LE GCEUR ET LE TRANSFORMISME
cher quel est le type ou la forme organique préexistante d'où sont sortis à la fois, par suite de transformations divergentes, les deux types postérieurs et simultanés du lleptile et de l'Oiseau.
A un autre point de vue, il ne saurait être juste de croire que les objections que j'ai présentées contre la théorie du parallélisme, et les conclusions négatives auxquelles je suisarrivé, pussent constituer une objection sérieuse contre la théorie du transformisme. En se plaçant au point de vue des transformistes, il est en effet rationnel de penser que le très-long travail qui, à travers des mihiers d'années et une série innombrable d'influences, a conduit les types inférieurs à l'état des types supérieurs, a dû nécessairement réagir sur l'évolution embryonnaire des types et en a modifié les phases. N'est-il pas compréhensible, par exemple, que le travail considérable qui a conduit une série d'êtres de l'état de Poisson (respiration aquatique) à l'état d'Oiseau et de Mammifère (respiration aérienne), c'est-à-dire d'un état de courbure simple de l'axe du cœur et d'unicité ventriculaire à un état où prédominent la torsion de l'axe et le cloisonnement complet des ventricules, n'est-il pas. dis-je, compréhensible que ce travail ait introduit dans les phases successives du développement embryonnaire de ces êtres des modifications telles, que la torsion de l'axe et le cloisonnement ventriculaire, quien est le fidèle corrélatif, soient rendusplus précoces et devancent d'autres phénomènes qui dans des types antérieurs étaient leurs contemporains ou même leurs prédécesseurs? Il serait bien étonnant en effet que des influences capables de modifier si profondément les conditions de la vie post-embryonnaire et de changer d'une manière si prononcée l'équilibre définitif des organes, fussent restées sans action sur la vie embryonnaire. Ces deux vies, ou bien mieux ces deux périodes delà vie, sont si loin d'être absolument distinctes, que leur limite varie singulièrement suivant les classes, suivant les familles et même les genres ' .
Il y a donc, plus qu'on ne le croirait au premier abord, indépendance
' Je me borne à citer ici le fait très-remarquable observé par M. Bavay sur VHxlodes Martinicensis (Tschudi), qui sort de l'œuf à l'état de Batracien anoure parfait. L'état de larve s'est écoulé entièrement dans l'œuf. (Voir Eevue des Sciences naturelles de E. Dubrueil, tom. I, a" 3. Montpellier, 1872.) On savait que le Têtard du Crapaud accoucheur, lorsqu'il sort de l'œuf, a déjà perdu ses branchies externes; les branchies internes seules subsistent.
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pntrc la théorie du parallélisme et la théorie Darwinienne. Maisnéanmoinsce que j'ai dit delà première me conduit nalurellemeut à parler de la seconde, parce que certaines considérations que j'ai eu l'occasion de présenter à propos du parallélisme peuvent donner lieu à des réflexions utiles sur le transformisme. Une autre raison du reste m'engage à ne pas me taire entièrement à cet égard. Dans le cours de ce travail, j'ai consacré un long chapitre à la recherche des transitions qui conduisent du cœur de Poisson au cœur de Vertébré supérieur. Je me suis efforcé de démontrer que les différences profondes qui séparaient ces organes, pris dans les classes extrêmes, s'atténuaient et s'effaçaient partiellement quand on considérait les formes de passage fournies par les classes intermédiaires. J'ai essayé d'exposer le lien rationnel de ces diverses formes, et de montrer qu'elles dépendent uniquement de modifications graduelles portant sur des éléments parfaitement communs à tous les types de la série des Vertébrés.
La réalité de cette progression et des rapports étroits qui en relient les termes est évidente, quoique je me sois presque exclusivement attaché aux types nettement caractérisés de chacune des grandes divisions des Vertébrés. Il est incontestable que les liens se resserreraient encore et les distances se réduiraient considérablement, s'il m'avait été permis de faire des types actuels de transition (Lepidosiren, Ornithorhynque, etc.) une étude aussi approfondie que je l'ai faite des types essentiels. Qu'adviendrait-il si à ces types vivants de transition, relativement rares, on pouvait joindre l'étude des types de transition qui ont positivement existé en très-grand nombre pendant les périodes géologiques? Malheureusement il ne reste de ces derniers types que des parties squelettiques ou épidermoïdes, qui, tout en autorisant, en vertu de la loi de corrélation de développement des organes, à déterminer la place que ces êtres doivent occuper dans la série et les grands traits de leur composition organique, ne permettent point cependant d'induire les particularités de structure de leurs organes mous. Par là peuvent et doivent s'expliquer certaines lacunes que les faits connus ne permettent pas de combler.
Les considérations qui précèdent, et qui me paraissent la conséquence rigoureuse des faits consignés dans ce travail, peuvent recevoir des interprétations différentes et être invoquées à la fois par les deux théories qui
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partagenU'opinion des savants sur le aiode d'apparilioii des formes très-nombreuses des êtres vivants à la surface du globe. Pour ceu.\ qui considèrent ces êtres animés comme résultant de créations multiples et successives, les analogies étroites et nombreuses que j'ai démontrées dans la structure d'un de leurs appareils les plus importants ne doivent être regardées que comme des preuves du plan adopté par le Créateur, plan dont les grands traits, partout reconnaissables, ont servi de thème à une série merveilleuse d'innombrables variations. On comprend d'autre part quelles doivent être les conclusions de l'école transformiste en présence de ces formes intermédiaires, et de ces transitions si naturelles, si évidentes, entre des types différents et même éloignés.
Il serait par trop téméraire à moi d'essayer de trancher un débat qui tient en suspens le jugement des esprits les plus éclairés et des savants les plus autorisés. Du reste, le cadre dans lequel je me suis renfermé est trop restreint pour qu'il me soit permis de faire beaucoup plus qu'une simple allusion à une théorie qui embrasse si largement tout l'ensemble des êtres vivants. La question de la transformation des espèces ne peut être définitivement jugée qu'après une immense enquête, à laquelle j'appliquerai volontiers le mot de la parabole : « Le champ, c'est le monde ». Mais, sans m'éloigner du sujet de ce travail, je désire m'arrêter sur quelques-unes des objections que l'école des créations semblerait pouvoir opposer à sa rivale.
La première de ces objections, c'est que certains points de transition font absolument défaut. Il est sur qu'entre les Reptiles à ventricules communicants et les Grocodiliens, il y a, au point de vue de la constitution du cœur, une distance pour laquelle on pourrait désirer un type intermédiaire. Le développement complet de la cloison, les modifications des valvules auriculo-ventriculaires, et surtout les rapports spéciaux du foramen de Pannizza avec les valvules sigmoïdes aortiques , rapports si singuliers et si différents de ceux que ces mêmes valvules affectent avec la fente interaortique chez les autres Reptiles, semblent constituer dans la série zoologique l'introduction passablement brusque d'une disposition spéciale du cœur.
Ce que je viens de dire du cœur des Grocodiliens s'applique également
3Î-2 l'IIILUSOi'DIt; iNATUliELLlO.
uu ctt'ur dt'S Oiseaux. Malgré les affinités évidentes qu'il y a entre les Oiseaux et les Reptiles, il n'en est pas moins vrai qu'il y a une distance notable entre les cœurs de ces deux classes de Vertébrés. Le ventricule droit des Oiseaux, avec sa valvule musculaire si singulière, et privé tout à la fois d'orifice aortique et d'aorte gauche, ne peut, il faut en convenir, être rapproché du^venlricule droit des Crocodiliens que grâce à certaines formes de transition faciles à concevoir, mais qui, ne l'oublions pas, sont uniquement des créations de l'esprit, justifiées il est vrai par l'analogie, mais non pas des formes l'éelles représentées dans la nature actuelle.
A cette objection, l'école transformiste peut répondre et a répondu que si les types intermédiaires font actuellement défaut, ils n'en ont pas moins existé peudant les périodes antérieures delà vie du globe. La découverte de certains types éteints qui pour la conformation de leur squelette représentent des formes transitoires (^rc/a'o/7i!eri;r, Hipparion,eic.), autorise à penser que ces formes de transition ont existé pour les parties molles et les viscères, aussi bien que pour les parties capables de résister au temps et aux autres agents de destruction. On comprend que, de sa nature, cette question ne puisse pas être résolue directement par les faits, puisque les pièces de conviction manquent et manqueront toujours, du moins pour les temps antérieurs aux nôtres ; mais il faut convenir que cette impossibihté radicale de juger actuellement le procès en lui-même exclut tout avantage positif pour l'une comme pour l'autre cause. Je dois cependant, pour être juste, ajouter que les analogies que pourrait invoquer en sa faveur l'école transformiste ont une valeur que rend plusgrandede jour en jour la découverte sans cesse renouvelée de formes perdues de transition.
Une seconde objection que peut faire l'école des créations successives et multiples me parait plus susceptible de recevoir des découvertes géologiques une solution directe et positive. C'est encore la curieuse et intéressante famille des Crocodiliens qui servira d'objectif à mes réflexions.
L'espèce a-t-elle eu un seul ou plusieurs centres de création ? Telle est la question extrêmement importante qui divise les naturalistes. Singuhère destinée que celle de cette question ! Tandis que, il n'y a encore que peu d'années, les naturalistes ont considéré comme une conquête de la science sur le préjugé et sur la foi la démonstration de l'idée des centres multiples