ACTION SUR LÀ FÉCULE
D'autres physiologistes, Blondlot, Frerichs (1), Rœbner (2), Dalton (3), ont nié que le suc gastrique puisse transformer le sucre de canne en glycose : Claude Bernard a trouvé dans le suc intestinal (4) un ferment inversif capable de transformer le sucre de canne en glycose.
De même que Tinversion du sucre de canne, la transforma^ tion des matières amylacées en glycose par le suc gastrique a été tantôt niée, tantôt affirmée par divers auteurs. Ainsi Smith (5), ayant fait quelques expériences sur A. de Saint-Martin, le même individu queBeaumont avait observé, conclut que le suc gastrique transforme l'amidon en glycose. Brown Séquard (6), utilisant la faculté qu'il a de rendre sans effort et sans nausée les aliments qu'il a pris, a constaté que la matière amylacée de Tarrow-root était promptement transformée en sucre dans l'estomac, tandis que, par l'action seule de la salive, cette action était beaucoup moins rapide. Pour Claude Bernard, tous les liquides muqueux de l'organisme auraient cette propriété diastatique, mais elle serait immédiatement arrêtée dans un milieu acide. Enfin Munk (7) a trouvé que la muqueuse stomacale du Porc, traitée parla glycérine, abanclonnait un ferment qui, dans une solution parfaitement neutre, transforme l'amidon en sucre.
Toutefois, beaucoup d'auteurs (8) ont contesté cette propriété du suc gastrique! Longet a montré que le suc [gastrique, neutralisé, exempt de salive, ne pouvait transformer la fécule en glycose (9). Mais, dans l'estomac, le suc gastrique est acide et il contient de la salive. Il faut donc voir, d'une part, si la salive mélangée au suc gastrique agit sur la fécule ; d'autre part si
(1) Loc. cit.
(2) Disquisitiones de sacchari cannx in traetu cibario mutationibus, Diss. Breslau, 1859.
(3) Americ. Joum, of med. sciences, Oot. 185 'i.
(4) BulleL de la Soe, de hiol , 1877.
(5) loc cit., p. 155.
(6) Loc. cit,, p. 158.
(7) Ungefôrmte Fermente in Thierkôrper. Deutsche med, Woehensch, 1876, n» 48.
(8) Mialbe, Dalton, Garpenter, Frerichs, Lehmann, loc. cit. ^ Colin, Traité de physiol.t 1. 1, p, 711. — Lenz, Diss. irMug. Greifswald, 1858.
(9) Loc. cit., 1. 1, p. 190.
116 PROPRIÉTiS DU SUC GASTRIQUE.
racidité du suc gastrique a une iDfluence sur cette transformation.
Ce qui complique le problème^ c'est que les matières albuminoldcs dissoutes, et aussi, selon Cl. Bernard (1)^ la gélatine, agissent sur la liqueur de Febliog (tartrate de cuivre et de potasse) et masquent la réaction de la glycose en dissolvant l'oxyde de cuivre précipité. On peut se débarrasser d'une partie des peptones en les précipitant par le sous-acétate de plomb ; mais certaines peptones ne sont pas précipitées, et il en reste ' assez pour masquer la réaction glycosique en présence de la liqueur de Fehiing.
Pour remédier à cet inconvénient, j'ai fait des essais avec une solution d'acide chlorhydrique au 2/1000% c'est-à-dire à peu près équivalente à Tacidité stomacale. J'ai fait agir alors une certaine quantité de salive fraîche sur la fécule, dans des conditions semblables, et j'ai vu que la transformation en sucre était non-seulement aussi rapide (2), mais même plus rapide dans les solutions acides que lorsque la solution est neutre ou légèrement alcaline.
Ainsi la salive agit au milieu du suc gastrique acide plus énerglquement que dans la bouche. Sans attacher beaucoup de valeur à une preuve téléologîque, nous dirons qu'il devait en être ainsi. En effet, pendant la mastication et la déglutition, les aliments séjournent si peu de temps dans Testomac, que la transformation glycosique ne pourrait pas s'y opérer, et que, si la salive n'eût dû agir que dans la bouche, elle eût été à peu près inutile au point de vue de la transformation chimique des aliments : la digestion gastrique se complique donc toujours de la digestion sali vaire, car la quantité de salive qui passe dans l'estomac est très-considérable (3).
(1) Leç. sur les liquides de V organisme.
(2) Le fait est contesté dans la plupart des livres classiques. Cependant, Schrœder, Schiir, et d'autres auteurs admettent que la salive agit dans un milieu acite.
(J) Quoique ce point ne touche qu'indirectement la digestion stomacaie, je noterai que la salive intervertit le sucre de cann«. L'expérience est très-facile à faire. Il suflit de prendre un morceau de sucre candi très-pur, qui ne contient pas de glycose ; après avoir constaté qu'il ne réduit pas la liqueur cupro-potassique, on le mâche pen-