DB LA NOMENCLATUKB CHIMIQUE
qui l'entendent , et l'on déshonore la science en la rendant ridicule autant que prétentieuse.
m. Noms particuiiers. — Si les noms généraux n'ont pu avoir notre approbation, les noms particuliers des substances ne l'obtiendront pas davantage, par la raison que l'origine et la création de ces mots a été aussi capricieuse, aussi fantasque, que l'avait été la dérivation grammaticale. Je conviens qu'il est difficile , qu'il est même impossible de créer un nom chimique tout à foit satisfaisant, si la substance qu'il s'agit de nommer n'est pas parfaitement connue, puisque nous ne pouvons mettre dans les noms que ce que nous savons des êtres. La seule chose à faire alors, c'est de donner à une substance nouvelle un nom provisoire , i)ourvu qu'il soit court, facile à prononcer et à retenir, et surtout sans prétention.
Bien loin de là, les inventeurs se sont efforcés, dans les noms imposés par eux, d'indiquer les circonstances souvent les plus inutiles et toujours les plus disparates de la produc-» tion des substances. Ils ont pour cela mis à contribution toutes les langues et toutes les sciences dans tous les pays : c'est un désordre perpétuel et une confusion indéchiffrable dont on donnera une idée suffisante en indiquant rapidement les principales sources des dénominations des corps.
Ce sont : l"" le nom du composé d'où la substance est extraite : acide nudique, citrique^ oxalique^ acide de la pomme , du citron , de l'oseille.
3**. L'apparence du corps : acide mellUigue ou mellique, des pierres nommées pierres de miel, à cause de leur ressemblance avec cette substance -, acide margarique^ du nom latin des perles , dont on lui a trouvé l'éclat.
S"". La manière dont on obtient le corps : acides pyra^ iaririqtte, pyro-eUriqwypyrO'inalique, parce qu'on les Ure d'autres acides, à l'aide du feu.
4**. L'isomérie ou l'identité des parties : acide paratar-
400 DE LA NOMENCLATUAB GIUIIIQUB.
trique, parce qu'il est compose des mêmes élémeots, ei en même quantité, que le tartrique.
5*. Le lieu où les substances ont été découvertes : Tacidr apocrénique signifie tiré des fontaines {apo erénôn) -y Tacide prusiique vient du bleu de Prusse y ainsi nommé lui-même de la nation présumée de son inventeur ^ le nom de Varicm vient de la côte d'Arica, au Pérou*, Tacide aUékgdiqutfiA d'abord nommé lampique, parce qu'il se formait à la lampe sans flamme de Davy.
6^ La couleur ; le chrome, le cUare, Viode, les mi& eroeonique, ro$acique, purpurique^ mélanique et verdiqw, doivent leur nom aux couleurs qu'ils ont ou dont lis soot la cause.
7**. L'odeur: l'ostnttim^ le br&met Véiher cenaniUqWjti' rent leurs noms de la manière dont ils affectent l'odorat.
8®. Les effets produits : la morphine, la nareotim, fooi dormir-, Vémétine rappelle les propriétés vomitives de Tipécacuana*, le q/anogènej ou plutôt un composé dans lequel fl entre, produit le bleu de Prusse; l'acide fulminique est k principe de quelques poudres fulminantes.
9*. Le cid et la terre : Yurane^ le tellure^ le séUmv»* le Èikme, tirent leurs noms A'Uranue, Tellus, Sélènè (la lune), Titan; on est allé chercher jusqu'à une divinité Scandinave* VanadiM , pour nommer le tHmadium.
l(y. L'épenthëse ; c'est une figure de grammaire p^ laquelle on ajoute une ou plusieurs lettres dans Fint^ rieur d'un mot. C'est par épenthèse que malique a formé ffitfliiqué; oUique, oUidique; margarique, margaritique; cofinque, caproique ; tartrique , tartralique et tartrilique , etc.
11''. La métathèse ; autre figure de grammaire par ^ quelle on transpose une ou plusieurs lettres d'un mot : ^' lam a formé ammeline ou ammeUde^ la noix de galle a doone d'abord l'acide goUique, puis , par le renversement de ses lettres , l'acide eUagique.
DE LA NOVENCtATimS CHIMIQUE. 461
42°. L'apocope : c'est encore une figure de grammaire par laquelle on retranche une ou plusieurs syllabes à la fin des mots. Le bi-sulfhydrate d'hydrogène bi-carboné a été nommé mereaptan ou mercaptum , comme mercurivm captam ou tnercurio eaptum; Viihal est formé des premières syllabes i'iikêr et d'alcool; Vazulmine vient de l'azote et de l'acide ulmique-, V aldéhyde est de V alcool diikydrogini ^ l'acide chyazique a été nommé ainsi des initiales c, ky, az, du carbone, de l'hydrogène et de l'azote, qui entrent dans sa composition ; le nom de la paraffine lui vient de ce qu'elle s'unit difficilement aux autres corps ou qu'elle leur est parvm affinis.
Il serait facile de citer encore d'autres noms qui ne se rapporteraient à aucune de ces étymologies déjà si arbitraires. Ces exemples suffisent \ mais si l'on veut savoir à quel excès quelques auteurs ont poussé soit l'abus de ces principes, soit le désir de les suivre dans leurs déductions, on en peut trouver des modèles dans les Comptes rendue des séances de l'Académie des sciences ou dans les Rapports annuels présentés à V Académie de Stockholm \
M. Dumas avait critiqué avec raison * la nomenclature proposée par M. Griffins, qui, traduisant la notation chimique dans un système particuher bariolé de grec et de noms modernes, appelait la craie du calcicariproxintria , l'alun du kalialintria sulintétra oxinocta aquin dodéca, et le fluoborate de baryte du baliborintria fluintétra aqui. Le système actuellement reçu vaut-il beaucoup mieux , quand il produit des noms comme la cumylsalicilamide, la benz&Usulfophénylamide, Yargentbenzoilsulfophénylamide , la eumylbenxdil'iulfophénylamide , etc.'?
* Vojei seulement la table des matières de Tannée 1845, tradoction française, 1846, chez Masson.
* Leçons de pMlotaphie chimique, in-8<», 1837, p. 355.
' Comptée rendus de l'Académie des sciences, séance dn 18 juillet 1853.
469 DB LA NOXiUfCLATORg GHIHIQUB..
IV. Nami miihùiique$. — Il y a des noms plus importants encore que tous ceux que nous venons d'examiner * ce sont ceux que Ton peut appeler méUiodique$f parce qa*ils représentent la méthode même ou la manière dont les chimistes se figurent les progrès de la science : et ces noiBs sont souvent tout aussi blâmables que les précédents.
Nous ne parlons pas de l'erreur remarquée depuis longtemps, par laquelle Lavoisier et ses premiers partisans ayant pris l'oxygène pour un corps à part et sans analogue dans la nature, avaient indiqué ses combinaisons par la terminaison yde, oxydes, au lieu de les appeler oxygure$y selon la finale admise pour les composés de tous les corps simples. Cette fausse opinion, inévitable, sans doute, au commencement de la science, a longtemps , comme on le sait , arrêté les progrès de la chimie -, et le plus beau résultat des travaux de MM. Gay-Lussac et Thénard sur le chlore a été de la détruire irrévocablement. N'aurait-on pas dû dès lois changer le nom de la combinaison et la ramener à la règle générale?
Bien loin de là, on a appliqué aux combinaisons de cet élément, les plus nombreuses , les plus variées et , on peut dire, les plus importantes de toutes, un système de dénominations bizarres et même déraisonnables dont l'exposé historique ne saurait être ici sans intérêt.
Lorsque la nomenclature de Lavoisier * fut adoptée , on avait reconnu que quelques corps , en se combinant avec l'oxygène, donnaient naissance à deux acides dont l'un était moins oxygéné que l'autre. On exprima ce tÉli par les terminaisons ique et eux : adde itUfurique ou sulfureux., acide nitrique ou nitreux.
Getle distinction dans les mots, utile et conmiode sans
* Cette nomenclature, quoione Fidée en soit due à Guyion de Monresm, a été faite d'i^près les idées de LaTOÎsier. Voyez les Leçons de fhUosofku chimique, par M. Dumas.
DE LA NOHENCLATUIIS CHUnODE. v 4«S
doute, avait cependant un grand défaut : elle était irration' nelle, en ce qu'elle seoiblaît faire tomber la différence de composition sur le soufre ou le nitre, tandis qu'en réalité c'était la proportion d'oxygène, c'est-à-dtre de l'élément acidifiant qui variait. Une logique rigoureuse devait donc bire porter ta variation sur le nom de l'acide, et dire l'aeideique ou lacide-eux du soufre , Vaeide-ique ou Yacide-tux du nitre.
Plus tard , on trouva qu'une même base formait quelquefois plus de deux acides ; et , entraîné par ce mauvais système de dénomination , l'on appliqua de la façon la plus bizarre les mots grecs hypo et hyper, qui devaient encore tomber sur l'oxygène ou sur le mot qui l'indiquait, aux adjectif qui ne représentaient que la base; on eut ainsi l'acide hypontlfkreux ,yacide Ayponttnçue, l'acide hyperchtoriqut , qu'il eût été beaucoup plus juste de nommer le iout-aeideeux du soufre, le $ow-aeide'iqtte du nib«, leiur-oeide-i^rue du chlore.
Nous ne prétendons pas dire que les mots proposés ici fussent les meilleurs possibles. Nous montrerons qu'on peut composer un système de noms chimiques, tout conventionnel, plus élégant, plus clair, plus précis. Nous voulons seulement foire voir comment les syllabes caractéristiques dont on avait résolu de se servir, devaient être disposées pour représenter exactement la pensée des chimistes d'alors, en faisant tomber les modifications indiquées sur le signe même de l'élément modifié , et non sur celui de l'élément invariable.
Lorsqu'on eut reconnu que ces quantités progressives de l'oxygène se les corps qui n'étaient
pas acides, qi avait plusi^irs oxydes
de la même qui avait foit séparer
et exprimer eyde d» fer, oceyde de
cuivre, les c , au lieu d'employer