ACTION SUR LES SUCRES
Il serait intéressant de voir si le sucre de lait se transforme en glycose, mais c'est un point qui n^a pas encore été recherché.
Les substances hydrocarbonées analogues aux sucres, telles que les gommes et la pectine, ne seraient pas modifiées par le suc gastrique, au dire de Blondlot et de Frerichs. Selon Claude Bernard (1), le suc gastrique changerait la glycoseen acide lactique, après un contact prolongé.
Je ii*ai pas fait d'expérience avec la glycose, mais j'ai mis pendant un mois du suc gastrique en contact avec une solution de lactose : pendant plusieurs jours, le mélange fut placé dans une étuve à 40 degrés. La dissolution n'augmenta pas d'acidité, et l'éther agité avec le liquide ne devint pas acide. Par conséquent le suc gastrique, ainsi que je l'ai déjà indiqué plus haut, ne transforme pas la lactose ed acide lactique.
Toutefois la fermentation lactique parait, dans quelques circonstances, ainsi que je l'ai démontré précédemment, être facilitée par le suc gastrique. Maly (2) a montré que, si on mettait des fragments de muqueuse stomacale en présence delà glycose^ on avait une fermentation lactique due à des infusoires, et arrêtée par le phénol.
L'alcool est absorbé probablement sans modification, quoique Kretschi (3) ait cru reconnaître de l'aldéhyde parmi les produits de la digestion d'une femme qui avait ingéré de l'alcool. Selon Bouchardat et Sandras, selon Frerichs, Talcool ne subit pas dans l'estomac la fermentation acétique. Chez Marcelin, après l'ingestion de vin ou d'alcool^ je n'ai jamais pu déceler la présence d'acide acétique.
Les substances grasses ne paraissent pas non plus subir l'action digestive du suc gastrique. Les changements paraissent
dant quelque temps : on constate alors que la salive sucrée réduit notablement la liqueur de Fehling, Il est étonnant qu'une expérience aussi simple ne se trouve consignée nulle part. Hoppe-Seyier prétend m^me (Pkysiol. Chemie, p. 188) que la salive iiMntervertit pas le sucre de canne. Je crois cette expérience intéressante à signaler.
(1) Leç.de phys. expériment», t. II, p. 40'Z.
(2) Loccit,
(3) Loceit.
i\8 PROPRIÉTÉS DU SDC GASTRIQUE.
être simplement physiques. La température du corps^ ainsi que la liquéfaction des matières qui emprisonnaient la graisse, fait qu'elle vient surnager les liquides stomacaux. Aussi les graisses passent-elles en dernier lieu par le pylore. Il est aussi possible que les graisses neutres soient dédoublées, et les acides gras mis en liberté; mais je n'ai rien vu de semblable à une émulsion, quoi qu'en aient dit Blondlot (i) et Beaumont (2) sur la digestion des matières grasses. Pour Lehmann (3), la présence des matières grasses accélère l'action du suc gastrique sur les substances protéiques. Le fait serait assez surprenant pour mériter d'être examiné de nouveau.
La cellulose et ses isomères résistent à l'action du suc gastrique, comme à la plupart des liquides digestifs (4). En tous cas, la cellulose n'est pas modifiée parle suc gastrique. Tous les expérimentateurs ont admis ce fait , qui est aujourd'hui incontesté.
Comme la cellulose fait partie d^un grand nombre d*aliments naturels, on voit bien que ce qu'on appelle digestibilité des aliments est un mot qui répond dif6cilement à un fait physio> logique précis. Evidemment^ une substance, telle que la graisse, est absolument iujdigeste pour l'estomac, tandis qu'elle peut être digérée par le suc pancréatique et la bile. L'amidon ne sera digestible que si l'estomac contient de la salive. La cellulose sera indigeste dans tout le parcours du tube digestif.
Quant à ce qui concerne la durée du séjour dans l'estomac de tel ou tel aliment^ il faut reconnaître qu'au point de vue chimique^ ce n'est pas un fait de grande importance. D'ailleurs il y a des variations considérables suivant les individus ; et l'étude approfondie de la digestibilité des aliments naturels intéressera plus le médecin que le physiologiste. Je renverrai
(1) Recherches sur la digestion des matières grasses. Th. p'ie doctor. es sciences, Paris, 1855, p. 29.
(2) Loc.cit.^ p. 96.
(3) Lehrbuch der physioL Chemie^ t. II, p. 49.
(4) Selon Giilàvry {Rev. des se. médic.y 1877, t. IX, p. 404), la cellulose ne serait transformée en glycose que dans un milieu alcalin, et le ferment agissant ainsi n'existerait que dans Tappendice vermiforme du lapin.