‹ Theses presentees a la Faculte des sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur es sciences naturelles (volume 3)Chapitre 74 sur 81 · D. — INFLUENCE COMBINÉE DU LIQUIDE CHIMIQUE ET DU SUBSTRATUM SOLIDE · texte numérisé non relu

D. — INFLUENCE COMBINÉE DU LIQUIDE CHIMIQUE ET DU SUBSTRATUM SOLIDE

Avant de terminer l'étude morphologique spéciale de cette espèce, Je voudrais rappeler que l’action des milieux chimiques peut être modifiée quelquefois profondément-par l'influence inverse d’autres facteurs.

On sait que dans l’espoir (d’ailleurs déçu) d'obtenir des périthèces, J'ai imprégné de divers liquides des substances solides, les unes riches en matières nutritives (pomme de terre), d'autres au contraire pauvres (bois), ou même inertes

(éponge) ; J'ai pu remarquer que le substratum ‘exerce certainement une action sur le développement. C’est ainsi que sur le bois, le Dematium'a une tendance à diviser certaines de ses cellules suivant deux plans, quelle que soit la substance imprégnante. C’est ainsi encore que sur l'éponge les formes-lévures normales se multiplient toujours en abondance à côté d’autres modes de végétation. C’est ainsi enfin que la‘ pomme de terre diminue sensiblement partout l'intensité de la cutinisation, indépendamment du liquide employé, et que les cellules y augmentent de volume jusqu'à devenir énormes. Le liquide d'ailleurs exerce sa grande part d'influence sur la culture, et lui imprime souvent des caractères spéciaux; mais l’action du substratum reste intéressante. Les diverses cultures sur pomme de terre, ‘par exemple, sont à peu près identiques : partout sont des cellules arrondies, blanches, à double contour ; d’autres plus ou moins cutinisées (toujours faiblement, malgré l'aspect noir de l’ensemble de la culture); quelques-unes très développées, énormes relativement, sphériques: et granuleuses ; beaucoup en vrais /umago parfois avec sortie de la cellule hors de l'enveloppe externe; ce sont là des caractères communs que la substance imprégnante n’efface pas. Mais on remarquera qu'il s’agit ici d'une végétation émergée et c’est là que le substratum agit le plus. G ANN. SC. NAT. BOT. XI, 14

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Cette action du substratum, quand il constitue une substance alimentaire, était certaine & priori. On peut facilement la mettre en évidence tout en montrant qu'elle se combine avec celle du milieu même. Ainsi la'culture du Dematium ne donne à peu près rien dans l'acétate de soude. Les levures se multiplient lentement, parviennent à peine à donner quelques filaments blanchâtres très fins et d'aspect malingre, puis tout reste en l'état et la vitalité disparaît bientôt. Si la solution d’acétate contient de l'eau de pomme de terre, il s’y développe une vraie membrane, flottant au fond du tube et dont les cellules constituantes sont simplement accolées, volumineuses, arrondies, d'aspect flasque,

et peu granuleuses, rappelant beaucoup les

dE a on grosses levures déformées qui se dévelopterre, imprégnée pent sur la pomme de terre et qui s’y fuma- COMMENTE rare ; d'acétate de so- ginisent à sec (fig. 63). La végétation n'est

dium. Membrane k à nee pas celle que présente normalement le tube

de pomme de terre, mais le Dematium se

montre plus vigoureux et résistant, bien qu'avec une forme spéciale.

Le type fumagoïde ne se produit pas ici : on le trouve sur l'éponge ou le bois imprégnés d’acétate et sur lesquels la forme filamenteuse réapparaît aussi (PI. IV, fig. 16).

En la cultivant sur un substratum inerte ou peu nutritif, on soustrait en somme la plante : 1° en grande partie à l’action du liquide ; 2° tout à fait à l'influence de l’immersion. Aussi, dans ces conditions, le champignon tend-il à se rapprocher du type primitif, sans y revenir complètement. C'est un résultat auquel il fallait s'attendre.

Le

VIT. — CLADOSPORIUM HERBARUM ET DEMATIUM PULLULANS.

Je dois maintenant examiner l'identification de ces deux espèces (1). Chose assez singulière, on discute encore sur ces champignons, si répandus dans la nature que l’on ne peut regarder là moindre brindille sèche ou le moindre épicarpe sans rencontrer l’un ou l’autre et souvent l’un et l’autre.

Le Dematium pullulans est une forme conidienne qui paraît commune à plusieurs espèces, ainsi que le montrent les dessins de Brefeld (2); mais le champignon dont je me suis occupé sous ce nom reproduit dans les cultures sur gélatine les figures de Laurent d'une façon si parfaite que

J'ai la conviction que nous avons eu la même plante sous

(1) La discussion qui va suivre était écrite déjà lorsque j'ai lu l’intéressant mémoire de Berlese (*) sur cetle question, et j'ai été très heureux de me trouver sur ce point en parfait accord avec ce savant dont les travaux font autorité en mycologie. Berlese avait remarqué que le Dematium s'enkystait à l'air et en avait conçu des doutes sur l'identité admise avec le Cladosporium. Il a donc fait des cultures pures de Cladosporium et constaté, lui aussi, que dans la gouttelette suspendue il obtenait presque toujours du Dematium en mélange, tant la séparation était difficile. Mais il a eu l'idée de semer celte espèce en recueillant seulement les conidies d'Hormodendron cladosporioides développées en pinceaux hors de la gouttelette de culture. Dans ces conditions, jamais le Cladosporium n’a donné de Dematium pullulans. L'auteur fait aussi remarquer que les cellules de Demalium sont très fréquentes sur une foule d'autres champignons dans la nature, et doivent ètre semées avec eux.

On a vu que, d’après Berlese, le Cladosporium herbarum, tel qu’on le décrit, est probablement une forme commune répondant à plusieurs espèces. Aussi croit-il qu'à la rigueur quelque Cladosporium étudié sous le nom d’herbarum a pu donner des générations de Dematium. La chose est évidemment possible ; mais comme je crois, d’après les excellentes descriptions de Laurent (**), avoir eu affaire au même Cladosporium el au même Dematium que lui, je suis plus affirmatif et pense qu'il y a eu simplement mélange des deux champignons. Læw déclare aussi n’avoir jamais pu passer de l’une à l’autre de ces deux espèces.

(2) Brefeld, loc. cit.

(*) Berlese, loc. cit.

(**) Laurent, loc. cit.

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les yeux. Seulement, Laurent la considère comme une forme submergée du Cladosporium herbarum, et ses conclusions ont été très généralement adoptées. De Janczewski les accepte, bien qu'il fasse des réserves et qu'il donne des résultats personnels d'expériences qui ne concordent pas avec ceux de Laurent.

Il importe donc d'examiner de très près cette question, que la comparaison des cultures pures des deux espèces permettra de résoudre dans le sens de la distinction spécifique.

Laurent a consacré un mémoire de grand intérêt au Cladosporium (1). I l’a, comme on le sait, rapproché très justement du Penicillium (Hormodendron) cladosporioides, à cultivé l'espèce sur divers milieux et a pensé que le Dernalium pullulans devait être identifié avec elle. Déjà Saccardo, d’après la ressemblance des filaments mycéliens, avait émis cette opinion (2) et plusieurs auteurs après lui avaient accepté le rapprochement sans en donner la preuve. Laurent décrit fort exactement certaines formes des deux plantes : il pense que dans quelques conditions les spores du Cladosporium ou du Penicillium cladosporioides peuvent donner une forme affaiblie qui est le Dematium, sans que d’ailleurs la réciproque soit possible.

Le premier point à examiner est la question de la pureté des cultures. Il ne faut pas oublier que le C/adosporium herbarum et le Dematium pullulans se rencontrent partout. Pour ma part, je les ai pour ainsi dire constamment trouvés ensemble dans les liquides que j'examinais et j'ai eu beaucoup de peine à les séparer et à les cultiver à l’état pur: des semis multiples et fréquents ont été nécessaires, mais chaque fois que la culture est bien pure, les deux espèces se maintiennent distinctes.

Or les cultures de Laurent ont été faites sur verres de

(1) Laurent, loc. cit.

(2) Lœw avait été frappé de cette ressemblance (1868), sans conclure pour cela à une identification des deux espèces.

montre placés dans des godets de porcelaine empilés. Le procédé, dit l’auteur, est très commode et permet d'observer facilement la croissance des mycéliums sous le microscope. Mais ce procédé a le grave inconvénient de permettre les contaminations, surtout dans les laboratoires. dont l’atmosphère est remplie de spores. Il se peut fort bien que le Dematium pullulans et le Cladosporium herbarum, que l'on rencontre si souvent ensemble dans les liquides, se soient trouvés mêlés.

De plus, il n'est dit nulle part que des précautions de stérilisation aient été prises rigoureusement pour éviter la présence de spores d’autres espèces dans les tubes.

En parlant de la formation du Penicillium cladosporioides sur des filaments de Dematium, Laurent dit encore: « J’ai eu la bonne fortune de constater le même fait dans des cultures de pollen faites dans des solutions de saccharose concentrées, et avec lesquelles il n'était pas possible d'éviter l'envahissement des chambres humides placées sous le microscope. Plusieurs mycéliums produisirent des filaments aériens de Penicillium cladosporioides. »

On remarquera que dans ces cultures, le Dematium était là comme impureté. Rien n'empêche que le Cladosporium Y fût aussi au même titre.

Donc, un premier fait reste acquis : c’est que les cultures en question n'étaient pas à l'abri d'une contamination possible.

Mais, de plus {et je cite ici le texte de l’auteur), «1l convient de faire une remarque qui n’est pas sans importance dans cette question de polymorphisme. Le C/adosporium donne sûrement du Penicillium cladosporioides, mais toutes les conidies de ces deux moisissures ne sont pas aptes à prendre l'aspect Dematium. J'ai pu le constater dans des centaines de cultures. I y à plus : parmi les formes de Dematium, on rencontre toutes les transitions entre les mycéliums vigoureux, dépourvus de formes-levures, et des mycéliums réduits à quelques-unes de ces cellules.

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Les premiers cultivés sur gélatine produisent le Penicillium cladosporioides : ils ne sont pas encore dégénérés aussi profondément que les formes Dematium avec formes-levures, qui, elles, sont absolument incapables de reprendre l’état conidifère aérien. Tous les artifices de culture que j'ai employés : cultures sur tiges, sur fruits stérilisés, dans les milieux organiques les plus variés, ne m'ont jamais donné trace de retour au type originel ».

IL faut rappeler d’abord que les filaments purement mycéliens de la plupart de ces Dématiées voisines se ressemblent ou peuvent se ressembler étonnamment. J'ai pour ma part, dans mes cultures en milieux variés, obtenu des formes cladosporioïdes fréquentes, et des formes dématioïdes avec la plupart des espèces cultivées, et en particulier avec le Cladosporium. Dans ces conditions, et dans des cultures où des espèces peuvent être mêlées {on a vu que c’est ici le cas), on ne peut admettre comme appartenant réellement au Dematium que les filaments conidifères caractéristiques, les filaments à formes-levures.

Ceci dit, il résulte du paragraphe ci-dessus cité :

1° Qu'on n'obtient le Penicillium cladosporioides (c'està-dire le C/adosporium) qu'en partant de filaments sans formes-levures, c’est-à-dire de filaments non caractéristiques et qui peuvent être aussi bien des filaments de C/adosporium stériles, dématioïdes ;

2° Que lorsqu'un filament porte des formes-levures, c’està-dire quand il est caractérisé comme Dematium pullulans, il ne donne jamais de Cladosporium.

Et à propos des kystes formés par cette espèce, Laurent revient sur ce point : en germant, ces kystes donnent des filaments avec formes-levures; les plus volumineux, nés de formes affaiblies, n'ont jamais reproduit l’état Cladosportum. « Voilà donc, dit-il, un champignon qui peut donner un Dematium par dégénérescence (1) sans que

(1) Il semble assez difficile d'appliquer le mot de dégénérescence ou de fvrme affaiblie, etc., à un champignon qui parait ordinairement très vigou-

la transformation inverse paraisse possible à réaliser. »

Donc, on ne peut passer du Dematium au Cladosporium.

Mais peut-on, en effet, passer du C/adosporium au Dematium? Voici ce que dit Laurent (1) : « Dans les cultures du Cladosporium sur les milieux liquides, on rencontre parfois, je l'ai déjà dit, des formes Dematium en levures. Mais elles sont peu favorables à l'examen. Il n’en est plus ainsi dans les cultures sur milieux solides, principalement sur gélatine. On voit alors les filaments mycéliens produire latéralement des formes-levures, qui par bourgeonnement constituent des colonies analogues à celles des levures cultivées sur gélatine. »

Ces cultures sur gélatine quand on part du Dematium sont très remarquables, en effet, et d'une rare vigueur; la prolifération est vraiment extraordinaire, ainsi qu'on a pu le voir : une vraie pullulation, comme le nom l'indique. Mais il faut semer le Dematium. Or, Laurent dit être parti du Cladosporium. Et dans le même mémoire (2) il dit, à propos du Cladosporium cultivé sur gélatine : « Quand les conidies semées proviennent d’une forme typique, c’est-à-dire non dématioïde, on voitlesfilaments mycéliens envahirlagélatine, puis atteindre la surface, se dresser dans lair », et donner (j'abrège la citation) des rameaux de P. cladosporioides.

En sorte que, semée sur un milieu identique, là même plante, suivant qu'on prendrait une de ses formes ou l'autre, donnerait deux choses absolument différentes, et cela d’une facon définitive, car, d’après l’auteur lui-même, reux, qui pousse sur tous les milieux avec une rapidité extrême, s’introduit dans les cultures comme impureté fréquente, et, quand il est semé sur milieu convenable (gélatine par exemple), y prolifère avec une grande intensité, donnant par milliers des conidies qui, à peine détachées, prolifèrent à leur tour et bourgeonnent abondamment, une seule remplissant

parfois en vingt-quatre heures le champ du microscope dans les cultures en cellule.

Le mot s'applique sans doute au mode de multiplication en levure, considéré comme inférieur. Mais ici ce n’est pas, on l’a vu, une vraie végétation en levure.

(4) Laurent, loc. cit, p. 583.

(2) 1d., ibid., p. 562.

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les formes-levures ressemées à l'infini donnent toujours le Dematium pullulans, et les spores de Cladosporium bien typiques donnent, on vient de le voir, la forme la plus différenciée du Cladosporium, c'est-à-dire le Penicillum (Hormodendron) cladosporioides.

N'est-il pas plus vraisemblable d'admettre que, comme dans mes propres cultures au début, et comme le rodus faciendi de l'auteur permet de le penser, il y a eu parfois mélange de quelques formes-levures avec les filaments ou les conidies du Cladosporium, ou encore qu'en semant, en bouturant si l’on veut, sur la gélatine, un fragment non conidifère de mycélium, on a semé du Demalium véritable, dont le développement ultérieur s'explique dès lors parfaitement? L'hypothèse est en tout cas vraisemblable.

Une autre sorte de démonstration qui semble péremptoire est la transformation directe d’une des plantes dans l’autre, sous l'influence de certains agents physiques.

Laurent à vainement essayé des cultures en milieux très pauvres (acétates), qui auraient dû, semble-t-il, agir efficacement, si, en effet, le Dematium était une forme affaiblie du Cladosporium. La chaleur n’a rien changé non plus. Mais il aurait réussi par l’insolation prolongée.

Dans des tubes de moût, on sème des spores de C/adosporium, et, après exposition au soleil, en serre, pendant un temps plus ou moins long, suivant la saison, on ajoute du moût sucré : l’on voit bientôt les tubes restés longtemps au soleil donner du Dematium en flocons dans le liquide, tandis que les tubes peu ou pas insolés montrent du C/adosporium en couche épaisse à la surface. En prolongeant longtemps l’insolation, on arrive à des colonies de Dematu de plus en plus faibles, presque sans filaments, uniquement en levures, analogues à la levure de bière, et enfin la plante meurt après un temps variable, suivant l'intensité des rayons.

L'obscurité prolongée (six mois) aurait aussi donné, dans

certaines cultures de C/adosporium, du Dematium avec formes-levures.

Il est regrettable que l’auteur n’ait pas iei indiqué nettement les précautions prises pour s'assurer de la pureté des semis, le mélange accidentel des deux champignons étant à craindre. On sait que le C/adosporium, malgré sa forte cutinisation, perd assez vite sa vitalité : de Janczewski dit que la faculté germinative est déjà très affaiblie au bout de trois mois et presque perdue après six mois. L'action de la lumière solaire accélère peut-être cette altération, et l’on s'explique bien qu’au bout de six mois à l'obscurité et de quelques jours au grand soleil le Dematium seul se soit développé, si l’on accepte l'hypothèse d'un mélange, et surtout s'il s'était produit des formes kystiques.

Les kystes sont, en effet, très résistants chez cette espèce, puisque Laurent les a trouvés vigoureux après dix mois, et Je crois que ce chiffre doit être augmenté (1).

Remarquons, à ce sujet, que dans la nature l'auteur à observé que le C/adosporium se trouve surtout à l'ombre et les formes-levures au soleil. Il conclut à une transformation de l’un dans l’autre. Il paraît plus probable que les conditions de vitalité diffèrent chez les deux espèces. Et l’on voit en même temps que le Demalium pullulans, déjà trouvé par Pasteur sur les grains de raisin et qu'on rencontre ainsi sur tous les fruits au soleil, n’est point une forme immergée d’un autre champignon.

En réalité, le Cladosporium ne résiste pas à une action prolongée du soleil. Le Dematium est une autre espèce plus résistante, et la chose est assez singulière, car à considérer les deux ordres de conidies, les unes épaisses et dures, cutinisées, brunes, les autres incolores et délicates, au moins avant leur transformation en hypnospores, on serait tenté d'affirmer une résistance inverse.

(1) Cependant le Dematium, qui résiste bien aux agents physiques, comme on le voit, perd quelquefois sa vitalité dans les milieux chimiques dans

lesquels il s’est développé.

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En tout cas, de Janczewski (1) dit en propres termes à cet égard : « En répétant les expériences de E. Laurent, nous n'avons jamais vu cette forme (Dematium) se développer dans les cultures pures du C/adosporium. Conservées pendant un an à l'obscurité, où soumises pendant un mois à l'influence de la lumière, les conidies du C/adosporium ne reproduisaient autre chose que la forme et la variété mère. »

A ce témoignage, il me sera permis d'ajouter le mien. J'ai également répété les expériences de Laurent. J'ai le Cladosporium en culture depuis environ deux ans. Les tubes conservés dans de hautes boîtes de carton, ouvertes seulement en haut, peuvent être considérés comme à l'obscurité ou à peu près. D'autre part, j'ai insolé des cultures de Cladosporium enfermées dans un haut bocal de verre à couvercle, durant plusieurs semaines; ces cultures dans Île moût de raisin, le moût de bière, etc., n’ont donné au semis que du Cladosporium ou bien se sont montrées stériles, si la faculté germinative était déjà perdue.

Déjà donc, d’après la critique qui précède, il semble qu'on ait le droit de conclure à un mélange accidentel dans les cultures. Cela s'explique d’ailleurs fort bien par la coexistence ordinaire des deux plantes dans la nature et parce que l’une et l’autre peuvent avoir une forme dématioïde stérile très analogue, difficile à distinguer en l'absence des organes conidiens caractéristiques.

Le Dematiumse présente très souvent sans formes-levures : il devait se trouver à cet état de mycélium banal dans les cultures.

Il reste maintenant à examiner le point le plus délicat de cette question. Si l'on peut montrer des fructifications de Cladosporium ou d'Hormodendron cladosporioides en continuité avec un filament de Dematium pullulans pourvu de formes-levures, il est évident que l’on aura affaire à

(1) De Janczewski, loc. cit.

la même plante. Or, Laurent donne une figure où cette continuité est indiquée, et dans le texte l'auteur dit : « En 1886,

javais fortuitement observé, dans une solution d'acétate de. potassium, un Dematüun dont les filaments se prolongeaient par des appareils conidifères de Penicillium cladosporioides.

J'étais donc porté à admettre la même origine pour ces

deux mucédinées... » (Cette dernière phrase indique que

la chose n'était point évidente.) Et plus loin, dans un pas-

sage cité déjà, à propos d’un Dematium envahissant des

cultures de pollen: « Plusieurs mycéliums produisirent des

filaments aériens de Penicillium cladosporioides. » Mais il

n'est pas dit si ces filaments portaient des formes-levures ;

ils pouvaient n'être que « dématioïdes » et appartenir au

Cladosporium.

Reste la figure (fig. 8 du mémoire), figure demi-schématique représentant un rameau avec formes-levures dans une culture sur gélatine, et terminée par un petit bouquet d'Hormodendron. Je pense qu'il a dû y avoir là seulement une apparence de continuité, et cela pour plusieurs raisons:

1° L'auteur déclare lui-même le cas très rare : 1l dit même plus loin que « les formes Demalium avec formes-levures sont absolument incapables de reprendre l’état conidifère aérien », et on a vu (p. 214-215) que d'après lui on ne peut passer du Dematium au Cladosporium ;

2° J'ai vainement cherché dans les cultures sur gélatine ce terme de passage;

3° De Janczewski, en étudiant l'espèce à son tour, ne signale aucune forme de ce genre;

4° Je n'ai jamais rien vu dans les cultures de Dematium qui rappelàt le Cladosporium, mais la réciproque n'est pas vraie. Dans certaines cultures de Cladosporium (eaux distillées d'oranger, de roses, de tilleul, arséniate de sodium, etc.), la disposition régulière des conidies se modifie (PI. I, fig. 4 et 5). À côté ou à la place des conidies normales, il en est de latérales plus rares, qui naissent diversement sur les filaments sans former de chapelets, et qui, lorsqu'elles sont

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jeunes et blanches, ressemblent quelquefois aux formes-

levures du Dematium (Voy. p. 146). Elles en diffèrent d’ailleurs profondément par leur taille un peu plus grande, leur nombre toujours beaucoup moindre, leur cutinisation assez rapide et sur place. Enfin, elles ne végètent pas en levure. Peut-être est-ce là une cause de confusion ? J'en doute toutefois, parce que les conidies anormales ne se sont jamais montrées sur gélatine et parce que la figure discutée représente nettement des formes-levures.

Il me paraît probable qu’il y a eu pour ces cultures, quelquefois très enchevêtrées, un mélange accidentel des deux espèces el une apparence de continuité.

De Janezewski, bien qu'il n'ait pas obtenu les mêmes résultats que Laurent en répétant ses expériences, admet cependant l'identification des deux espèces, sans en donner des preuves personnelles.

Il dit, entre autres choses, à propos des spores: « À première vue, les conidies du Dematium sont tout autres que celles du C/adosporium ou de l’Hormodendron. Cette différence, tenant au milieu dans lequel elles se développent, s'efface presque entièrement si l’on compare d'un côté les conidies incolores à peine ébauchées du C/adosporium à celles du Dernatiun, et de l’autre les conidies complètement mûres aux hypnospores. » Il est certain que les unes et les autres sont d’abord incolores, puis se cutinisent. Mais c’est là le cas d’une foule de conidies qu’on ne songe pas à rapprocher. Et alors même que la forme et les dimensions réuniraient ces deux ordres de conidies (ce qui n’est pas tout à fait exact, la plupart des spores de C/adosporium ayant un aspect tout différent), le mode de formation et surtout le sort ultérieur de ces spores les différencient complètement. Dans les germinations, par exemple, on a vu la spore terminer l’axe du C/adosporium jeune, tandis qu'elle est presque toujours plus ou moins latérale dans le Dematuun: le développement est normalement symétrique chez le premier et irrégulier dans les autres. Enfin, la végétation

PP

en levure du Dematium est un point capital qui manque absolument chez le Cadosporium. Et, pour s’en tenir à la cutinisation, elle n'est chez les Dematium qu'un moyen de défense contre la dessiccation, lorsque la multiplication en levure n’est plus possible. Elle est normale presque en tout milieu, et presque immédiate chez le C/adosporium.

De Janczewski à fait de très intéressantes expériences sur l'inoculation du C/adosporium sur les végétaux, expériences qui lui ont fait découvrir les périthèces de la plante, longtemps rapportée à tort au Pleospora herbarum et qui, en réalité, constitue une espèce nouvelle, le Sphærella Tulasnei Jancez. Sans entrer dans le détail de ces expériences qui sortent tout à fait de mon cadre, je ferai remarquer qu'elles n'ont réussi qu'avec les spores de Cladosporium dans certaines conditions, et non avec le Demalium, cependant beaucoup plus fortement et plus rapidement prolifique. Cette différence nouvelle devait être notée.

Mais il importe surtout de comparer les modifications apportées par les milieux.

Dans des expériences comparatives avec chiffres très précis, Laurent montre que dans deux liquides nutritifs identiques, mais où l'azote est fourni en même quantité, dans l’un par du nitrate de soude et dans l’autre par du sulfate d’ammoniaque, le C/adosporium préfère les nitrates, la forme-levure le sulfate d’ammoniaque. En semant cette dernière sur les deux milieux, il obtient: sur le milieu nitrique, des filaments dématioïdes dominants; dans la solution ammoniacale, des levures presque seules. Ces modifications ne sont pas surprenantes, et j'en ai trouvé bien d'autres au cours de ces recherches; mais s’il n’y avait à que deux formes de la même espèce, chacune préférant un des milieux, elles passeraient de l’une à l’autre, suivant le semis : le C/adosporium semé dans la solution ammoniacale s’y serait développé en levure, et inversement les levures dans la solution nitrique auraient dû donner du Cladosporium. Or, il est dit seulement qu'ils végètent mal dans le milieu qu'ils

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aiment moins, mais il n’est pas question de transformation morphologique.

Il me semble qu’un argument essentiel contre l'identification des deux espèces doit être tiré de cette comparaison de l’ensemble et du détail des cultures. Les deux plantes que j'ai étudiées répondent chacune à la description donnée par Laurent pour ses deux formes. Je les ai cultivées à l'état de pureté dans les conditions les plus diverses. Sur certains milieux nutritifs, et particulièrement sur le milieu-type {pomme de terre acide), les ensemencements ont été multiples et successifs, de sorte que si l’une des deux espèces eût été une forme a/f/aiblie, elle aurait pu, au bout de quelques générations, se modifier et reprendre ses caractères de vigueur primitive. Si donc les deux plantes n’en font qu'une, elles doivent, sur des milieux identiques et dans des conditions identiques, prendre des caractères identiques. Tel milieu, semé avec les deux formes, devra, par exemple, donner du Dematium, tel autre du Cladosporium, etc.

Or, c'est ce qui n'arrive point. Chaque espèce a sur chaque milieu sa manière d’être, profondément distincte, tant par la structure microscopique que par l'aspect extérieur lui-même. Je ne puis revenir ici sur le détail de ces différences, mais l'étude faite plus haut avec soin de ces deux espèces montre amplement combien elles diffèrent. Dans aucun des liquides employés il n’y a identité, ni même ressemblance ; dans aucun des quatre-vingt-dix milieux, le Cladosporium ne s’est transformé en Dematium:; dans aucun, le Dematium n'a montré la moindre spore de Cladosporium. Quelques phénomènes de même ordre se sont produits, comme la formation de fumago, par exemple, et ont pu s'effectuer sous l'influence d'un milieu analogue (liquide de Raulin, etc.), mais c'est là un phénomène de convergence, sans aucune identité. Presque toujours, dès le premier regard sur les tubes, on constate des différences profondes; et si l'aspect se rapproche, si, par exemple, les deux champignons ont recouvert avec le temps la surface du liquide ou

de la pomme de terre d'une couche noire mince uniforme, ou ont développé dans le tube quelques flocons blancs ou noirâtres, il suffira d’un coup d'œil au microscope pour constater la distinction absolue.

On trouve aussi quelques différences plus générales : par exemple, les semis de Dernatium se développent volontiers dans des milieux acides, ceux du C/adosporium préfèrent les milieux neutres et basiques. L'examen des cultures dans les acides glycérophosphorique, gallique, tartrique, etc., et dans la soude, par exemple, donne à cet égard des renseignements remarquables. Il semble difficile que deux formes de la même plante offrent dans le même milieu un développement aussi différent. A la surface de la gélose, l’un donne immédiatement une végétation noire, l’autre une culture blanche ou blanc rosé, humide, ayant l’aspect d'une colonie bactérienne, etc. On peut ainsi passer en revue tous les milieux employés; les uns ne présentent même pas de végétation avec une espèce, tandis que l’autre y prospère (acides sulfurique, tartrique, glycérophosphorique, cocaïne) ; d’autres ont un aspect tout différent, soit d’une façon constante, soit pendant les premiers temps du développement; d’autres, enfin, finissent sans doute par se ressembler un peu (eau distillée, gomme, etc.); mais le microscope les sépare aussitôt sans difficulté, à moins toutefois qu'il ne s'agisse de formes stériles à filaments purement dématioïdes. Et, même dans ce cas, la confusion est rare, et les semis sur milieu-type décident toujours facilement.

En somme, pour Laurent, le Cladosporium herbarum offre les formes suivantes :

1° Cladosporium herbarum (type naturel);

2 Penicillium cladosporioides (Hormodendron actuel) ;

3° Dematium pullulans sans forme-levure ;

4° Dematium pullulans avec forme-levure :

5° Forme-levure blanche et torulacée de Pasteur ;

6° Forme-levure rose ;

92% LOUIS PLANCHON.

di

T° Fumago : état d'enkystement commun aux cinq premières formes.

Et il ajoute que les n° 1, 2, 3 constituent un premier groupe à conidies aériennes; celui-ci ne peut donner le deuxième groupe (4, 5, 6) que si l'organisme est affaibli; le deuxième groupe ne peut revenir au premier.

Je crois plus exact de dire : les n° 1 et 2 constituent une espèce : le Cladosporium herbarum; les n° 4, 5, 6 en forment une autre : le Dematium pullulans ; les n° 3 et 7 sont des formes stériles, qui peuvent se ressembler dans les deux espèces, et qu'on classera dans l’une ou dans l’autre, suivant que les cultures y auront fait développer tel ou tel ordre de conidies.

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