DIGESTION DU LAIT
de soude ou d'acide phénique, la fermentation lactique sera arrêtée, mais non entravée.
Au contraire, en ajoutant une grande quantité de phénol, de manière que cette substance ne puisse se dissoudre qu'en partie, on arrête complètement la fermentation lactique.
La fermentation butyrique est arrêtée plus facilement que la fermentation lactique ; et alors que des traces d'acide phénique ne font que ralentir le développement du ferment lactique, le ferment butyrique est complètement arrêté dans son évolution.
Si, au lieu d^ajouter du phénol, on ajoute un acide minéral fort, en quantité suffisante, 2 à 4 gr. pour 1,000, la fermentation lactique est arrêtée presque aussi complètement que par le phénol.
Du lait additionné de 2,2 d'acide chlorhydrique, et ensemencé avec une goutte de lait aigri, n'avait augmenté, au bout de treize jours, par une température de 30 degrés, que d'une acidité très-faible, environ 1, S d'acide lactique.
Avec l'acide sulfurique on obtient un résultat identique. J'ai répété nombre de fois ces expériences. Le lait acidulé par un acide minéral fort ne fermente pas. Examiné au bout de plusieurs- semaines, il n'a pas perdu son odeur normale. Il n'y a ni putréfaction, ni cette odeur rance qui se dégage du lait aigri.
On pouvait supposer, ainsi que je Tai fait d'abord, ainsi que Boutron et Fremy l'avaient établi dans leur mémoire (1) que l'absence de fermentation lactique était due à l'acidité du milieu. Cependant cette opinion est erronée ; car si, dans les mêmes conditions, on traite le lait par du suc gastrique, les fermentations lactique et butyrique prennent une grande activité. Ainsi le même lait qui, traité par l'acide chlorhydrique, n'avait donné, au bout de treize jours, qu'un gramme et demi d'acide lactique, lorqu'il fut traité par le suc gastrique, a donné les proportions suivantes d'acide lactique :
Le lendemain, de 6. 7
Au bout de cinq jours, de 14.9 Au bout de treize jours, de 33. 1
(1) Ann, de chimie et de physique, t841, II, p. 271.
Par conséquent, tandis qu'avec l'aeide chlorhydrique, son acidité n'avait augmenté que d'4 .5, avec le suc gastrique, il avait augmenté de 33,1, ce qui fait un rapport de 1 à 20 environ.
Si nous résumons ces faits, nous verrons :
1. Que l'acidité du lait due à la fermentation lactique, si elle n'est pas successivement neutralisée, ne dépasse pas une certaine limite, environ 16 gr. d'acide lactique (pour 1,000 gr.) ;
2. Que le lait traité par un acide minéral fort ne fermente presque plus ;
3. Que le lait mélangé au suc gastrique fermente jusqu'à acquérir une acidité de 33 gr. et même 40 gr. d'acide lactique.
Ainsi le suc gastrique a une aptitude spéciale à développer les fermentations lactique et butyrique (l),etcette aptitude est d'autant plus marquée qu'il est moins acide. Si on injecte dans l'estomac du lait alcalin ou légèrement acide, au bout d'une heure, l'acidité des liquides stomacaux est extrême. Je l'ai vérifié souvent sur Marcelin et sur un chien à qui, dans le laboratoire de M. Bert, j'avais fait une fistule gastrique. La fermentation lactique s'opère donc dans l'estomac avec une grande activité : il en est de même de la fermentation butyrique, et c'est à ces fermentations qu'il faut rattacher ces productions de gaz inflammables qu'on a parfois constatées sur l'homme : ces gaz semblent constitués tantôt par l'hydrogène, tantôt par le gaz des marais (2). Maly a établi aussi que la muqueuse stomacale, au contact du sérum du sang, de la glycose, de la dextrine, fermentait, et donnait de l'acide lactique, par suite du développement de bactéries et de ferments organisés (3).
J'ai cherché à voir si cette aptitude spéciale à développer ains la fermentation lactique se retrouverait chez les animaux qui, à aucun âge de leur vie, ne digèrent le lait. J'ai injecté dans l'estomac d'un petit Brochet vivant quelques grammes de lait; au
(I) Hoppe-Seyler (Physiologische Chemie^ 1878) dit que la fermentation lactique n'a pas lieu dans restomac. Cette assertion est absolument contraire à tout ce que j*ai vu et que je rapporte ici.
(-2) Carius et Popoff.. Berl KUn, Wochenshlatt, 1870, no38. — Ewald, Reicherls Arehiv., 1873, no 2, p.2l7.— Schultze, Berl. Klin^Wochemblatt., 1874,no«27et 28.
(3) Ànnalen der Chemie and Pharmacie, 1874, p. 227.