‹ Thèses présentées a la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de Docteur ès-sciences naturelles (volume 5)Chapitre 26 sur 76 · TRANSFORMATIONS DU CŒUR · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS DU CŒUR

J'ai déjà par anticipation insisté, à propos de la description du cœur des Grocodiliens. sur l'iiomologie des masses musculaires ventriculaires et des faisceaux divers, soit antérieurs, soit postérieurs, chez les Reptiles à ventricules communicants et chez les Grocodiliens. Je n'y reviendrai pas. Pour terminer ce que j'ai à dire des ventricules, il me reste à rapprocher les valvules auriculo-ventriculaires des Grocodiliens de celles des autres Reptiles. Je commence par dire qu'elles leur correspondent directement, malgré les différences importantes qui semblent devoir les séparer, dans le ventricule droit en particulier. J'ajoute que ces différences ne résident que dans des changements plus apparents que réels, et dont on peut suivre facilement la genèse en les attribuant à ce transport des orifices que nous avons vus caractériser le cœur des Grocodiliens. Comparons avec attention ces valvules dans les deux grandes divisions des Reptiles, et analysons la manière dont se produisent leurs transformations eu passant de l'une à l'autre.

La partie capitale de l'appareil valvulaire des Reptiles à ventricules communicants consiste dans la tente médiane. Nous savons que la cloison des oreillettes, s'insérant à sa face supérieure, la divise en deux parties qui forment les valvules internes des orifices auriculo-ventriculaires droit et gauche. Nous savons également que ces valvules présentent chacune une corne antérieure et une corne postérieure, où viennent s'insérer des faisceaux musculaires des parois ventriculaires. Les cornes antérieures des valvules embrassent entre elles un angle rentrant ouvert antérieurement ; il en est de même pour les cornes postérieures, mais d'une manière moins prononcée. G'est de la partie inférieure de ces angles rentrants que partent les faisceaux rayonnants antérieur et postérieur, qui constituent la cloison interventriculaire proprement dite.

Ghez les Grocodiliens, on trouve également deux valvules auriculo-ventriculaires internes, mais différant notablement de celles des Ghéloniens par leur forme, par leur direction et par certains de leurs rapports. La valvule auriculo-ventriculaire gauche, qui se trouvait chez les Ghéloniens, Ophidiens, T (PI. V, fig. 4), (PI. XIl, fig. 2), 4 (PI. XVI, fig. 3, 7), sans relations avec l'orifice et le vestibule de l'aorte droite, a contracté chez les Grocodiliens des relations intimes avec ces parties (PI. VII, fig. 2), 4 (PI.

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W'I, /Ig. 4,8,8 bis). Ces différences s'expliqueront facilement, etl'homologie de celte valvule auriculo-ventriculaire interne gauche des Ghéloniens ne saurait être douteuse. A côté des différences, les points de ressemblance ne manquent certes point. Dans les deux cas, en effet, la valvule est constituée par un voile membraneux, lrapézoïde,dont le plan est oblique de haut en bas et de dedans en dehors, dont le bord interne adhère au bord inférieur de la cloison des oreillettes, et dont les bords antérieur et postérieur, et plus particulièrement les cornes, s'insèrent sur les colonnes musculaires des parois correspondantes du ventricule. Une seule différence importante est à noter : elle dépend uniquement du transport de l'aorte droite vers le côté gauche. Cette différence consiste en ceci, que le bord antérieur de la valvule, qui chez les Ghéloniens était, dans toute sa longueur, adhérent à la paroi ventriculaire et sans relation môme indirecte avec l'aorte droite, se trouve, chez les Crocodiliens , contigu dans sa moitié postérieure à la demicirconférence droite de l'anneau aortique (PI. XVI, /ig. 4). La valvule elle-même forme la paroi droite du vestibule de l'aorte. On voit donc qu'en tenant compte de cette modification, dont la cause ne saurait nous échapper, il n'y a pas de difficulté réelle dans l'établissement des homologies de la valvule interne gauche des Ghéloniens et des Crocodiliens.

Il n'en est pas de même quand il s'agit de retrouver des organes homologues dans la valvule interne droite des Ghéloniens et dans la valvule fibro-musculaire du ventricule droit des Crocodiliens. Je n'entre pas dans le détail des différences qui frappent au premier examen, leur notion ressort des descriptions que j'ai déjà données dans des chapitres précédents. Je me borne à renvoyer le lecteur à ce que j'en ai dit, et à la comparaison des fig. 4 (PI. 'V), fig. 2 (PI. VI), fig. 2 (PI. XII) d'une part, et des fig. 1 (PI. VII), fig. 1 et 2 (PI. VIII), fig. 1 (PI. IX) d'autre part. Gela fait, je vais exposer par quel mécanisme les valvules auriculo-ventriculaires internes droite et gauche des Ghéloniens, Ophidiens, Sauriens, deviennent les valvules auriculaires droite et gauche des Crocodiliens. Il n'est pas nécessaire, pour en arriver là, d'invoquer des combinaisons de mouvements et de rapports autres que celles que j'ai signalées comme étant la source réelle et le fondement des dispositions caractéristiques du cœur des Crocodiliens. Les modifications diverses qu'il s'agit d'expliquer

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n'ont point en effet d'autre cause que le transport déjà noté du pôle veineux du cœur en arriére du pôle artériel et vers la droite. De là résultent en effet des modifications qui pourront être facilement saisies sur les fig. 3 et 4 (PI. XVI) et sur les fig. 4 (PI. V) et fig. 1 (PI. VII).

Nous avons vu qu'en vertu de ce transport et des nouveaux rapports qu'il créait, les orifices des aortes droite et gauche venaient se loger dans l'angle formé en avant par les cornes antérieures des deu.\ valvules , et se plaçaient, l'aorte gauche surtout, au-devant de la corne antérieure de la valvule droite, qu'elles repoussaient et déviaient à droite et en arriére, ("est ce que montre bien la fig. 4 (PI. XVI). Cette figure représente aussi une particularité qui a sa valeur : c'est que les orifices aortiques écartent ainsi les cornes antérieures des valvules, mais beaucoop moins la corne gauche. Les orifices aortiques restant à droite du plan de la cloison interauriculaire (PI. XVII, fig. 3). c'est la corne de la valvule droite qui est déjetée en dehors et qui cède sa place primitive aux orifices aortiques (PI. XVI, fig. 4).

Chez les Chéloniens, le bord interne des deux valvules, par lequel elles adhèrent l'une à l'autre et à la cloison inter-auriculaire, présentait une longueur relativement considérable (PI. XVI, /î^. 3). Ce bord commun se trouve fortement raccourci chez les Grocodiliens, parce que de bonne heure le pôle artériel, étant venu se placer et se fî.xer à l'extrémité antérieure de cet axe commun des valvules, en a arrêté le développement dans ce sens. La fixité du pôle artériel déterminée par ses rapports immédiats avec les arcs branchiaux, et son développement centrifuge s'opposent, dans une certaine mesure, à l'extension antérieure de l'axe commun des valvules et de la cloison inter-auriculaire; et d'une autre part, cet axe commun, appuyé postérieurement contre la masse vertébrale et les organes placés dans cette région, est également arrêté dans son élongation postérieure. Il reste par conséquent limité à une petite étendue, pendant toutes les périodes subséquentes du développement et de l'état parfait. Les oreillettes et les orifices auriculo-ventriculaires, au contraire, étant libres dans leur développement antéro- postérieur (l'orifice ventriculaire gauche surtout), s'étendent dans ce sens et embrassent de plus en plus le pôle artériel. Il en résulte que les deux pôles fixés et adhérents l'un à l'autre se pénètrent de plus en plus

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profon(li3ment, et le pôle artériel Unit par l'oriiicr une enclave dans le pôle veineux. Ces modifications expliquent clairement pourquoi le bord antérieur de la valvule gauche4 (PI. XVI, fuj. 4 ) se compose de deux parties distinctes: l'une postérieure qui est en relation avec l'orifice de l'aorte droite, et l'autre antérieure qui s'insère sur la paroi venlriculaire antérieure.

Nous venons de voir que les choses se passent un peu autrement pour la valvule ven tri culaire droite. L'extrémité antérieure de l'orifice auriculoventriculaire, auquel elle appartient, est arrêtée en avant par les orifices aortiques et déjetée en dehors et en arrière. Ce mouvement de rotation de l'extrémité antérieure de l'orifice est nécessairement suivi par la corne antérieure de la valvule qui y est fixée, et dont le sommet est ainsi reporté en dehors et en arrière de l'orifice de l'aorte gauche, pour s'y terminer sur une masse fibreuse dont je parlerai bientôt, pour en déterminer la signification (PI. VII, fig. 1), (PI. VIII, /t^. 1 et 2), 5' (PI. XVI, fig. 4). Le bord antérieur de la valvule acquiert, par suite de ses rapports, une convexité antérieure très-prononcée. Ainsi s'explique cette forme recourbée en arrière et en haut de la corne antérieure de la valvule auriculo-ventriculaire droite interne.

Mais cette valvule présente encore une particulatité qui frappe au premier abord : c'est la direction presque verticale de son grand axe (PI. VIII, fig. 1 et 2; PI. IX, fig. 1). Celte direction étonne et peut masquer l'homologie de celte valvule avec la valvule horizontale des Ghéloniens ; mais un examen attentif permet de s'apercevoir que, même chez ces derniers, cette valvule présente un certain degré d'inclinaison en bas, en arriére et eu dehors. De plus, en plaçant la valvule des Crocodiliens dans des situations diverses, et plus particulièrement en l'abaissant, comme dans la. fig. 1 (PI. VII), on reconnaît bientôt que la partie inférieure ou musculan-e de la valvule des Crocodiliens n'est bien en réalité que la partie postérieure de la valvule des Ghéloniens, dont l'insertion aux faisceaux musculaires obliques postérieurs du ventricule est plus étendue, et a subi une inclinaison en bas et en dehors beaucoup plus prononcée. Grâce à cette inclinaison et à cet allongement, la corne postérieure de la valvule a pu atteindre la partie inférieure delà paroi venlriculaire postérieure. Mais les relations avec les faisceaux postérieurs obUqaes n'en restent pas moins identiques, et

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