‹ Thèses présentées à la faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade le docteur èsChapitre 10 sur 66 · ESTOMAC DES POISSONS · texte numérisé non relu

ESTOMAC DES POISSONS

Les parois du détroit pylorique sont musculeuses, et se contractent avec force. Sur un Congre vivant, ayant mis à nu cette partie du - tube digestif, je provoquai, par l'excitation directe, une contraction de ses muscles, qui prirent alors une rigidité absolue (comme un morceau de bois); par ]a section, aucune goutte de liquide ne s'échappait de Test^nac^ et l'orifice restait absolument resserré* En particulier chez le Congre, l'estomac est très-petit; mais un énorme cœcum, trèsmusculeux et riche en glandes, se trouve annexé à l'estomac, et descend en droite ligne jusque vers l'anus. Ce n'est probablement pas l'homologue des cœcums pyloriques qu'on a décrits chez divers animaux, et je proposerais de l'appeler cœcum stomacal. L'estomac de l'Anguille a une forme identique.

Ainsi donc, chez les Poissons carnivores, tous extrêmement voraces, et digérant des proies énormes non mâchées, l'estomac est séparé de l'intestin par un rétrécissement très-serré, ou détroit pylorique, garni de fibres musculeuses énergiques, se contractant pendant la digestion, et ne permettant pas le passage dans l'intestin des matières noa chymifiées.

De là^ chez les Poissons, l'importance considérabje de la digestion stomacale, surtout si on songe que, pour ces animaux, dont la plupart sont carnivores, l'alimentation se compose presque exclusivement de matières albuminoldes avec une quantité faible de graisse, et une quantité plus faible encore de matières amylacées et sucrées. Il faut donc que, dans l'estomac, les proies ingérées soient réduites en pulpe et en bouillie liquides, sinon le passage par le détroit pylorique est complètement impossible. D'autres considérations anatomiques viennent à l'appui de cette opinion, puisque le pancréas, très-petit chez les Plagiostomes, est disséminé et» très-réduit (tubes de Weber et de Legouis) chez les Poissons osseux et que le canal intestinal est très-court en général (4).

Si déjà on a quelque difficulté à déterminer l'existence de

(1) Voyez pour Tappareil glandulaire stomacal de la Baudroie la planfche placée à lafln (figures 3 et 4).

Tappareil glandulaire stomacal des derniers Poissons, cette difficulté est bien plus grande encore quand il s* agit de trouver cet appareil chez les Invertébrés. En effet, le nombre et la variété de ces animaux sont tels qu'ils épuisent, sans la lasser, la patience des observateurs ; aussi bien peu de recherches ontelles été faites à l'effet de déterminer d*une manière certaine les caractères spéciaux du ventricule gastrique.

Chez les animaux tout à fait inférieurs^ comme les Infusoires, il n'y a pas 'de canal digestif préformé : il n'est donc pas étonnant que les glandes gastriques manquent. Il est probable que la digestion dans ces conditions est des plus imparfaites, et consiste surtout dans l'absorption des substances plus ou moins aptes à la nutrition^ dont sont imprégnées les matières alimentaires qui nourrissent ces petits êtres.

On ne peut pas non plus attribuer un estomac véritable aux Cœlentérés, dont la cavité gastrique est à la fois un organe respiratoire et circulatoire. Cependant la digestion des aliments semble s'y opérer. Peut-être cette action est-elle due aux cellules brunâtres (hépatiques) qui tapissent quelques parties des parois cavitaires. Peut-être est-elle due aussi à Faction d'appendices glandulaires particuliers qu'on a signalés chez quelques Médusaires (1), et qui auraient, paraît-il, une influence analogue à la pepsine (2) .

Chez les Échinodermes, des glandes assez nombreuses sont annexées au tube digestif; mais on ne saurait dire encore précisément quelles sont ces glandes, salivaires, hépatiques ou gastriques. Chez les Holothuries, l'estomac est rempli d'un liquide jaunâtre; mais, selon Milne-Edwards (3), on ne connaît pas bien les glandes qui l'ont sécrété. Chez les Astéries, l'estomac est garni d'appendices qui paraissent être des organes sécréteurs.

Chez les Ascidies, l'estomac contient aussi quelquefois une

(1) Milne Edwards, leç. sur la pftys., t. V, p. 302 et suiv.

(2) Fritz Mûllep. Die Magenfàden der Quallen. Zeitsch.fiir tcissens. ZooL^ 1858, t. IX, p. 542.

(3) Loc. cit., p. 314.

Estomac hes iKvtnTÉGflEs. 17

glande brunâtre qui parait être uoe sorte d'organe hépatique.

D'aprùs M. Italbiani(l},on pourrait, sur des larves d'Ascidies i'ig^esdeneufàdix jours, voir lemécaDisme de la sécrétion glan- ] (lulaire dausun appendice de l'estomac. L'estomac est formé par I un amas de cellules dout le centre se résorbe et qui devient une ] cavité ; sur un des points de la paroi se forme une ampoule qui, [ par la résorption de ses cellules, devient un canal ouvert, tapissé ] Je cellules. Cette ampoule^ qui représenterait une glande gas trique, émet de temps à autre des cellules granuleuses qui se fonfondenl en une masse granuleuse, laquelle sort de l'appendice stomacal. Les cellules épithéliales vibratiles mettent cette masse en mouvement, et la poussent dans l'estomac, où elle va se confondre.

Chez les Vers, les appareils glandulaires annexés au tube digestif sont souvent assez nombreus. Mais les déterminations physiologiques ou même histologiques sur la nature de ces organes sont assez peu précises. En général, les glandes sont uuicellulaires et tapissent les parois intestinales ou stomacales. Souvent [Trématodes, Nématoldes) il existe des glandes en grappe dont le conduit arrive près de la bouche, et qu'on a appelée s glandes salivaires. La surfaceiuterne du tube digestif est garnie de cils vibratiles {Annélides, Rotateurs). Quelquefois on trouve des cellules sécrétoires (probablement hépatiques) le long des parois stomacales, par exemple chez les Uîrudinées. Selon Leydig; les poches stomacales des Sangsues ne sont pas glandulaires, mais adipeuses. Celte opinion, trop exclusive, ne semble pas exacte, et il est probable que le foie est disséminé dans les parois du tube digestif, et que c'est la bile qui peut digérer le sang avalé par les sangsues. Il en paraît âtre de même chez les Trématodes, et en général chez tous les animaux possédant un appareil dit gastro-vasculaire (2).

En somme, pour tous ces êtres, la détermination de glandes

(I) Soc. mitrograpk. d* Paris, 19 nov. 1866. Journol di fAnalomie, 1868, t. V, p. ÏIO.

(3} Voir, pour plus de deuils, Uilne Edwards, U(. sur fa physiol., I. V, p. tlS

CK. RirHKT.

Ift PROPRIÉTÉS DU SUC GASTRIQUE.

sécrétant un liquide peptique a été jusqu'ici regardée comme impossible.

Pour ce qui concerne les Mollusques et les Insectes, nous avons des notions qu'on serait tenté, au premier abord, de regarder comme assez complètes. Cependant, quand on examine la question de plus près, on est étonné de voir à quel point il est difficile de trouver, chez ces Invertébrés, un organe stomacal produisant une sécrétion analogue à la sécrétion acide et pepsique des Vertébrés. Un examen attentif du tube digestif de ces animaux prouvera la vérité de cette proposition. Nous examinerons successivement Testomac des Acéphales, des Gastéropodes et des Céphalopodes.

Chez les Acéphales, l'entrée du canal alimentaire est garnie de tentacules labiaux dont la surface est hérissée de cils vibratiles. L'œsophage est court, et conduit dans une poche plus ou moins dilatée qu'on appelle communément estomac. Cet estomac renferme un corps styliforme, cartilagineux, qui paraît destiné à jouer le rôle d'un appareil dentaire. En tout cas, il ne contient pas de glandes, et ses parois sont revêtues d'une couche cuticulaire.

Pour nous rendre un compte exact de la nature de cette couche cuticulaire, nous n'avons qu'à nous rappeler ce qu'on voit sur la muqueuse intestinale des Vertébrés. Les cellules cylindriques, rangées à côté les unes des autres, sont surmontées d'une sorte de plateau qui paraît leur être adhérent, et qui n'est en somme que Tépaississçment delà paroi cellulaire qui regarde la cavité digestive. Que si nous supposons cette paroi épaissie se soudant par ses bords à la paroi homologue des cellules voisines, nous aurons une membrane plus ou moins épaisse, qui, si elle perd la trace de son organisation primitive, apparaîtra comme une membrane homogène, que les réactifs montreront plus ou moins striée, et qui ira recouvrir les parois épîthéliale, musculeuse, et lamineuse de l'œsophage et de l'estomac.

Or, chez les Acéphales, comme chez tous les Mollusques, cette paroi cuticulaire tapisse tout le tube digestif, et c'est elle

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