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HISTOIRE DES THÉORIES CHIMIQUES

donc il est très-probable, ainsi que Blondlot l'a constaté, qu*il y a quelquefois dans le suc gastrique des Chiens du phosphate acide de chaux.

L'expérien ce fondamentale de Blondlot est des plus simples : il prend du suc gastrique très-fortement acide, essaye de le saturer avec du carbonate de chaux ; mais le carbonate de chaux ne se dissout pas, il ne se dégage pas d'acide carbonique, comme cela aurait certainement lieu si Vacide libre était, soit de l'acide chlorhjdrique, soit même de l'acide lactique, le phosphate acide de chaux étant le seul corps acide n'attaquant pas la craie.

Schifif (2) reconnut, en partie du moins, l'exactitude des opinions de Blondlot, et vit que jamais le suc gastrique ne peut être complètement neutralisé par la craie. Cependant Melsens (3) parvint à dissoudre une certaine quantité de spath (carbonate de chaux cristallisé pur). Mais Blondlot réfuta ces expéiiencesen admettant, d'une part, qu'il pouvait y avoir une petite quantité d'acides chlorhydrique ou lactique libres; d'autre part, que la diminution du poids du spath tenait à l'agitation mécanique qui brise les petits angles du cristal. Il fit, en outre (1851), une autre expérience très-intéressante. Après avoir constaté que le carbonate calcaire ne se dissout pas dans le suc gastrique, il prit une quantité déterminée de ce liquide etl'évapora presque à siccité. A ce moment il se dégage de l'acide chlorhydrique, par la décomposition (selon Blondlot) du phosphate acide de chaux et des chlorures, puis il remit de l'eau jusqu'à rendre au liquide son volume primitif. Or, dans ces conditions le liquide ainsi formé dissout le carbonate de chaux. Nous verrons plus loii; la conclusion qu'on peut tirer de cette expérience, au point de vue de la nature de l'acide libre (3).

(1) Cité par Longel. 1. 1, p. 217.

(2) Journal, de pharmacie et de chimie, t. VII, p. 56, 1845.

(3) Landerer (cilé par Milne Edwards, Leç, sur la physiol, t. VII, p. 29) a trouvé que le suc gastrique d*un chacal faisait effervescence avec le carbonate de chaux, et contenait aussi du phosphate acide de chaux.

Cependant les eipériences de Blondlot trouvèrent partout des contradicteurs. Les premiers furent Claude Bernard et Barreswil(l),qui, en distillant de l'eau, de Tacide lactique et du chlorure de sodium, obtinrent absolument les mêmes résultats qu'en distillant du suc gastrique. Us firent encore une autre expérience, cette fois sur le suc gastrique inaltéré. Ils y ajoutèrent de l'acide oxalique, et virent qu'il se formait un trouble dû à l'oxalate de chaux, insoluble dans l'acide lactique. Or il suffit de deux millièmes d'acide chlorhydrique pour rendre solubles des traces d'oxalate de chaux.

Néanmoins l'acide lactique n'avait pas été isolé. Lehmann réussit, en 1847, à extraire du suc gastrique (de Chien) traité parla magnésie, un lactate de magnésie cristallisable dont il fit l'analyse. Remarquons seulement qu'une partie des Chiens sur lesquels il faisait ces expériences avaient mangé de la viande de cheval.

En 1850, parut le travail de Schmidt, qu'il compléta quelques années plus tard (2). Ce travail a d'autant plus d'importance qu'il a rencontré une approbation presque universelle, et que^ depuis cette époque, l'existence de l'acide chlorhydridrique libre dans le suc gastrique a été admise par la plupart des physiologistes.

Pour rendre la démonstration plus claire, prenons des chiffres fictifs : soient 1^000 gr. de suc gastrique, dont l'acidité est calculée, et répond à 2 gr. de chlore, je suppose. Si on analyse le chlore total contenu dans ces 1,000 grammes, on trouvera^ par exemple, 4 gr. de chlore. Si ensuite on analyse les bases contenues dans ces 1,000 gr., on verra qu'elles ne peuvent saturer que S. 5 de chlore. Par conséquent, il y a forcément 1.5 de chlore libre dans le suc gastrique^ et il ne peut exister qu'à l'état d'acide chlorhydrique ou d'un acide organique contenant du chlore.

Quant aux procédés chimiques employés par Schmidt, je me

(1) Joum. de pharmacie et de ehimief t. V, 1844 ; t. VII, p. 49, 1845.

(2) Voy. Hubbenet, De suceo gastrico. Dorpat, 1850.— Bidder et Schmidl, DieVerdauungssàfte. Leipzig, 1852.

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propose d'y retenir avec plus de délai! en parlant de mes eipé-

Toujours est-il que Schmidt fit ces analyses sur des Chiens, des Moutons, et aussi sur uue Femme atteinte de fistule gastrique à la suite d'un ulcère de l'estomac : il a été conduit à cette conclusion, que. dans le suc gastrique, il se trouve de l'acide ehlorhydrique libre; que, chez les moutons et les herbivores en général, il existe toujours, à côté de l'acide ehlorhydrique, de l'acide lactique en quantité notable; que la section des pneumogastriques abaisse la proportion de l'acide ehlorhydrique, qui croit au contraire quand l'œsophage a été lié de manière à empêcher le mélange de la salive avec les liquides de l'estomac.

Je noterai que Maly a accessoirement repris l'eTpérience de Schmidt, et qu'il est arrivé aux mêmes résultats (1).

Je n'ai plus à mentionner que quelques expériences coulradictoires et toutes récentes.

M. Rabuteau (2) a traité le suc gastrique par la quinine, et il a extrait le sel de quinine ainsi formé par l'alcool amylique. Dans ces conditions, il a pu toujours reconnaitre du chlorhydrate et non du lactate de quinine. 11 a trouvé aussi dans le suc gastrique des Poissons (Raie et Squale) des quantités notables d'acide ehlorhydrique,

La même année, M. Laborde, dans un mémoire important (3), démontra que l'eau additionnée de trois millièmes d'acide ehlorhydrique transforme l'amidon en sucre, quand la solution acide d'amidon est chauffée à 150* à cinq atmosphères. Or, dans ces conditions, le suc gastrique ne peut pas transformer l'amidon. En outre, si on met du bioxyde de plomb et du sulfate d'aniline dans une solution contenant de l'acide ehlorhydrique, immédiatement on voit survenir une couleur acajou foncé que l'acide lactique ne peut pas produire.

lU WimerSilîber. .I.LXIX. 1874,

(!) BvUet. de la Soc. de bioL, 1374, p. 9G el p. iOO. - Comptes rendus de l'Acad.

(3) Hém. dt la Soe. de biol., 1874, p. G3.

J. Reoch (1) admet qu'il existe de Tacide chlorhydrique avec des traces d'acide lactique; et il se fonde sur ce que le sulfocyamure de potassium, mélangé au citrate de fer et de quinine, se colore avec le suc gastrique (sulfocyanure de fer) , coloration qui se produit avec les acides minéraux et jamais avec les acides organiques. Smith (2) a trouvé dans le suc gastrique d'un supplicié de l'acide lactique et non de l'acide chlorhydrique.

Szabô (3), étudiant le suc gastrique de l'homme, extrait de l'estomac dans différents cas normaux et pathologiques, et essayant Tactioa de ce liquide sur l'amidon, a conclu que les deux acides, lactique et chlorhydrique, coïncident souvent, mais que, dans les cas de dyspepsie, ce dernier acide fait défaut.

En résumé, il y a dans les opinions admises au sujet du suc gastrique une divergence complète entre les physiologistes. Les uns admettent qu'il y a de l'acide lactique, les autres de l'acide chlorhydrique; en sorte que la question, loin défaire des progrès, semble devenir de plus en plus obscure.

Cependant, tout d'abord, nous devons remarquer qu'un fait est toujours vrai. Peu importe qu'il soit bien ou mal interprété: par cela même qu'il* a été vu par un expérimentateur consciencieux et attentif, il existe, et les plus beaux raisonnements ne viendront pas à bout de le renverser. Aussi croyonsnous que toutes ces expériences de Lehmann, de Blondlot, de Cl. Bernard, de Schmidt, sont vraies, mais que l'interprétation en a été souvent fautive.

Oue faut-il, en effet, entendre par le mot suc gastrique? Il est clair que c'est la sécrétion pure de l'Bstomac, et que le mélange de cette sécrétion avec les liquides qu'une alimentation variable introduit dans la cavité digestive, change la nature de la sécrétion stomacale. En second lieu, le mucus et la salive jouent un rôle considérable, surtout en dehors de l'état de digestion. Il est donc essentiel, pour faire une bonne ana-

(1) Journ. of, Anat. and physioL, t. XIV, p. 274.

(2) Experiments of digestion. Philad. mcd., Times, 1875, t. V, p. 308,

(3) Beitrâge »ur Kennlniss der freien Sàure des Magensaftes. Zeitsch, fûrPhys. Ckemie. 1877. p. 140.

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lyse du suc gastrique, d'opérer sur des animaux à jeûa depuis longtemps, et dont Testomac ait été bien lavé à plusieurs reprises. Cette condition ne parait pas avoir été toujours exactement réalisée, surtout pour ce qui concerne les expériences de Lehmann, de Blondlot et même de Schmidt.

Cette remarque est d'une grande importance : en effet, M. Berthelot a démontré que, lorsque le sel d'un acide organique et un acide minéral sont en présence, Tacide minéral s'empare toujours de la base^ tandis que la totalité de l'acide organique est mise en liberté (1). Nous exprimons cette loi d'une manière générale^ sans entrer dans tous les détails de la question (2).

Cela étant bien démontré, il suffira qu'il arrive dans l'estomac des lactates, des malates, des acétates ou des butyraites, pour que l'acide libre du suc gastrique, si c'est de l'acide chlorhydrique, s'empare de la base de ces sels, et mette en liberté les acides lactique, malique, acétique ou butyrique. Or il serait bien plus difficile qu'on ne peut le supposer d'éliminer de l'alimentation tous les sels des acides organiques qui existent dans nos aliments. Supposons, par exemple, qu'on prenne de la viande : les lactates et sarcolactates de la chair musculaire seront décomposés, et, s'il y a de l'acide chlorhydrique libre, il ne tardera pas à diminuer à mesure qu'il déplacera l'acide sarcolactique qu'on rencontre dans le tissu musculaire. La même réaction aura lieu nécessairement avec les os ; du phosphate acide de chaux prendra . naissance : l'acide malique, avec les fruits; l'acide tartrique, avec le vin, etc., en sorte que, pendant la digestion, il se formera des acides nombreux, en dehors même de toute fermentation, par le seul fait d'une combinaison chimique. C'est ainsi que nous pouvons

(1) Maly(W^tcner Sitibety t. LXIX, 1874) à cru prouver que l*acide lactique pouvait déplacer le chlore des chlorures, et donner de l'acide chlorhydrique. Mais ses expériences sont évidemment erronées, et ce n'est pas par des dialyses qu'on peut démontrer le fait.

(2) Pour plus de détails, voyez le mémoire de M. Berthelot : Ann, de chimie et de physique, 4« série, t. XXVI, p. 396. 1872.

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expliquer que Frerichs ait trouvé de Tacide butyrique, et que Gcnelin ait trouvé de Tacide acétique. Nous-mêmes, dans Tétude des produits de la digestion du lait, nous avons trouvé des quantités notables d'acide butyrique, et ce fait n'a rien de surprenant. L'erreur est de vouloir qu'il y ait un seul acide, constant^ toujours identique, aussi bien dans le suc gastrique pur que dans le suc gastrique mélangé aux aliments divers.

Il est donc nécessaire^ pour avoir un résuUat de quelque valeur, d'opérer sur du suc gastrique très-pur; c'est ce que j'ai fait en analysant, par une méthode se rapprochant de la méthode de Schmidt, le suc gastrique pur, extrait, par des procédés indiqués à la fin de ce travail, de la fistule stomacale de Marcellin R***.

Le suc gastrique* était divisé en trois parties. Dans la première portion , l'acidité était dosée par la méthode colorimétriqué et rap^ portée à un poids équivalent d'acide chlorhydrique. La seconde portion, additionnée d'une quantité notable d'acide azotique, était traitée par le nitrate d'argent, et le chlore dosé à l'état de chlorure d'argent par les procédés chimiques ordinaires. La troisième portion traitée, par quelques gouttes d'acide sulfurique, était calcinée jusqu'à ce qu'il ne restât plus que des sulfates (1).

Voici les résultats de ces deux analyses (calculées pour 1,000 grammes):

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