‹ Thèses présentées a la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de Docteur ès-sciences naturelles (volume 5)Chapitre 28 sur 76 · PASSAGE DU CŒUR DE CROCODILIEN AU CŒUR D'OISEAU · texte numérisé non relu

PASSAGE DU CŒUR DE CROCODILIEN AU CŒUR D'OISEAU

L'élude du passage des Reptiles aux Oiseaux offre un très-grand intérêt. On sait aujourd'hui combien sont grandes les affinités entre ces deux classes; on sait aussi tout le parti qu'a voulu en tirer le savant naturaliste anglais Huxley en faveur de la doctrine de la transformation des espèces. Ces affinités sont réelles, on peut aisément les démontrer pour les divers systèmes de l'organisation tout entière ; mais ce n'est pas là le but que je me propose ici , et il nous suffira d'établir les ressemblances considérables qui rebent le cœur d'Oiseau à celui de Crocodilien, et d'expliquer d'une manière rationnelle les différences relativement faibles qu il y a entre eux. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit des oreillettes ; il me reste seulement à comparer les ventricules et les gros vaisseaux.

Les Oiseaux présentent un transport du pôle veineux vers la droite plus prononcé que les Crocodiliens. De là résulte une plus grande torsion du faisceau artériel, qui, comme nous le savons, est fixé par sa partie .supérieure et constitue pour ainsi dire l'axe autour duquel s'opère le mouvement circulaire du pôle veineux. Cet axe, fixé supérieurement, se tord pour permettre le transport du pôle veineux ou pôle mobile. De là résulte vers la gaucbeune saillieplus grande del'artère pulmonaire quiseplace au-devant du ventricule gauche, et vers la droite une saillie très-prononcée de l'aorte qui reste au-devant de l'orifice auriculo-ventriculaire droit (PI. XVI, fig. .5) . Cette saillie de l'artère pulmonaire vers la gauche s'accompagne nécessairement d'un prolongement de son vestibule dans cette même direction. Aussi la coupe horizontale du ventricule droit présente-t-elle chez les Oiseaux la forme d'une demi-lune dont la corne antérieure, correspondant au vestibule pulmonaire, recouvre non-seulement l'aorte droite, mais une partie de

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la l'acc aiiti'rieui'cdu vciilriciile gauche. Une autre conséquence du transport du pôle veineux consiste dans le rapprochement de l'orifice do l'aorte droite (la seule qui existe chez les Oiseaux) du ventricule gauche, et dans la diminulion et presque la suppression du vestibule de l'aorte droite (PI. XVII. lig. 4). C'est là un fait intéressant à noter, comme nous le verrons surtout à propos delà détermination des ventricules chez les Reptiles à ventricules communicants.

Le ventricule droit des Oiseaux a pour caraclère très-important l'existence de la valvule charnue. Cette valvule, que j'ai décrite avec soin dans un chapitre précédent, et que représente la fig. 1 (PI. IV;, est tellement caractéristique qu'elle permet de distinguer toujours avec une entière certitude le cœur des Oiseaux de celui de tout autre Vertébré. Et pourtant cette disposition, malgré sa singularité, n'a qu'une originalité plus apparente que réelle, et n'est qu'une modification, assez profonde il est vrai, de la disposition valvulairedéjà connue, je veux dire des valvules auriculoventriculaires droites des Crocodiliens ; c'est ce que je vais examiner.

J'ai, dans le chapitre relatif aux ventricules des Oiseaux, recherché les homologues, dans cette classe, des faisceaux droits antérieur et postérieur et des faisceaux gauches postérieurs du cœur des Crocodiliens. L'examen des connexions nous a permis de conclure que la valvule des Oiseaux représentait, comme la valvule musculaire des Crocodiliens , une saillie exagérée de quelques faisceaux obliques gauches, et que la languette latérale D (PI. YV, fig. 2) n'était qu'un fascicule prématurément détaché des fibres obliques de la valvule pour se jeter sur la paroi interne. Quant à la languette antérieure de la valvule des Oiseaux, il faut la considérer comme représentant la valvule musculo-membraneuse des Crocodiliens. En passant des Chéloniens aux Crocodiliens, cette valvule avait subi un mouvement de bascule dont nous avons déterminé le sens avec précision, et en vertu duquel l'extrémité postérieure de la valvule est portée en bas et en avant, tandis que l'extrémité antérieure se porte en haut et en arrière. Ce mouvement de bascule se continue et s'exagère chez les Oiseaux, et atteint un degré tel, que l'extrémité inférieure de la valvule des Crocodiliens, qui se trouvait en relation avec le bord postérieur du premier faisceau rayonnant postérieur et se confondait là avec lui (PI. VIII. fig. 1), vient se porter chez

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les Oiseaux non loin de sou bord antérieur (PI. IV, fig. 1), et s'y confond également avec lui. Cette valvule, en se relevant ainsi, perd considérablement de son étendue, et sa partie supérieure seule subsiste ; elle se réduit par conséquent à une languette charnue oblique en bas et en avant, dont l'extrémité postéro-supérieure se continue directement avec la partie supérieure de la valvule/^' (PI. IV, fig. 1) qui, comme nous le savons, représente la valvule charnue des Crocodiliens i" (PI. VII. fig. Ij. Chez ces derniers, la continuité ne s'établit que par l'intermédiaire d'un petit noyau ou tendon fibreux que nous avons vu représenter la valvule externe des Chéloniens. Dans le cœur des Oiseaux, ce noyau tendineux est remplacé par des fibres charnues qui établissent ainsi une continuité parfaite entre la languette antérieure (valvule fibreuse des Crocodiliens) et la valvule proprement dite (valvule musculaire des Crocodiliens). A travers tous ces changements de direction, de forme, de dimension, la languette antérieure des Oiseaux conserve exactement les mêmes connexions principales que la valvule fibreuse des Crocodiliens : extrémité inférieure reliée et confondue avecle premier faisceau rayonnant postérieur; extrémité supérieure reliéeet continue avec le sommet supérieur de la valvule musculaire; situation delà languette exactement et immédiatement en arrière et au-dessous de la cicatrice de l'aorte gauche.

Les homologies que je viens d'établir- se démontrent du reste d'ellesmêmes par un examen comparatif de fig. 1 (PI. IV) avec fig. 1 (PI. VII) et fiig. 1, (PI. IX), et de fiig. 4 (PI. XVI) avec fig. 5. On voit, dans les unes comme dans les autres, l'appareil valvulaire formant une large boutonnière dont les angles inférieurs et supérieurs s'élargissent et s'émoussent considérablement chez les Oiseaux, par suite du mouvement de bascule de la lèvre antérieure de la boutonnière, et dont la commissure supérieure, tendineuse chez les Crocodiliens, est devenue musculaire chez les Oiseaux. Le plan delà boutonnière, oblique de haut en bas et de dehors en dedans, laisse, chez les Oiseaux comme chez les GrocodOiens , une partie de l'anneau auriculo-ventriculaire dépourvue de toute insertion valvulaire. Seulement, tandis que chez les Crocodiliens celte partie fibre était peu étendue et bornée au côté postérieur arrondi de l'orifice auriculo-ventriculaire, chez les Oiseaux, le transport en avant de la valvule fibreuse

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laisse libres loullebord interne de ccl orilice. (les l'aits-là, ainsi que tous ceux qui concernent les modifications des valvules auriculo-ventriculaires, rentrent dans une loi générale fort simple que j'exposerai plus tard, après avoir terminé cette revue des transformations cardiaques.

Le bulbe artériel des Oiseaux est très-développé ; il est pourvu d'une épaisse couche de fibres circulaires, mais nous avons vu qu'il se confondait, sans limite précise déterminable, avec les parois ventriculaires. Chez les Crocodiliens, il y avait déjà un certain degré de fusion, puisque les parois internes de l'anneau bulbaire étaient tapissées de fibres verticales qui se continuaient sur les parois ventriculaires; mais au dehors l'anneau musculaire, confondu en apparence, pouvait pourtant être très-nettement délimité. Il n'en est plus ainsi chez les Oiseaux, et la couche annulaire du bulbe se continue à la surface du ventricule droit, en s 'évasant et en obliquant de plus en plus en bas et en dedans le plan de ses anneaux.

Le bulbe n'embrasse que l'orifice de l'artère pulmonaire, l'orifice aortique gauche ayant disparu chez les Oiseaux pour des causes que j'exposerai plus loin. Par contre, l'orifice pulmonaire est d'un diamètre plus considérable, et l'artère pulmonaire, qui se divise presque aussitôt après sa naissance en deux troncs volumineux, peut aisément recevoir tout le sang du ventricule droit / (PI. XIV, fig. 2).

Le ventricule gauche des Oiseaux se distingue à peine de celui des Grocodihens: il a exactement la même forme, la même disposition des faisceaux musculaires, les mêmes valvules, et surtout, comme lui, il ne communique qu'avec l'aorte droite. Les seules différences à noter consistent: 1° dans la diminution de longueur du vestibule aortique ; 2° dans le rapprochement consécutif de l'orifice aortique et de la cavité veutriculaire, rapprochement tel que sur une coupe horizontale les lumières de ces deux cavités, au lieu de rester éloignées et distinctes, se mettent en contact et se pénètrent même légèrement (PL XVII, fig. 4); 3° dans la conformation des valvules auriculo-ventriculaires. Ces deux valvules, dont la situation et les rapports généraux n'ont pas varié, sont moins inégales chez les Oiseaux que chez les Crocodiliens, la valvule externe ayant acquis plus d'étendue dans ses divers diamètres ; 4° une autre particularité doit être enfin notée, car, comme les précédentes, elle représente une forme de transition entre

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les Ciocodiliens et les Mammifères; c'estque, d'uueparl les cornes des valvules se subdivisent en petits tendons qui vont s'insérer aux faisceaux antérieur et postérieur des parois venlriculaires, et d'autre part le bord libre" des valvules, au lieu d'être égal et tranchant comme celui des Crocodiliens, présente quelques dentelures qui se prolongent en filaments tendineux jusqu'aux faisceaux musculaires du ventricule, auxquels ils s'insèrent .

La cloison interventriculaire s'est constituée comme celle des Crocodiliens, mais avec plus de perfection. On y retrouve la série alternative de couches ou faisceaux rayonnants, mais plus forts, d'une texture plus serrée; seulement le premier faisceau rayonnant antérieur des Crocodiliens Z (PI. YIII, flg. 1) se trouve réduit à ses fibres antérieures. Celles-ci se confondent avec le bord antérieur du premier faisceau rayonnant postérieur, qui a la même direction qu'elles. Le cœur des Mammifères nous présentera une constitution identique de la cloison interveniriculaire, et comme je puis en donner de bons dessins, je renvoie ce que je pourrais en dire ici au paragraphe qui traitera de la cloison des Mammifères.

Je me réserve également de discuter plus tard une question pleine d'intérêt: celle de la valeur et de la signification de l'aorte droite des Oiseaux. Ij'est là un sujet qui ne peut manquer d'exciter l'attention, car l'aflinité très-grande qu'il y a entre le cceur des Oiseaux et celui des Crocodiliens, affinité qui, je l'espère, sera évidente pour tout lecteur de ce travail, rend d'autant plus frappante la différence qu'il y a dans le nombre des aortes de ces deux classes d'animaux; les Oiseaux ne possèdent qu'une aorte, l'aorte droite, tandis qu'il y a chez les Crocodiheus une aorte droite et une aorte gauche. La discussion de ce fait perdrait beaucoup à être séparée de la question correspondante, mais inverse, qu'impose l'existence exclusive de l'aorte gauche chez les Mammifères. On conçoit combien la discussion de l'ensemble de ces faits gagnera en intérêt, par suite même des résultats opposés que la nature a atteints dans ces diverses classes. Quelques lignes, consacrées aux modifications qui conduisent de l'appareil ventriculaire des Oiseaux à celui des Mammifères, me permettront bientôt d'aborder l'examen de la question des aortes.

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