‹ Thèses de grammaireChapitre 9 sur 63 · DB L ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

DB L ORTHOGRAPHE

peu la voyelle finale , et se résout en un souffle à peine perceptible.

C'est pour cela que ces finales dans les vers forment des rimes féminines y et qu'on lit dans Àndromaque* :

Puisqu'une fob le jour vous souffrez que je voie Le seul bien qui me reste et d*Hector et de Troie , J^allais, seigneur, pleurer un moment avec lui.

Il est visible que si voie et Troie se prononçaient comme dans la conversation voi et troi, les vers, bien que terminés par des « muets, seraient en réalité masculins ^ et qu'on manquerait ici à une partie essentielle de l'harmonie de notre versification.

Voici maintenant la corruption double et contradictoire que le langage populaire tend à apporter dans la prononciation de nos verbes en yer.

Presque tous ces verbes ont pour pénultième à l'infinitif le son a ou le son è,\e premier dans les verbes en ayer, ployer (prononcez ploua-yer), le second dans les verbes en ayer ou éyer, payer (prononcez pè-yer).

Il n'y a aucun doute quand la syllabe finale est sonore ;

a liaison entre le radical et la terminaison se fait par la

semi-voyelle y^ nous ployon$, nous payons, je ployais^ je

payais (prononcez nous ploua-yons, nous pè^yons, je

pUma-yais, je pè-yais).

Mais quand c'est l'e muet qui termine le verbe , la prononciation vulgaire tend à supprimer toute liaison après le son a ^ et à la forcer après le son è. On prononce je pUrie, j'envoie, je nettoie, comme s'il y avait je pUn, yenvoi, je nettoi, et au contraire, je paie, l'effraie, conunes'il y avait je pé-ye, '^effri-ye. Il y a excès des deux parts, et l'Académie ,noin de tolérer et d'approuver en quelque sorte

•-Acte 1 , 8c. 4.

DE QUBLQU&S VERBBS EN BR. t6<»

cet abus , par ce qu'elle dit au mot payer, devrait maintenir la règle que Vy se change en î devant Ye muet : qu'ainsi il faut écrire et prononcer Remploie, }'eff)raie, je paie, en allongeant un peu le son final , et non pas en faisant entendre cette syllabe forte ye , qui ne doit pas se détacher de la précédente.

Racine a donc fort bien dit dans Phèdre * :

Il veut les rappeler et sa voix les effraie;

Ws courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.

Et Molière y dans le Dépit amoureux * :

Et que c'est une baie Qui sert sans doute aux feux dont l'ingrate le paie,

U est clair que ces rimes ne seraient pas du tout exactes avec la prononciation forte qu'on donne aujourd'hui aux finales des verbes effraie eipaie, et qu'on ne donne pas, comme on ne doit pas la donner, aux substantifs.

Bien plus , on a reproché avec raison à Molière d'avoir mis dans le Misanthrope * :

Elle est à bien prier exacte au dernier point; Hais elle bat ses gens et ne les paie point.

En efiTet, selon l'ancienne et bonne prononciation, Ve muet ne faisant guère qu'allonger la syllabe , paie rentre dans la règle commune, et ne peut figurer dans un vers si Ye n'est élidé. Au contraire , selon la prononciation abusive de nos jours , l'y entre l'a et 1'^ représente une véritable articulation / aussi bien dans je paye (je pé-ye) que dans payer ou nous payons. Il n'y a plus aucune raison pour ne pas admettre devant des consonnes ce mot et tous ceux que l'A-

' ActeV, se. 6.

* Actel, 8c. 5.

*ActeUl, 8c. 5.

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cadéoûe dit se conjuguer comme lui -, c'est-à-dire qu'il faut changer les règles de notre versification.

Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'autrefois on ne faisait pas dans l'orthographe la distinction que nous faisons aujourd'hui entre l't et l'y; et que dans la prononciation négligée, par l'imitation assez naturelle , mais incorrecte de ce qui a lieu devant les syllabes sonores , on articule fortement la syllabe muette. On dit je pai-ye, yeffrai-yey comme au subjonctif d'avoir, on dit que j'at-ye, que tu ai-ye$, qu'ils ai-yent. Ce sont là des prononciations fautives qu'on tolère volontiers, qu'il ne faut pas encourager, ni surtout donner pour modèle -, et c'est pourquoi on fera toujours bien de suivre la règle générale , et de changer dans tous les verbes en yer Ty en t devant Ye muet '.

Après ces verbes *, examinons ceux qui ont un e fermé pour pénultième. Ils le changent en e ouvert devant les syllabes muettes, céder, je cède, répéter, je répète, etc. La règle orthographique est sans exception. Mais y avait-il lieu de faire une règle? et ne supposait-on pas une distinction fantastique? ou mon oreille me trompe fort, ou il n'y a là qu'une habitude sans motif et qui ne s'est introduite que par suite d'une erreur.

Reprenons les choses de plus haut : en français nous ne distinguons réellement, quant au son, si nous omettons l'^ nasal de bien^ chien, que deux e (Vé fermé qui termine bonté et l'e ouvert de succès). On a parlé d'un troisième i, comme celui de tète, tempête $ c'est le même que celui de succès, seulement il est allongé. Le son n'a pas changé du tout, mais seulement la tenue.

De nos deux e^ le plus commun , sans comparaison, c'est Ve ouvert. Nous n'admettons l'e fermé réel qu'à la fin des mots thé, été, répété. Si l'on y fait attention , on verra que

V Lateaux , ^iciionn, des difficulté de la langue franc. ^ ">o^ Pa^r.

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