MAMMIFÈRES
Si chez les Reptiles nous avons rencontré l'absorption partielle du sinus veineux au profit de l'oreillette droite; si chez les Oiseaux nous avons constaté à droite l'absorption totale de la portion correspondante du sinus, et à gauche non-seulement l'absorption du sinus des veines pulmonaires, mais encore une dilatation considérable de ce sinus, chez les Mammifères nous allons trouver, à droite comme à gauche, l'absorption totale du sinus, et l'incorporation dans l'oreille d'une portion considérable des vaisseaux veineux. Celte incorporation atteint non-seulement les troncs veineux de premier ordre ou continents, mais encore les troncs de second ordre qui sont le résultat delà division des premiers.
L'oreillette droite (PI. XIV, fig. 5), (PI. XV, lig. 7) se compose de deux compartiments très-distincts, séparés par un étranglement plus ou moins prononcé, mais inégaux en capacité. L'un, postérieur et externe, très-grand, à parois lisses dans la plus grande étendue, et quelquefois faiblement aréolaire dans la portion externe, constitue ce que les Traités d'anatomie nomment proprement Y Oreillette. Il est formé aux dépens du sinus et des veines. L'autre, antérieur i [ PI. XIV, fig. 5) représente l'auricule. Ces deux compartiments sont séparés par une sorte d'étranglement auquel correspond leur orifice de communication 2 (PI. XIV, fig. 5). Cet étranglement est marqué à l'extérieur par un sillon plus ou moins profond ; à l'intérieur il est circonscrit par un faisceau musculaire saillant en forme d'arc à concavité inférieure, qui est l'analogue du faisceau postérieur de la masse charnue des oreillettes décrit en D (PI. XIII, fig. 9). Les parois de l'auricule sont tapissées de colonnes charnues qui limitent de grandes aréoles
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ovalaires à grosse extrémité inlérieuro. An fond de ces aréoles et dans toute leur longueur, s'ouvrent do fines aréoles transversales. C'est du reste la reproduction exacte de ce que nous avons vu chez les Reptiles, mais avec un degré plus élevé de régularité et d'uniformité dans les dimensions des lacunes et dans leur direction
Le compartiment postérieur ou sinus (PI. XIV, fig. 5) a des parois lisses dans la plus grande partie de son étendue et en particulier au voisinage des orifices veineux : mais sa paroi externe, en arriére de l'auricule, présente assez souvent, par suite d'un grand développement des faisceaux musculaires du sinus, une structure aréolaire assez analogue à celle de l'auricule, mais pourtant toujours moins accentuée. Dans quelques cas, cette structure aréolaire étant assez prononcée et la saillie qui sépare les deux compartiments de l'oreillette étant presque effacée dans sa portion externe, la délimitation paraît plus difficile, et l'on est tenté de rapporter à l'auricule cette région postérieure aréolaire qui appartient en réalité au sinus ; mais il est des cas où la différence de structure et l'étranglement intermédiaire sont partout très-accentués et permettent d'établir nettement la distinction des deux compartiments. Je citerai le Cheval, l'Ane, le Lapin, comme présentant ces dernières conditions. Il n'en est pas de même chez le Chien.
Le compartiment postérieur de l'oreillette droite a des dimensions bien plus considérables que l'antérieur. Il est largement évasé en avant ; on y distingue les trois orifices veineux que nous avons déjà trouvés au fond du sinus veineux des Reptiles et sur la paroi postérieure de l'oreillette droite des Oiseaux. Seulement ces orifices présentent dans leur forme, dans leurs rapports mutuels et dans leur situation, des modifications remarquables qui ne permettent pas de confondre cette oreillette avec l'oreillette correspondante d'aucune des autres classes de Vertébrés.
On distingue dans l'angle postérieur et inférieur de l'oreillette un orifice 5 (PI. XIV, fig. 5) qui correspond exactement par sa situation et par sa forme à l'orifice de la veine cave supérieure gauche des Oiseaux. C'est l'orifice d'un vaisseau veineux qui subit, suivant les divers groupes de Mammifères, des changements de destination remarquables. Chez les Monotrèmes, les Marsupiaux et les Rougeurs, en effet, ce vaisseau constitue, comme chez les Oiseaux, une veine cave et jugulaire supérieure gauche,
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tandis que chez les Uuiuiiiaiils (Moulou, liœul', (llièvre, etc.) elle forme la terminaison centrale de la veine.hémi-azygos gauche. Chez l'Homme et la plupart des Carnivores, tels que le Chien, le Chat, le Tigre, etc., elle constitue la partie horizontale de la grande veine coronaire. Cet orifice veineu.x est donc précisément l'analogue de l'orifice de la veine cave supérieure gauche des Oiseaux et des Rei)liles, et possède, comme celui des Oiseaux, une valvule semi-lunaire à concavité inférieure, ou valvule de Thébésius 4 (PI. XIV, fig. 5). La seule différence qu'il faille signaler a trait aux dimensions relatives de cet orifice, qui sont naturellement bien moindres chez les aninaux où il n'est l'aboutissant que de quelques veines cardiaques ou d'une petite veine hémi-azygos, que chez ceux où il correspond à la fois à une veine cave supérieure volumineuse et aux veines canliaques.
En dedans et au-dessous de la valvule de Thébésius, se trouve, comme chez les Reptiles et les Oiseaux, l'orifice de la veine cardiaque postérieure. Au-dessus et en dehors de l'orifice de la veine coronaire et sur la paroi postérieure, se trouve l'orifice de la veine cave inférieure dilatée en forme d'entonnoir ouvert vers la cavité de l'oreillette Cet orifice a la forme d'une ellipse peu allongée dont le grand diamètre est obliquement dirigé de haut en bas et de dehors en dedans. Des deux valvules musculo-membraneuses que nous lui avons reconnues chez les Oiseaux à un degré de développement remarquable, le cœur des Mammifères adultes n'en a conservé qu'une, l'externe, et même considérablement atrophiée 6 (PI. XIV, fig. 5). Cette valvule, nommée ici valvule d'Eustachi, forme un étroit repli semilunaire qui, bordant le côté droit ou externe de l'orifice, passe au-dessus de la valvule de Thébésius, à la face supérieure de laquelle il adhère, comme chez les Oiseaux. Ensuite cette valvule se relie, encore comme chez les Oiseaux, sur la cloison inter-auriculaire, avec un faisceau musculaire saillant G (PI. XIV, fig. 5) qui remonte sur celte cloison, pour se recourber en arrière jusqu'à la rencontre de l'extrémité supérieure de la valvule d'Eustachi. Ce faisceau saillant constitue l'anneau deVieussens, qui circonscrit antérieurement le trou de Botal et la fosse ovale. La valve interne des Reptiles et des Oiseaux a complètement disparu et n'est en réalité représentée, et même pas toujours, que par quelques inégalités douteuses occu-
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pant le bord interne lisse et convexe de l'orifice '. Au-dessus et bien en avant de l'orifice de la veine cave inférieure, et séparé par un intervalle assez considérable, se trouve l'orifice de la veine cave supérieure droite 7 (PI. XIV, fig. 5), orifice arrondi, infundibuliforme, évasé vers l'oreillette et dépourvu de valvules. L'espace qui sépare ces deux orifices, loin de former un éperon saillant, comme chez les Oiseaux, représente seulement une surface légèrement convexe et parfaitement lisse. Les deux orifices ne sont donc plus contigus, ils se sont éloignés l'un de l'autre ; et l'orifice de la veine cave supérieure droite, qui occupait chez les Oiseaux la partie moyenne de la face supérieure de l'oreillette L, L' (PI. XIV, fig. 3), s'est transporté à la partie supérieure et antérieure de l'oreillette, au voisinage du tronc aortique (PI. XIV, L,L' fig. 1 ; 7j' fig. 5 ; '10 fig. 6).
Si nous comparons ces orifices veineux à ceux des Oiseaux, nous serons frappés de la différence qu'ils présentent au point de vue de l'appareil valvulaire. Tandis, en effet, que chez ces derniers les orifices des veines caves inférieure et supérieure droite possédaient chacun un appareil valvulaire complet, nous trouvons ici, pour la veine cave inférieure une valvule atrophiée et insuffisante, et pour la veine cave supérieure droite une absence complète de valvules. La structure musculaire de ces veines au niveau de leurs embouchures permet de penser que pendant la systole auriculaire le rétrécissement des orifices s'oppose plus ou moins au reflux du sang ; mais, outre qu'il est douteux que ces orifices très-larges se ferment complètement, on doit nécessairement penser que, cette occlusion co/np/è^e n'ayant lieu, dans tous les cas, que quelque temps après le début de la systole auriculaire, le reflux du sang dans les veines reste possible pendant les premiers moments de cette systole. 11 y a donc dans la circulation du sang
< Quand on e.Tamine l'orifice de la veine cave inférieure en tirant en sens inverse les deux extrémités de l'orifice elliptique, les di-ux lèvres de l'orifice se rapprochent en forme de boutonnière, et l'on a, d'une part la valvule d'Eustaohi, qui représente la valve externe des Oiseaux, et d'autre part l'anneau de Vieussens, qui semble en représenter la valve interne modifiée. Mais c'est là une simple apparence qui ne répond en rien à la réalité, car chez les Oiseaux la valve interne existe d'une manière tout à fait indépendante de l'anneau de 'Vienssens. En réalité, la valve interne a tout à fait disparu chez les Mammifères adultes, et il ne reste que la valve externe atrophiée
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de l'oreillette droite chez les Mammifères un défaut de précision auquel remédie chez les Oiseaux rocclusion instantanée des valvules doubles des oriflces veineux.
C'est là une première disposition propre à caractériser l'oreillette droite des Mammifères ; mais la comparaison de cette cavité avec la cavité correspondante des Reptiles et des Oiseaux nous conduit à une considération que j'ai déjà fait pressentir, et dont je donne ici la preuve: c'est l'envahissement croissant des vaisseaux veineux par la cavité de l'oreillette, c'est la diminution relative en importance et en étendue de la cavité del'auricule proprement dite, et l'augmentation croissante de la capacité des dilatations veineuses qui font partie de l'oreillette. Ici, en effet, non-seulement l'ancien sinus veineux a été incorporé à l'oreillette, mais une portion des vaisseaux eux-mêmes a été appelée à en faire partie. Il y a eu dilatation considérable de la veine cave inférieure et de la veine cave supérieure droite, dilatation dont fait foi leur forme en entonnoir ; il y a eu aussi incorporation dans l'oreillette des parties largement dilatées de ces vaisseaux, car c'est ainsi que s'expliquent le plus naturellement la disparition des valvules et des éperons, et l'écartement considérable de deux orifices qui, séparés chez les Oiseaux par un simple éperon tranchant, se trouvent actuellement éloignés l'un de l'autre et séparés par une large surface lisse à peine convexe.
Celte dilatation et cet accroissement de la portion veineuse de l'oreillette droite chez les Mammifères donnent à cette région du cœur un aspect tout particulier. Vue à l'intérieur, en effet, elle représente une grande cavité à parois lisses, offrant de'jlarges ouvertures béantes, parmi lesquehes, en avant età droite, l'orifice del'auricule. Cette dernière partie i (PI. XIV, fig. 5), très-réduite dans ses dimensions, semble n'être qu'un simple diverticulum de l'oreillette, tandis que chez les Reptiles elle en constituait la loge principale. L'introduction du sinus veineux et d'une portion des cavités veineuses voisines dans l'oreillette, et la distension excentrique de ces parties, ont refoulé l'auricule en avant, plus encore que chez les Oiseaux ; et cette dernière partie n'est plus en relation avec toute la partie externe de la circonférence de l'orifice auriculo-ventriculaire, mais seulement avec la partie antérieure et une faible portion de la partie externe. Je dois dire