VI. — MODIFICATIONS MORPHOLOGIQUES DE L'ESPÈCE
Ainsi que je l’ai dit, cette espèce, malgré les variétés des conditions auxquelles elle a été soumise, n’a donné aucune autre forme de reproduction que la spore en massif différenciée en Macrosporium et Aflternaria, ou les diverses formes de passage entre ces spores et le mycélium durable.
En somme, ici le mycélium est le principal objet d'études; mais ses variations sont assez grandes et les {ypes sur divers milieux assez nets, pour que l'examen en doive être fait avec soin. Fragmentation du mycélium, formation d’oïdies de types fumagoïdes, variation dans la cutinisation, dans
(4) Zopf, Zur Entwickelungsgeschichte der Ascomyceten. Chætomium (Nov. act. der K. L. C. deutsch. Akad. der Naturf. Halle, 1881, XLIL, n° 5).
(2) Pour profiter de celte tendance à la formation de corps reproducteurs, j'ai pensé à employer des milieux solides, mais comme le liquide paraissait avoir ici une influence, j'ai imprégné de ces liquides (solution de mannite, glycérophosphate monosodique, eau distillée de menthe, etc.) divers milieux solides, les uns très nutritifs (pomme de terre), les autres peu (bois blanc), les autres, enfin, pas du tout (éponge). Les périthèces ne s'étaient pas développés au bout de plusieurs mois.
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la forme des articles et dans leur contenu, modes spéciaux de génération de la spore en massif, phénomène particulier de sortie de la cellule hors de son enveloppe extérieure cutinisée ou non, ete., etc.; ce sont -là autant de points qui devront être mis en relief et dont quelques-uns se montrent ici avec plus de netteté que pour la première espèce. Ils justifient, semble-t-il, la dénomination d'Alernaria varians, proposée pour cette plante, qui ne parait se rapporter à aucune de celles dont j'ai pu voir la description.
Le mycélium subit done des modifications profondes ; mais, dans leurs grandes lignes, elles peuvent être comparées à celles de la première espèce. Il est donc inutile d'y “revenir longuement. Le rôle de l'immersion par exemple, est ici très évident : dans la même culture (glycérophosphate monosodique) le fond contient des filaments stériles, la végétation émergée porte nombre de spores en massif avec passages (très variés et filaments moniliformes divers. La gélificalion de la membrane se présente avec ses caractères ordinaires. Elle est fréquente, mais n’a rien de spécial. La sortie des éléments cellulaires, hors de la cuticule, se montre aussi (pl. Il, fig. 3), moins fréquente cependant que chez l'autre À /ternaria(dextrine, glycérophosphate monosodique, etc.). Réduite au minimum dans quelques milieux (acélate de sodium, iodure de potassium, créosote, gaïacol, ete.), la cutfinisation se localise parfois sur les spores ou dans leur voisinage. D'autres fois, au contraire, elle envahit presque totalement la végétation (dextrine, surtout à 20 p. 100. On à vu que la dextrine augmente souvent la cutinisation). Dans la règle, les filaments bruns, plus ou moins foncés, sont mêlés aux parties blanches du mycélium.
a. — Mycélium toruleux. — Renflements. — Le mycélium présente souvent des renflements, tantôt localisés, sur quelques points çà et là (pomme de terre, etc.) (fig. 23), ou sur certains filaments mêlés aux formes cylindriques (mannite
5 p.100) (1) (pl. Il, fig. 7), tantôt généralisés, la végétation devenant tout à fait toruleuse {acétate de sodium). Ces renflements mycéliens sont parfois vides, parfois remplis d'huile.
Fig. 23. — Renflements cellulaires divers. Culture sur pomme de terre.
Le type du mycélium toruleux peut être fourni par l’acétate de sodium (pl. Il, fig. 2). Ici tous les articles ou à peu près deviennent sphériques ou ovoïdes, de dimensions assez grandes. Le contenu est de l'huile qui gonfle peu à peu la cellule et apparaît dans l’intérieur sous forme de grosses gouttes réfringentes et homogènes. La sortie de ces gouttelettes se fait de la façon spéciale qui a été décrite pour la sortie des cellules elles-mêmes hors de l'enveloppe, c’est-àdire que celle-ci se rompt largement, en laissant échapper un gros globule très riche en huile. Dans le liquide on rencontre des gouttes d'huile de toutes dimensions, moins cependant qu'il ne semblerait à priori. Quelques-uns de ces corps ainsi sortis des cellules ont encore des granulations protoplasmiques ; mais l’absence de membrane, la grande réfringence, la variabilité des dimensions, l'homogénéité générale, les réactions indiquent de l'huile et non du protoplasma. Certains filaments sont légèrement cutinisés.
Cette végétation toruleuse se rencontre aussi bien dans les solutions faibles (1 p. 100) que dans les solutions fortes (10 p. 100); mais les parties colorées du mycélium restent régulièrement cylindriques dans les solutions faibles et tendent à devenir toruleuses aussi à mesure
(1) Dans les solutions faibles ce caractère de la mannite disparait à peu près complètement, surlout sur les filaments culinisés.
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que le titre de la solution augmente. Partout le mycélium est complètement stérile. Les cellules cutinisées laissent échapper comme les autres, suivant le procédé indiqué, des gouttelettes grasses souvent accompagnées d’une sortie partielle du protoplasma.
D'ailleurs, si l'on fait germer la spore en massif en cellule dans une goutte de ce milieu, le caractère de la torulation apparaît dès le début (pl. Il, fig. 2); à ce moment il n'est pas dà à l'huile, car les cellules sont pleines de granulations protoplasmiques. Ces cellules sont courtes ou arrondies, fortement granuleuses, bien séparées, les premières quelquefois un peu cutinisées. Plus loin le filament devient cylindrique et donne des spores en massif, mais il faut remarquer qu’alors il sort de la gouttelette de culture.
Le caractère de stérilité de ce milieu se retrouve sur la pomme de terre imprégnée d’acétate de sodium, mais non sur le bois ni sur l'éponge, qui, dans les mêmes conditions, sont très riches en Macrosporium et formes intermédiaires au milieu des filaments caractéristiques. Les sphères qui sortent des spores en massif germent quelquefois sur place avant même d’être sorties complètement.
La culture dans la solution de su/fate de quinine est intéressante aussi à certains égards ; on y trouve d’assez nombreux filaments brun clair avec quelques spores en massif, rares, allongées et pâles ; mais l’ensemble de la végétation est formée de filaments | ) blancs, à articles bien séparés, à paroi Fig. 24. — Culture dans externe gélifiée, à cellules ordinaire-
d Sn de sulfate ment arrondies (fig. 24) : cette culture pourrait aussi être rapprochée du my-
célium dissocié. Sur les cellules, plus ou moins renflées et qui s’effilent à mesure qu’elles s'éloignent du centre, se montrent de nombreux petits bourgeons ar-
rondis, point de départ de ramifications, ou pouvant probablement se détacher de la cellule productrice par gélification ; ces bourgeons donnent une végétation nouvelle. Des gouttelettes d'huile se montrent dans les cellules, plus ou moins volumineuses suivant le diamètre de la cellule ellemême. La continuité de ce mycélium avec les filaments bruns n'est que probable {1).
Sur les milieux nutritifs comme la gélose, la gélatine, eté.. on a vu la facilité avec laquelle se forment les Hat mycéliens qui parfois remplissent la préparation et montrent toujours un double contour.
Sur la gélatine, en particulier, le phénomène atteint même les Macrosporium. Ceux-ci tendent à se prolonger en A/ernaria, mais les spores typiques se simplifient beaucoup et se réduisent à quelques rares cellules souvent même à uneseule. Parfois aussi le bourgeon grossit beaucoup sans se colorer et prend absolument l'aspect d’un renflement mycélien dont la cavité est d’abord en communication avec celle de la dernière cellule de la spore en massif, puis finit par s’en séparer. La spore brune se termine alors, soit directement, soit par l'intermédiaire d’un col plus ou moins long (pl. I, fig. 1), en une sorte de sphère à double contour net et réfringent. On trouve absolument tous les passages à cet égard: Le renflement peut se diviser en deux, se colorer, passer enfin à la forme d’A/ternaria qui reste la règle. Souvent la spore productrice elle-même est plus simple el contient moins de cellules qu’à l'ordinaire. Enfin, certaines de ces spores prolongent leur pointe en un mycélium toruleux ou articulé, qui constitue encore une forme de passage entre la spore en massif et le mycélium ordinaire.
Le mycélium, a-t-il été dit, reste blanc dans quelques milieux. L'eau distillée de cannelle, liquide d'ordinaire défavorable, a donné ici un flocon blanchâtre aplati et quelques autres plus petits. Au microscope, on voit des filaments mycé-
(4) Mais bien entendu le semis de contrôle a donné l'espèce pure,
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liens blancs, quelquefois très gros, et dans ce cas chaque article à double contour bien marqué, brillant. Aux extrémités il peut y avoir une légère cutinisation: les filaments portent de grands A//ernaria sans caractères spéciaux, de la forme longue et peu ou même pas colorés. Le fait le plus intéressant est la ramification de ce mycélium qui débute par la production latérale d'une petite sphère blanche tout à fait sporiforme (fig. 25). Mais cette pseudo-
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