‹ Thèses présentées à la faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade le docteur èsChapitre 17 sur 66 · FERMENTATION LENTE DU SUC GASTRIQUE · texte numérisé non relu

FERMENTATION LENTE DU SUC GASTRIQUE

B'. Le même (au bout de quatre jours), altéré et putréfié :

Eau. 5.1 I p >,97

Éther. 0.4 j ^-^-•'

De ces chiffres il résulte que le suc gastrique pur et frais contient uniquement un acide minéral, ou plus exactementun acide insoluble dans Téther; s'il vieillit, il s'y forme des acides organiques, et, si l'on suppose ces acides constitués uniquement par de l'acide lactique, dans le suc gastrique vieux, il y a une partie d'acide lactique, pour une partie d'acide minéral, Tacide lactique se produisant dans le liquide par une sorte de fermentation lente, plus ou moins analogue à la putréfaction.

Nous reviendrons plus loin sur le sens qu'il faut donner à ce mot de.putréfaction : toutefois il convient dès maintenant d'appeler Tattention sur ce fait: que le suc gag trique, aussitôt après son extraction, s'altère et se modifie. On avaitcru que le suc gastrique était, par une sorte de privilège merveilleux, soustrait aux altérations que subissent les autres liquides organiques. On voit qu'il n'en est rien, et, quoique son odeur comme son aspect extérieur n'aient pas varié, sa composition chimique éprouve des variations considérables, aussitôt qu'il a quitté l'organisme.

Tel est, en effet, le sort de tous les liquides qui existent dans le corps des animaux. Ils sont toujours à l'état de composition chimique fnstable, et leur constitution change à chaque instant. Cela est vrai pour le sang, qui, dès qu'il a quitté le vaisseau qui le contenait, se coagule et perd ses propriétés. Cela est vrai pour le liquide musculaire, qui devient acide, puis se coagule : cela est vrai pour le lait, comme Sinéty l'a montré récemment dans un travail intéressant (1).

Cette altération chimique correspond, pour les éléments, à des altérations de structure, de sorte que, pour les examiner, on ne peut pas attendre : il faut les prendre vivants et les fixer par des réactifs, si Ton veut avoir des notions exactes sur la nature des éléments vivants.

Le suc gastrique se comporte comme ces tissus et comme ces

(1) Archives de phys, 1874, p. 479.

H PBOPRlÉTtS DC sec G4STS10IIK.

humeurs. Ce n'est pas uo liquide stable, une solution d'acide chlorfaydrique : c'est une humeur complexe, qui se défait lentement après qu elle a été sécrétée par l'organisme, et il n'est pas douteux que^ dans l'estomac comme dans l'intestin, les modifications que nons constatons in vitro^ n'aient lieu avec une bien plus grande activité.

Enrésimié, le suc gastrique pur et frais ne contient pas d'acide lactique : on peut, par une expérience très-simple, donner la preu?e directe de ce fait. Ainsi j'ai pris le suc gastrique de l'expérience B^ dont le rapport de partage était égal à 137,1, et je Vai traité par du lactate de baryte en quantité suffisante pour que toute la barj-te fût saturée par l'acide dissous, et pour mettre en liberté l'acide lactique du sel de baryum. Or Toici ce qu'a donné l'expérience :

/ Suc gastrique (pur et frais) sans A I lactate de baryte. 27.5 \

I Élher. 0.2 P = *"*

/ Le même suc gastrique (pur et ) frais}, avec une solution de

lactate de baryte. 11.7 I p qq

Éther. 1.2 1 "-^^

Or ce rapport de 9. 9 est exactement celui de l'acide lactique, et c'est le chifTre qu'on aurait dû trouTcr dès l'abord, au lieu de irouver le chiffre tout différent de 137,1, sans avoir besoin d'ajouter des lactates, si véritablement Tacidc lactique eût existé dans le suc gastrique.

Cette expérience est en outre intéressante, parce qu'elle démontre que la présence de matières organiques ne change pas la réaction de Téther et de l'eau, et qu'on peut déterminer le coefficient de partage d'un acide avec un mélange organique complexe comme le suc gastrique^ tout aussi bien qu'avec de l'eau distillée. En un mot, tout se passe comme si Tacide libre dans le suc gastrique pur était un acide mioéral. Qu'il me soit permis d'appeler l'attention sur cette expérience, qui me paraît très-démonstrative, pour montrer qu'il n'y a pas d'acide lactique dans le suc gastrique pur. Avec les acétates, le résultat est différent, comme nous le verrons plus loin.

FERMENTATION SARCOLACTIQUE. 45

Il est très-difficile de suivre l'accroissement des rapports de partage R2 Rs etc.; car, d'une part, on ne peut opérer que sur très-peu de liquide, et, d'autre part, l'éther contient une si petite quantité d'acide qu'on ne peut guère le soumettre à des traitements parTeau.

Toutefois, dans un cas, j'ai eu :

ce qui est un accroissement notable.

Pour ce qui concerne les rapports départage propres à Tacide soluble dans l'éther, voici les résullats'que j'ai obtenus :

S. gastr. frais. R' = 3.0

S. gastr. de huit jours. (R =66) K = 2 -

S. gastr. de six jours (I ) (R = 60.8) R' = 3 > Moyenne 2.6

S. gastr. de six jours (R = 65.2) R* = 2.5 *

S. gastr. de trois mois. (U = 16.9) R' = 2.4

La moyenne de R' serait donc de 2. 6, chiffre indiquant le coefficient de partage de l'acide soluble dans l'éther.

Mais ce chiffre de 2, 6 s'éloigne très-sensiblement du coefcient de partage de l'acide lactique, lequel est égal à 10, ainsi que je l'ai dit plus haut.

C'est alors que M. Berthelot m'a donné le conseil de rechercher le coefficient de partage de l'acide sarcolactique, lequel pourrait peut-être concorder avec les chiffres indiqués cidessus, qui déterminent le coefficient de partage de l'acide du suc gastrique soluble dans l'éther. J'ai donc du préparer de l'acide sarcolactique. A cet effet, j'ai extrait par la méthode

(1) Avec ce suc gastrique, j*ai pu me convaincre qu'il existait réellement un acide unique dont le coefficient de partage était de 3. En effet, Téther agité avec Teau m*a donné :

Eau 0.6 !-.,«

Élher 0.2 1 " — •*

Cette eau, traitée de nouveau par Téther, m'a donné le même coeflicieni de partage, ce qui prouve que Pacidc était unique;

Eau 0.3 U, „

Éther 0.1 i"»^-*

46 PROPRIËTËS DU SGG GASTUIQUE.

de Liebig, de 50 kilogrammes de viande de cheval, environ 20 grammes de sarcolactate de chaux. Le sarcolactate dissous dans l'eau, traité par une quantité convenable d'acide sulfurique, et fîltréy m'adonne une solution contenant du sulfate de chaux et de l'acide sarcolactique qui put me servir à déterminer le coefficient de partage de cet acide.

Je donne ici mes expériences sur ce sujet :

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