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VITALITÉ ET DÉVELOPPEMENT DES CULTURES

Avant d'entrer dans l'étude des formes et des variations microscopiques, il faut jeter un coup d'œil d'ensemble sur les cultures et voir comment elles se sont comportées. Les constatations ont été faites après six mois.

Quatre cas peuvent se présenter :

1° Le semis n'a pas poussé et a péri (1) ;

2° Le semis n’a pas poussé, mais n’a pas péri ;

3° Le semis a poussé, puis a péri;

(1) Les résultats négatifs pouvant être accidentels et tenir à un défaut dans l'opération, il faut toujours renouveler l'expérience.

4° Le semis a poussé et n'a pas péri ;

1° Cas. — Rien n'apparaît dans le tube ensemencé et le semis de contrôle ne donne rien. ÿ

Quelques milieux se sont montrés tout à fait rebelles à certaines espèces. Ainsi, l’eau distillée de cannelle, certains acides (glycérophosphorique, sulfurique, borique, salicylique, etc.), la soude à 1 p. 100, l’alun, la liqueur de Fowler. En général, les champignons qui poussent dans ces milieux ne tardent pas à y périr. Mais les exceptions sont nombreuses.

2° Cas. —- Bien plus rare que le premier. Le champignon ne se développe pas ; le tube paraît ne rien contenir ou à peu près: mais, au semis de contrôle, l'espèce se montre avec tous ses caractères. Le semis primitif s’est donc conservé vivant sans germer ni proliférer : on le retrouve intact au microscope. Cette conservation de la vitalité n’est pas toujours en rapport avec une forte cutinisation : certaines levures la possèdent. Elle est importante, car elle peut expliquer des résultats en apparence contradictoires. En effet, la méthode qui consiste à prélever dans les flacons d'origine des fragments du végétal, à les semer aseptiquement sur milieux stériles, à déterminer les espèces obtenues et à leur attribuer la production des filaments observés dans le liquide, est évidemment sujette à caution ; il se peut très bien que les filaments nageant dans la solution atent perdu à la longue leur vitalité (Voy. 3° cas), tandis que des spores non développées et peu visibles, mais vivantes, sont l'origine réelle de la végétation obtenue. Le système suivi ici et qui consiste à porter dans les milieux chimiques stériles des espèces pures en contrôlant les résultats par un semis qui doit reproduire le premier, semble donner au contraire une certitude absolue.

Une dizaine de milieux ont présenté ce phénomène pour une, deux, où plus rarement, trois espèces. Aïnsi, le Trichoderma viride s'est conservé dans le phosphate acide et l'arséniate de soude, le chlorure de baryum, les alcaloïdes;

Lo

ac LOUIS PLANCHON.

le Sterigmatocystis nidulans, dans l'acide gallique, l’alun, la quinine, ete., etc., le Cephalothecium roseum, le Cladosporium herbarum, V'Acrostalagmus, le Ceratostoma, etc., se sont aussi conservés dans quelques rares milieux.

3 Cas. — Le tube contient une végétation parfois très abondante, mais le semis de contrôle reste stérile (1). Le tait est assez fréquent. (Je rappelle que les essais de contrôle ont été faits après six mois.) C'est le cas de l’eau de cannelle et de la liqueur de Fowler pour tous les semis qui ont poussé dans ces liquides. C’est le cas ordinaire pour la soude à 1 p. 100, Facide glycérophosphorique, l'acide borique, l’iodure de sodium, etc. C'est le cas fréquent aussi pourle Cladosporium dans les milieux acides, pour le Dematium dans les milieux alcalins. Au microscope, on peut souvent constater des signes de dégénérescence (huile, granulations, renflements mycéliens, elc.).

4° Cas. — La végétation typique est reproduite par le milieu de contrôle. En comparant les résultats d'ensemble, on est frappé de la prédominance énorme de ce dernier cas sur les autres, en dehors même des milieux vraiment nutritifs, et la conclusion s'impose que la plupart des champignons inférieurs ont une aptitude merveilleuse à se plier aux conditions d'évolution les plus mauvaises. Il est vrai que beaucoup de corps chimiques sont utilisables par les plantes et entrent, par exemple, dans la constitution des engrais, mais ce n’est pas le cas général et l’on se demande comment ces végétaux peuvent se contenter d'aussi maigre nourriture. Il en est qui, ne pouvant se développer dans le milieu même, trop défavorable, ont poussé sur les parois du verre, hors de l’eau, n’ayant évidemment pour se nourrir que la vapeur d’eau qui remplit le tube, et plus d'une fois la fructification s’est faite dans ces conditions. L'eau distillée pure rentre tout à fait dans le 4° cas. En dehors des levures que je ne considère pas ici, j'ai semé dans l’eau

(1) Renouveler l'épreuve pour les mêmes motifs que ci-dessus.

14 espèces dont aucune n'a péri (sauf à la longue le C‘/adosporium). Toutes les eaux distillées ont agi de même, sauf celle de cannelle ; le bromure de sodium à 5p. 100 n’a laissé mourir aucune espèce : le chlorure est dans le même cas. Des corps paraissant peu utiles ou nuisibles (créosote, gaïacol, ferrocyanure de potassium, sulfate de magnésium, alcaloïdes, etc.) ont donné des résultats positifs au semis de contrôle pour presque toutes les espèces (1).

On trouve évidemment de grandes différences dans la vigueur des végétations et dans l'aspect de la culture. Sans doute, à côté de flocons luxuriants se trouvent des termes de passage avec la seconde catégorie : mais, en somme, la plante à poussé et résisté. Dans certains cas, elle s’est défendue en épaississant ses parois, en constituant des formes de résistance, culinisées ou non. Aiïlleurs, sa vigueur naturelle a suffi. Parfois, elle à pu gagner la surface du liquide et y fructifier abondamment. D'autres fois, enfin, l'influence du milieu se fait sentir en empêchant toute fructification. D'une façon très générale, les végétations immergées sont souvent stériles, et il est intéressant de constater, en jetant un coup d'œil sur le relevé des cultures dépourvues de tout organe de reproduction, que presque tous les milieux ont présenté des cas, ou au moins un cas de ce genre. Il semble cependant que certains liquides s'opposent plus que d’autres à la production de spores ou d'organes de reproduction, tout en permettant à la plante de pousser. De ce nombre sont, par exemple, le ferrocyanure de potassium et quelques eaux distillées. |

Il est des milieux qui semblent s'opposer à la cutinisation et chez lesquelsle mycélium, ordinairement coloré, reste plus ou moins blanc. Le ferrocyanure de potassium, le

(1) Chose assez singulière, les milieux nutritils riches comme la gélose, la gélatine, etc., semblent quelquefois conserver moins longtemps la vitalité de certaines espèces qui s’y sont d’abord très bien développées. La dessication de la surface peut être pour beaucoup dans ce fait, mais il se

peut aussi que l'épuisement rapide par une végétation d'abord vigoureuse en soit cause en partie.

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chlorure de baryum, le phosphate acide de sodium, beaucoup d'eaux distillées et certains milieux nutritifs (gélose, gélatine, bouillon, ete.) ont cette propriété à des degrés divers. Mais l’action générale et spéciale de chaque milieu ou groupe de milieux fera l'objet d'un chapitre à part.

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