‹ Thèses présentées à la faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade le docteur èsChapitre 20 sur 66 · INTERVERSION DU SUCRE · texte numérisé non relu

INTERVERSION DU SUCRE

cine, 0,7 de l'acide ont été dialyses, et avec le suc gastrique additionné d'acide chlorhydrique, 0,3 seulement ont traversé la membrane.

Ces expériences confirment les résultats démontrés plus haut par la méthode des coefficients de partage, à savoir que l'acide chlorhydrique, dans sa combinaison avec la leucine, n'a pas les mêmes propriétés qu'en solution aqueuse, et que l'acide chlorhydrique ajouté au suc gastrique se comporte comme dans une solution deleucine.

3* Interversion du sucre de canne. — M. Laborde (1) a montré que le suc gastrique ne pouvait pas intervertir le sucre de canne, comme une solution d'acide chlorhydrique de même titre, tandis qu'en ajoutant une trace de cet acide à la solution gastrique, on la rendait plus apte à cette interversion du sucre. Il en est de même pour la transformation de l'amidon en sucre.

La conclusion de M. Laborde est qu'il n'y a pas d'acide chlorhydrique. Szabo, employant la même méthode, est arrivé à une conclusion mixte. Suivant lui, il y a tantôt de l'acide chlorhydrique, tantôt de l'acide lactique (2).

Si les expériences de ces deux observateurs sont exactes, ce qui est très-probable, d'après les expériences que je rapporte plus loin, leurs conclusions sont probablement fautives. Car ils ne pouvaient conclure que ceci : l'acide du suc gastrique ne se comporte pas comme l'acide chlorhydrique en solution aqueuse vis-à-vis du sucre de canne et de l'amidon.

Admettant, contrairement à ces deux chimistes, que le suc gastrique ne contient pas d'acide lactique, mais de l'acide chlorhydrique, j'ai voulu vérifier leurs expériences, et je les ai trouvées très-exactes.

Les expériences ont été faites avec du suc gastrique de poisson, dont l'analyse par la méthode de Schmidt a été donnée plus haut, et qui, traité parl'éther, n'a abandonné à Téther que

(1) Mém. de la Soc, de hiol, 1^74, p. 73.

(2) Zeitsch. f. Physiol. Chemie,, p. 140, 1. 1, 1877.

58 PROPRIÉTÉS M &UG 6ASTtK)UE.

deg traces d'acide. On peut donc admettre que ce liquide con* t&Dait du chlore libre, et n'avait que des traces d'aeide sareolae* tique.

ËQ portant le mélange de sucre de canne et de suc gastrique à Fébullition pendant une demi-minute seulement^ on a des résultats extrémements nets, puisqu'il y a ou il n'y a pas réduction du sucre, ce qu*on constate très-facilement par la liqueur de Fehiing^ sans qu'il soit besoin de doser le glycose formé.

Avec 40 ce. d'une solution étendue de sucre de canne pur et 10<^^ de différentes liqueurs acides, j'ai eu les résultats suiiraDts :

SoIutionaqueused'HGl.à3.4p.l000 = Réduction.

Suc gastrique de même titre. = Pas de réduction.

Suc gastrique neutralisé, puis additionné d'HCl; finalement au môme titre. = Réduction.

Suc gastrique étendu de son volume d'eau^ puis additionné d'HGl et ramené au môme titre. ^ Réduction.

Solution aqueuse d'HGl (h 2.4 pour 1000). = Réduction.

Suc gastrique de même titre. = Pas de réduction.

Suc gastrique étendu d'eau et additionné d'HGl, finalement au même titre. = Réduction.

Ces expériences, plus nettes peut*être que celles de M. Laborde Bi celles de M. Szabo^ ont absolument la même signification, et ne prouvent qu'une seule chose : c'est que l'acide du suc gastrique n'est pas de l'acide chlorhydrique libre, c'est-àdire dégagé de toute combinaison avec les matières organiques.

Or, cette combinaison de l'acide chlorhydrique avec la leqcine, ou d'autres substances contenues dans la muqueuse stomacale, est mise hors de doute par toutes les expériences précédentes. 11 n'est donc pas surprenant que le suc gastrique n'agisse pas sur le sucre de canne ou Tamidon, comme de l'acide chlorhydrique libre, puisqu'il n'y a pas d'acide chlorhydrique libre, mais de l'acide chlorhydrique combiné.

RÉÀGTiONft COLORANTES. 59

Il est probable d'ailleurs que eeUe coi&biiiaisoD de Taeide chlorfaydrique atee le» sub^taiiee» protéique» (antide^ ne se fait pas iustantanémenL Aussi doit-on s'attendre^ en ajoutant de Tacide chlorhydrique aprè» neutralitôtion» à ne plus retrouver les caractères du ràe gastrique primitif que ces divers traitements chimiques ont altérée

4"" Réactions eolarontés, ^^ La plupart des réactions colorantes, sttUate d'aniline 6t bioiyde de plomb (Béclard et L#aborde), sulfocyanure de potassium et citrate da for (Heoeh)^ montrent que le suc gastrique ne se comporte pas comme de Tacide chlorhydriqUjS en solution aqueuse^

Avec la phtaléine'du phénol, la différence est aussi très-nette. Une solution chlorbydrique neutralisée par Fead de chaux présente une teinte rouge éclatante^ et il suffit d'une seule goutte d'eau de chaux à ^h V^^^ déterminer le passage deVétat incolore (acide), à l'état coloré (basique). Maïs, atec le suc gastrique , il faut au moins huit ou dix gouttes pour atoir avec certitude un changement de coloration < Il semble que la liqueur hésite h devenir basique, comme s'il se trouvait des bases faibles neutralisant d'une manière insuffisante racidité de l'acide chlorhydrique.

Or, avec la solution chlorhydriqtte de leuôine, on a absolument le môme phénomène^ et il est très-difficile d'apprécier avec exactitude le moment où la liqueur passe au rouge, c'està-dire devient franchement basique.

5* Je ne mentionnerai que pour mémoire les diverses réactions imaginées, pour démontrer qu'il n'y a pas d'acide chlorhydrique dans le sue gastrique <

A . Le suc gastrique ne décompose pas à froid l'acide carbo* nique du carbonate de chaux (Blondlot).

B. L'oxalate de chaux est complètement insoluble dans le sue gastrique (Claude Bernard).

C. La pepsine est indiffusible : maisy si on ajoute un acide, spécialement de l'acide chlorhydrique, elle devient très-diffusible^ comme s'il s'était formé un nouveau corps (Wittich) (1).

(1) Archives de Pflûger, t. V, p. 450.

60 PROPRIÉTÉS DU SUC GàSTRlQUE.

Ces réactions, peut-être contestables, démontrent seulement qu'il n'y a pas d'acide chlorhydrique libre, et ne peuvent prouver autre chose.

C'est aussi cette conclusion que nous adoptons.

En résumé, nous pensons avoir démontré ces faits :

lo L'acide libre du suc gastrique est de l'acide chlorhydrique.

2» Cet acide chlorhydrique n'est pas à l'état de liberté, mais à l'état de combinaison. On peut faire la synthèse de cette combinaison en chauffant une solution chlorhydrique avec l'infusion d'une muqueuse stomacale.

3*" Cette combinaison est du chlorhydrate de leuQÎne.

Le suc gastrique contient encore une substance d'une nature spéciale, découverte par Schwann, et dont Timportance est considérable^ au point de vue des phénomènes de la digestion*

En 1836 Schwann (1) fit voir que, si on traite la muqueuse stomacale par l'eau acidulée, on peut obtenir une dissolution analogue au suc gastrique, et agissant comme le suc gastrique lui-même. En précipitant cette dissolution par l'acétate de plomb, on a un composé de 'plomb avec une substance organique. Si on reprend le précipité par l'eau, en y faisant passer un courant d'hydrogène sulfuré, le plomb se précipite à l'état de sulfure, et la liqueur contient une substance qu'on peut redissoudre dans l'eau, après l'avoir évaporée. Schwann lui donna le nom de pepsine.

Wasmann (2) et Pappenheim (3) purent préparer de la pepsine plus pure, en précipitant par l'alcool la solution obtenue précédemment par Schwann. La pepsine se précipite sous la forme d'une poudre blanche floconneuse, qu'on peut redissoudre dans l'eau et dessécher, et qui est alors suffisamment pure pour les exigences de l'analyse chimique.

A. partir de cette époque, de nombreux travaux furent faits

(1) Ueher das Wesen des Verdauungsprocesses, Mullers Arch.^ 1836, p. 90.

(2) Loc, cit., 1839.

(3) Zur Kenntniss der Verdauung in gesunden und kranken Zustanden. Breslau, 1839.

Page 1