DES OISEAUX ET DES MAMMIFÈRES PLONGEURS
Je viens d'exposer longuement les causes qui nous permettent d'expliquer le séjour prolongé sous l'eau que peuvent supporter à divers degrés les Reptiles proprement dits. Je désire maintenant examiner en quelques mots s'il y a quelque chose de commun entre ces causes et les conditions qui permettent à quelques Mammifères et Oiseaux dits plongeurs de prolonger leur séjour sous l'eau, quoique toujours dans des limites inûniment plus restreintes que pour les Reptiles.
Les Oiseaux et les Mammifères se trouvent pour plusieurs raisons dans de mauvaises conditions sous le rapport du plonger. D'une part, l'activité des échanges nutritifs réclame une grande activité des combustions respiratoires ; celle-ci exige à son tour une structure très-décomposée et trèscloisonnée du poumon, et par conséquent un défaut de provision possible d'air respirable. D'autre part, le ventricule droit n'ofl'rant pour issue au sang veineux quel'arlère pulmonaire, il se forme, dèsle début del'asphyxie, dans les cavités cardiaques droites et dans les veines des centres nerveux, une accumulation toujours croissante de sang dont nous connaissons les funestes conséquences. Ainsi : 1° activité de la dépense d'oxygène; 2" défaut de provision de cet élément; 3" congestion veineuse intense du cœur et des centres nerveux : voilà les conditions dans lesquelles se trouvent placés les Vertébrés supérieurs ordinaires pendant la submersion.
Ceux qui parmi eux ont la faculté de prolonger d'une quantité toujours assez faible leur séjour sous l'eau, le doivent à des atténuations apportées à l'une de ces trois conditions défavorables. Ainsi, ces animaux diminuent instinctivement l'ac'àvité de la dépense, en restant sous l'eau dans une immobilité relative. Quant au défaut de provision d'oxygène, ils y suppléent
■'i20 IMIII.OSOI'IIIIO NATURELLE.
dans une très-faible mesure, il esl vrai, en faisant avant de plonger une ou plusieurs grandes inspirations. Mais ce n'est l;i évidemment qu'un correctif très-insulïisant, et la provision ainsi faite doit être promplement épuisée. Aussi M. Beri pense-t-il que ces animaux possèdent un autre réservoir d'oxygène plus important, plus considérable.
D'après un certain nombre d'expériences comparatives faites sur le Poulet et le (lanard, M. lîert conclut (ju'un Canard a environ d'un tiers à la moitié plus de sang qu'un Poulet, et que même la proportion du principe le plus important à considérer au point de vue des affinités pour l'oxygène, c'ftst-cà-dire de l'hémoglobuline, est plus considérable encore. « Voici donc enûn trouvé, dit M. Bert, ce réservoir d'oxygène dans lequel le Canard peut pendant longtemps puiser, à l'aide duquel il peut résister à l'asphyxie. Ce réservoir, c'est son sang. » Cette richesse relative du sang chez le Canard n'est pas un fait isolé parmi les animaux plongeurs. « Les pêcheurs, les voyageurs, les anatomistes, ajoute M. Bert, ont tous remarqué l'énorme quantité de sang que contiennent les Phoques, les Marsouins, les Baleines. Il est à regretter qu'on n'ait jamais fait de pesées exactes. Mais Burdach a pu dire avec raison : ils ont une énorme quantité de sang môme dans le tissu adipeux, et en quelque point de leur coi'ps qu'on fasse une entaille, il s'écoule comme d'une poche. C'est à cette grande quantité de sang, à ce magasin d'oxygène combiné, que j'attribue la plus grande part dans leur résistance
à l'asphyxie Sans doute aussi les dispositions anatomiques les
grands sinus sanguins, les sphincters vasculaires, doivent jouer un rôle dans l'explication de cette faculté remarquable. Il faut en dire autant de la puissance du diaphragme, de l'existence de sphincters nasaux, qui permettent de maintenir l'air sans effort; mais ce rôle est secondaire, ces dispositions ne constituent que des perfectionnements harmoniques
La raison principale est plus intime, elle touche de plus près aux conditions essentielles de l'être , que ne le font ces simples mécanismes anatomiques. »
Tout en reconnaissant ce qu'il y a d'ingénieux dans ces vues de M. Bert, il m'est impossible de les admettre sans faire quelques réserves. Mes réserves sont basées sur l'insufËsance des données expérimentales qui servent d'appui à cette opinion. Un petit nombre d'expériences compara-