‹ Thèses présentées a la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de Docteur ès-sciences naturelles (volume 5)Chapitre 29 sur 76 · PASSAGE DU CŒUR D'OISEAU AU CŒUR DE MAMMIFÈRE · texte numérisé non relu

PASSAGE DU CŒUR D'OISEAU AU CŒUR DE MAMMIFÈRE

Comme le cœur des Oiseaux, mais peut-être à ua moindre degré, le cœur (les Mammifères présente un transport du polo veineux en arrière du pôle artériel et vers la droite. Je dis à un moindre degré, parce que l'artère pulmonaire et son vestibule font moins de saillie à gauche que chez les Oiseaux. Mais la différence est médiocrement prononcée, et l'on peut dire que, chez les uns de même que chez les autres, l'oriflce aortique est venu se placer dans l'angle formé antérieurement par les deux orifices auriculoventriculaires, mais plutôt cependant du côté de l'orifice auriculo-ventriculaire droit. Le vestibule aortique a presque entièrement disparu (PI. XVII, fvj. 5), et l'orifice de l'aorte s'est tellement fondu dans l'orifice auriculoventriculaire gauche , qu'il ne forme qu'une faible saillie sur la demicirconférence droite de cet orifice (PI. XVI, fig. 6 et 6 bis).

Nous avons précédemment retrouvé, comme chez les Oiseaux, la cicatrice de l'orifice de l'aorte gauche dans le ventricule droit B (PI. X, fig. 1). Je vais maintenant établir la filiation de l'appareil valvulaire de deux ventricules avec celui que nous avons déjà décrit chez les Oiseaux. A gauche, les différences sont presque nulles ; il y a également deux valvules : l'une interne et l'autre externe, l'externe moins étendue que l'interne ; elles ne différent des valvules correspondantes des Oiseaux qu'en ce que leur bord libre est plus dentelé et donne insertion h un plus grand nombre de filaments tendineux.

A droite, l'appareil valvulaire se complique, et l'on en chercherait vainement la signification et la valeur homologique, si l'on ne s'en rapportait aux principes généraux que j'ai émis précédemment sur les appareils valvulaires auriculo-ventriculaires. Cet a[)i)areil, qui chez l'Homme a reçu

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le nom de valvule tricuspide, est en réalité composé de deux valves distinctes, l'une interne et l'autre externe. Gomme je les ai déjà décrites, je n'y reviendrai pas, me bornant à renvoyer le lecteur à ce que j'en ai dit et à l'examen de la jig. 1 (PI. X).

La valve externe représente indubitablement la valvule musculaire des Oiseaux et les deux valvules des Crocodiliens; seulement celte valvule a subi plusieurs modifications dans sa constitution et dans sa forme. Sa constitution est redevenue à peu près ce qu'elle était chez les Crocodiliens, c'est-à-dire qu'au lieu d'être entièrement musculaire, comme chez Oiseaux, elle forme une lame tendineuse terminée à ses deux extrémités par une portion musculaire. Comparez /î^. 1 (PI. lN),fig. 1 (PI. VII), fig. 1 (PI. IX), fig. 1 (PI. X). Je ne dois point oublier de dire que la valvule exceptionnelle de l'Aptérix, qui est en partie membraneuse et dont le bord inférieur se relie par quelques tendons à une saillie musculaire de la paroi ventriculaire, fournit un point de rapprochement très-intéressant entre les Oiseaux et les Mammifères. La valvule externe des Mammifères se relie facilement à l'appareil valvulaire des Crocodiliens ; il suffit en effet, pour passer de l'im à l'autre, d'exagérer le mouvement de bascule que nous avons signalé en passant des Crocodiliens aux Oiseaux. Ce mouvement exagéré relève la languette antérieure de la valvule et la met en rapport avec le bord antérieur du premier faisceau rayonnant postérieur et avec la fausse- cloison. Chez l'Homme P (PL X, fig. l), chez le Mouton, cette extrémité antérieure charnue vient se confondre avec le bord antérieur des faisceaux rayonnants; mais chez certains Mammifères, le Porc par exemple, le mouvement de bascule semble poussé plus loin, et cette extrémité musculaire de la valvule se divise en deux faisceaux, dont l'un confond ses fibres avec celles du faisceau rayonnant, et dont l'autre H H' (PL X, fig. 2) se porte en haut et en avant perpendiculairement aux fibres de la faussecloison.

La valve externe des Mammifères, si voisine, quant aux connexions, de celles des Crocodiliens, en diffère quant à la forme. La partie tendineuse, loin de former une lame pleine et régulière sur les faces de laquelle les fibres musculaires viennent s'insérer en formant une couche, représente au contraire une lame irrésuliorc dont le bord dentelé donne insertion à un

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nombre plus on moins considcrablc de pelits filots tendineux dnnl losexlrémilés opposées se rendent aux faisceaux charnus correspondants.

La valve interne do l'orifice anriculo-vontriculaire droit des Mammifères est sans analogue dans les autres classes de Vertébrés; elle forme une lame tendineuse insérée sur le bord interne de cet orifice, c'est-à-dire sur la partie de ce bord que n'occupe pas la valve externe. Son bord libre dentelé donne insertion à des tendons attachés d'autre part à des faisceaux charnus qui par leur position . leurs rapports , leur direction , appartiennent évidemment à la première couche rayonnante postérieure. La valve interne doit donc être considérée comme une dépendance de cette couche rayonnante, dont les fibres superficielles, loin de rester musculaires jusqu'à leur extrémité supérieure, se sont transformées à ce niveau en tendons filiformes qui s'animent et s'étalent en un tendon aplati qui constitue la valve interne elle-même. C'est encore là une démonstration et une application de la loi générale que j'ai formulée comme présidant à la constitution des valvules auriculo ventriculaires dans la série des Vertébrés.

La composition de la cloison interventriculairc chez les Mammifères est identique à ce qu'elle esl chez les Oiseaux. Cette cloison est également formée par une série de couches rayonnantes antérieures et postérieures. Ces couches rayonnantes sont exactement comparables à celles que nous avons décrites chez les Grocodiliens , elles n'en diffèrent que par deux conditions que je vais signaler : 1° Le rapprochement complet chez les Oiseaux et même la pénétration réciproque chez les Mammifères des deux anneaux aortique et auriculo-ventriculaire, en supprimant le vestibule aortique, mettent le bord supérieur des couches rayonnantes directement en contact avec l'anneau aortique et le point d'insertion des valvules sigmoïdes. Chez les Grocodiliens, la distance qui sépare ces deux orifices éloigne l'anneau aortique des couches rayonnantes, et ces dernières ne sont reliées à cet anneau qu'indirectement et par l'intermédiaire delà portion fibreuse dsla cloison, c'est-à-dire par la cloison intervestibulaire (PL XVH, fig. 3, 4, 5). Il suit de là que la cloison intervestibulaire, marquée par des points dans ces figures, déjà très-étroite chez les Oiseaux, est entièrement supprimée chez les Mammifères; '1° Une seconde particularité des couches rayon-

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liantes chez les Oiseaux et les Mammifères, c'est qu'au lieu de naître, comme chez les Crocodiliens, presque exclusivement d'un point circonscrit des parois antérieure et postérieure, pour rayonner de là dans un plan antéropostérieur (PI. VII, fig. 2), (PI. VIII, fig. 1 ), les faisceaux rayonnants étendent leurs insertions sur toute la longueur du bord supérieur de la cloison interventriculaire, et forment ainsi des plans qui se recouvrent entièrement, non-seulement dans leur partie inférieure étalée, mais aussi dans leur partie supérieure. Par là se trouve réalisée une constitution plus homogène et plus solide de la cloison interventriculaire, et par conséquent un degré de séparation ventriculaire supérieur à celui des Crocodiliens.

Ces diverses dispositions sont exactement figurées sur plusieurs dessins joints à ce travail, et que je vais décrire succinctement. Comme les Oiseaux, les Mammifères ont un premier faisceau rayonnant antérieur réduit à des libres descendantes. Ces libres forment un petit faisceau qui, partant du l>ord postérieur de la fausse-cloison, se porte légèrement en arrière pour venir s'appliquer sur le bord antérieur du faisceau rayonnant postérieur et se confondre avec lui. Cette disposition est très-évidente dans la fig. 1 (PL X), en arrière du dernier faisceau M de la fausse-cloison. Elle se voit également très-bien sur le cœur de fœtus de Veau (PI. IV, flg. 2). Cette dernière figure et la fig. 2 (PL X ) montrent clairement le premier faisceau rayonnant postérieur, qui est mis à nu par sa face gauche enRH', fig. 1 (PL XII). Au-dessous de celui-ci se trouve le second faisceau ou seconde couche rayonnante antérieure 0'^ (PL XII, fig. 1). Cette couche, qui a été enlevée en partie pour montrer la couche subjacente, est représentée entière en 00' (PL XI, fig. 2); enfin \afig. 1 (PL XI) montre réunis et confondus le second faisceau rayonnant postérieur P", et le troisième faisceau rayonnant antérieur P'. Ces fai.sceaux réunis Pf',/"' forment un éventail largement étalé: des coupes ont été faites sur certains points pour montrer la couche subjacente 0. J'ajoute que chez certains Mammifères, le Porc eu particulier, se détache de la cloison au-dessous de l'orifice aortique un faisceau musculaire (PL XI, /î^.l), et qui se divise bientôt en deux faisceaux musculotendineux, dont l'un va se jeter sur la paroi antérieure, et l'autre sur la paroi postérieure du ventricule. Ce faisceau représente là comme une synthèse do la fusion des deux derniers faisceaux rayonnants antérieur et postérieur.

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L'étu(l(- quo j'ai failo dn la manière dont se forme la rloison iiitcrveotrieulaire, depuis les Reptiles jusqu'aux Mammifères, a tait suffisamment comprendre le mécanisme de cette formation. Des faisceaux rayonnants naissent symétriquement des parois antérieure et postérieure du ventricule au-dessous de la cloison inter-auriculaire, et, s'appliquaut alternativement les uns à côté des autres , déterminent ainsi la séparation des ventricules proprement dits. Cette conception diffère essentiellement de celle qu'a développée le D'' Pettigrew, il y a quelques années, dans un Mémoire important sur la structure du cœur (Pliilosopliical Transactions). Pour l'auteur de ce travail, la cloison interventriculaire est formée par un pli rentrant de la paroi antérieure du cœur qui s'étend peu à peu jusqu'à la paroi postérieure, à laquelle il se soude. On voit que le D'' Pettigrew attribue .à la cloison interventriculaire proprement dite le mode de formation que j'ai démontré exister pour la fausse-cloison. Pour ne s'être pas suffisamment appuyé sur l'anatomie comparée, le D'' Pettigrew a commis une confusion regrettable.

Chez les Vertébrés supérieurs, en etïet, la fausse-cloison et la cloison interventriculaire se sont rapprochées transversalement et appliquées l'une à l'autre, au point qu'il faut être bien prévenu pour ne pas les confondre. Mais chez les Reptiles h ventricules commimicants toute méprise est impossible: les deux cloisons sont nettement distinctes et éloignées transversalement. C'est ce que montre bien la coupe de cœur de Python (PI. XVI, fig. 9), où OP désigne les faisceaux rayonnants de la cloison inter\entriculaire, et où M désigne le repli antérieur qui constitue la fausse-cloison, d'où naîtra, il est vrai, la cloison interveslibulaire.

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