‹ Thèses de physique et de chimie présentées à la Faculté des Sciences de Strasbourg ... pour obtenir le grade de Docteur ès SciencesChapitre 4 sur 8 · Mémoire des savants étrangers · texte numérisé non relu

Mémoire des savants étrangers

quable de la constitution binaire de l’acide racémique. Ce singulier acide, dont 1 isomerie avec 1 acide tartrique était restée inexpliquée jusqu alors, se présenta comme la reunion de deux acides identiques par toutes leurs propriétés physiques et chimiques, mais dont les formes cristallines , quoique géométriquement les mêmes , ne peuvent être superposées lune a 1 autre. Ces formes se ressemblent comme l’image et la réalité qui la produit, comme se ressemblent la main droite et la main gauche. De plus, tous les sels de ces deux acides ont des formes correspondantes où l’on retrouve la même relation. Enfin , et c est là ce qui constate d’une manière indubitable la relation de l’hémiédrie et du phénomène rotatoire, les tartrates droits dévient à droite, les tartrates gauches dévient à gauche et exactement de la même quantité en valeur absolue, le plan de polarisation des rayons lumineux.

, Dans des recherches ultérieures , M. Pasteur a montré qu’il fallait distinguer deux espèces d’hémiédrie , l’hémiédrie qu’il apppelle nonsuperposahle , et l’hémiédrie superposable; et que toujours c’est à l’hémiédrie non superposable que correspondait le phénomène rotatoire.

Si aux faits théoriques, que nous venons de citer, on ajoute leurs applications pratiques, les moyens de doser le sucre de cannes contenu dans les substances sacchariferes , la facilite de suivre les progrès de la maladie des diabètes, de juger de la pureté d’un lait.... on comprendra l’importance de ces questions.

Je désire que les résultats que je vais exposer, me fassent mériter de la faculté l’encouragement à suivre cette direction de recherches.

Composés dérivés du cainpUre.

En exposant, précédemment, les exceptions aux lois ordinaires du phénomène rotatoire, présentées par l’acide tartrique, j’ai dit que le pouvoir rotatoire augmentait très-sensiblement avec la proportion d’eau, ou ce qui revient au même, le pouvoir de l’acide tartrique déterminé avec des dissolutions concentrées, est plus faible que celui que l’on obtient avec des solutions plus étendues. On peut même, ainsi que la montré M. Biot, annuler ce pouvoir rotatoire et le faire passer à gauche en prenant pour dissolvant l’acide sulfurique qui , par son affinité pour l’eau, réduit la proportion de ce liquide.

Si l’eau, comme dissolvant de l’acide tartrique, a une inüence si considérable, il serait curieux de rechercher quelle peut être l’influence de l’eau qui, dans cet acide, joue le rôle de base. Mais l’acide tartrique anhydie est insoluble dans l’eau et l’alcool. J’ai pensé que cette recherche de l’influence de l’eau basique sur le pouvoir d’un acide pourrait être effectuée à l’aide de l’acide camphorique anhydre, dont la propriété rotatoire n’a pas été déterminée jusqu’à présent. Avant de rechercher l’action de l’acide camphorique sur la lumière polarisée, j’exposerai certains résultats auxquels je suis arrivé sur l’huile de camphre.

Camphre. La propriété rotatoire du camphre à été découverte par M. Biot, comme je l’ai dit tout à l’heure, ce corps dévie à droite le plan de polarisation quand il est dissous dans l’alcool. Son pouvoir déterminé par M. Biot [ct]v = 35°, 7. Le camphre dont je me suis servi m’a donné exactement le même résultat ainsi que le prouve l’expérience suivante :

Alcool à 88” à 20'

L’appareil de M. Biot et l’appareil à compensateur de M. Soleil m’ont donné le même résultat. Soit g la proportion pondérable de substance active contenue dans l’unité de poids de la solution ; e la proportion de substance liquide inactive ; S la densité rapportée à celle de l’eau à 4®,1 ; t la température; l la longueur du tube d’observation; et j l’angle de déviation correspondant à l’apparition de

la teinte de passage: Le quotient exprime dans ces conditions le

pouvoirrotatoire moléculaire, correspondant aux rayons jaunes moyens.

I^e quotient exprime le pouvoir moléculaire appelé spécifique

par M. Biot, a,f étant la déviation’ correspondante aux rayons l’ouges. Il résulte des mesures prises par M. Biot que dans le cas où la substance disperse les plans de polarisation suivant la même’ loi que le quartz, on a :

Ta

25 ctj

^ Tâ

ou 55,7 =

Tô

Pour alîréger, je désignerai dorénavant les quotients précédents par [et] J et [et] s .

Huile de camphre. On sait que le camphre se dissout dans l’acide azotique, et que la solution par le repos donne lieu à deux couches, dont l’une est huileuse et surnage ; c’est une combinaison de camphre et d’acide nitrique, dont les proportions peuvent être variables suivant la quantité de camphre employé et l’état de concentration de l’acide. Ce corps est coloré ordinairement en jaune et ne se prête pas commodément à la mesure des déviations ; mais si l’on fait servir à une nouvelle dissolution de camphre la liqueur acide que surnageait l’huile, et dont la concentration a diminue, on obtient de nouveau deux couches, mais cette fois la couche huileuse peut être incolore.

L’huile de camphre étant miscible à l’alcool en toutes proportions, il est toujours facile d’étendre de ce liquide une huile de camphre colorée, pour qu’il soit possible d’observer sa déviation. Cela posé, j’ai ajouté à 40^^,280 d’une huile renfermant environ 17,3 p.o/^ d’acide azotique anhydre, 44®-^, 803 d’alcool à 90““= à 8«; le mélange s’est effectué tout de suite par l’agitation. Cette liqueur, un peu colorée en jaune , observée sous une épaisseur de 300*"»" dans l’appareil de M. Biot, donne à l’œil nu comme moyenne 670,33, déviation correspondant a lappaiition de la teinte de passage j avec le verre rouge une moyenne de 46«,3 correspondant à l’extinction du faisceau extraordinaire. Si on établit la proportion ci-dessus, on a:

Cf. f

V = — d ou a; = 20,7.

Il résulte de là et d’autres expériences analogues que cette substance ne disperse pas les plans de polarisation comme le quartz. Si l’on observe la solution précédente dans un appareil à compensateur de M. Soleil, disposé pour recevoir des tubes de bOO*""*, on trouve qu’il est impossible d’établir rigoureusement l’identité des teintes , ce à quoi l’on devait s’attendre, puisque la substance ne disperse pas comme le quartz. Ce qu’il est important de noter ici, c’est l’erreur considérable que l’on ferait en déterminant le pouvoir rotatoire à l’aide de l’appareil de M. Soleil, en établissant d’une manière aussi rapprochée que possible l’identité des teintes des deux demi disques. Ainsi une solution renfermant 46,1 18 d’huile

32,143 d’alcool à 93°

donne à l’appareil de M. Biot une déviation exacte de 69 pour la teinte de passage et une déviation de 79 à l’appareil de M. Soleil. Je reviendrai plus loin sur cette cause d’erreur , qui ne permet pas de substituer jamais complètement , à mon avis , l’un des appareils à l’autre.

L’huile de camphre conserve sensiblement le même pouvoir rotatoire, quelle que soit la proportion d’alcool qui y est mélangée.

Acide camphokique hydraté. Chacun peut apprécier toute l’importance qu’il y a à suivre Ic pouvoir rotatoire d’une substance dans les composés auxquels elle peut donner lieu sous l’action des divers réactifs; tant que la propriété rotatoire se conserve, on peut être assuré que le groupe moléculaire primitif n’a pas été complètement altéré. Car jamais par les procédés artificiels des laboratoires, on n’a obtenu de substances actives sur la lumière polarisée, à moins toutefois de partir de corps qui eux-mêmes jouissaient de la faculté rotatoire. II résulte de là, que toutes les fois que l’action rotatoire existe dans un composé artificiel , cette action ne peut provenir que d’une dissvmétrie existante primitivement au sein du groupe qui a donné naissance à ce composé artificiel.

M. Bouchardat a fait connaître* récemment l’existence du pouvoir rotatoire dans l’acide camphorique hydraté que l’on obtient en oxidant le camphre par l’acide nitrique. J’ai déjà fait remarquer l’importance qu’il y aurait à reconnaître la même propriété dans l’acide camphorique anhydre, afin de pouvoir comparer l’action sur la lumière polarisée des deux acides camphoriques hydraté et anhydre, et d’établir par suite quel rôle peut jouer dans les phénomènes optiques l’eau de constitution des acides. Je désirais aussi déterminer les formes cristallines encore inconnues de ces acides et y rechercher l’existence de l’hémiédrie.

J’ai commencé par étudier avec soin le pouvoir rotatoire de l’acide hydraté et de quelques-unes de ses combinaisons.

Pouvoir rotatoire de l’acide camphorique hydraté. — L’acide camphorique, sur lequel, j ai opéré, a ete préparé par la méthode ordinaire, au moyen du camphre mis en ébullition pendant très longtemps avec l’acide nitrique; on sait que les cristaux d’acide camphorique, qui prennent naissance par refroidissement de la solution nitrique , renferment toujours une certaine quantité de camphre, facilement accusé

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