammaticale de la fin de ceUc phrase ; mais que dire de son idée logique et fondamentale? Quoi ! l'antiquité a eu tort de donner le nom de sel a une substance connue aujourd'hui pour être du chlorure de sodium I Mais ne sont-ce pas plutôt les chimistes qui sont des maladroits d'avoir appliqué ce nom des composés où il n'entre pas une molécule de chlore ni de sodium?
11 n'y a dans les sciences aucun avantage à se taire une langue excentrique et dont personne ne comprend les termes ; il y a surtout un immense inconvénient à prendre les mots dans un sens contraire à celui qu'ils ont naturdlement. On n'arrive par là qu'à brouiller toutes les idées , on rend son propre langage une énigme p^pétuelle pour ceux
* Brismontier, Dictionnaire de chimie, mot Chlore» Paris, i826.