‹ Thèses présentées à la faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade le docteur èsChapitre 4 sur 66 · INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE

De tout temps, les hommes adonnés àrétudedes phénomènes de la vie ont admis que les aliments introduits dans Testomac y subissent des modifications chimiques particulières, permettant à ces aliments de devenir aptes à la nutrition. Mais, pour arriver aux notions assez précises que nous possédons aujourd'hui, de longs tâtonnements et de pénibles efforts ont été nécessaires.

L'insuffisance des notions anatomiques et le défaut absolu d'une méthode expérimentale rigoureuse, expliquent comment les théories des anciens, d'Hippocrate, de Galien et de Celse ne méritent pas d'être mentionnées.

Il est inutile aussi de parler des idées de Van Helmont (1) et de Willis (2), qui, essayant de conformer les faits à leurs théories, rattachaient les phénomènes digestifs à des phénomènes de fermentation.

Les premières observations utiles furent faites par les membres de YAccademia del Cimento^ qui, en 1667, purent, par l'expérimentation directe sur les oiseaux, se convaincre de la force mécanique de l'estomac (3).

(1) Cité par Haller. Elem. physiol , t. VI, p. 140. .

(2) De fermentât, y chap. v.

(3) Saggi di naturali espcrienzc faite nelV Àccademia del Cimenlo, 1667. — Uedi .

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2 PROPRIETES DU SGG GASTRIQUE.

D'autres auteurs, s'appuyant sur des faits pathologiques ou sur des observations directes (2), remarquèrent ensuite qu'il se forme dans l'estomac une fermentation acide. Littre (3) avait vu, sur un chien tué brusquement, que Testomac était plein d'un lait coagulé et acide. Floyer (4) avait trouvé que Testomac des oiseaux carnivores et de quelques ruminants était acide. Bartholin,Viridet,Lorenzini, Peyer, Duhamel (5), avaient constaté le même fait sur les poissons, les rongeurs, les carnassiers» les oiseaux. Cependant le mot de suc gastrique n^était pas prononcé, et on ne regardait pas la sécrétion stomacale comme un des éléments essentiels de la digestion.

Le premier savant qui ait fait faire un pas décisif â la physiologie de l'estomac est Réaumur (6). Ses recherches inaugurent la méthode expérimentale, et démontrent jusqu'à l'évidence combien une expérience bien faite remporte sur tous les raisonnements à priori. Réaumur introduisait dans l'estomac d'un oiseau des tubes en métal dur^ percés de trous, et renfermapt des matières alimentaires. Ces substances ne pouvaient être broyées par la force mécanique du ventricule^ et pourtant on les trouvait, après un séjour de quelques heures dans l'estomac, réduites en pulpe et ramollies. Réaumur en conclut que la digestion est principalement due à l'activité des sucs contenus dans l'estomac et sécrétés par lui. Il vit aussi (\}ie les matières azotées, telles que la viande^ les os^ etc., étaient modifiées par les sucs gastriques, tandis que les substances cellulosiques restaient intactes. Désireux de pousser plus loin l'étude de ce phénomène, il réussit à extraire, par une éponge^ les sucs gas^ triques de quelques oiseaux; il en reconnut la nature acide^

Opwculorum pars secunda^ me experirnenta circa foarias res naturaléSi p. 102 etsuhr. Leyde, 1729.

(1) Werden. Breslau Sammlungen. 1723.--Vei'heyen. Storck. Blas. cités par Haller^ loc. cit., p. 141.

(2) Floyer. Prat. naL States of hum,, p. 66; — Vallisneri-Vieussens. traité des liqu. du corps hum. 1709, p. 280.

(3) Hist. de VAcad., 1711, n» 17.

(4) Loc. cit.

(ô) Cités par Haller, loc. cit., p. 141.

(6) Mém, de VÀcad. des sciences, 1752, p. 226, 4ûi.

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mais ne réussit pas à faire, avec ces liquides, des digestions artificielles.

Cependant l'acidité du suc gastrique ne paraissait pas une de ses propriétés fondamentales. Haller (1) regardait l'acidité de Testomac comme un phénomène de putréfaction. Selon lui et d'autres auteurs (2), le suc gastrique pur n'est ni acide, ni alcalin. Mélangé aux aliments, il est acide; abandonné à lui-même, il devient alcalin. Il y aurait donc une sorte de fermentation acide sous l'influence de la sécrétion stomacale. Quoique cette opinion ait été vite abandonnée, la remarque de Haller est assez importante, car il y a un certain degré de vérité dans son erreur.

Les expériences de Réaumur. furent tentées sur l'homme par Stevens (3), qui, ayant rencontré un bateleur pouvant avaler et rejeter des pierres, lui fit, d'après le procédé de Réaumur, avaler et rejeter de petites sphères métalliques criblées de trous et renfermant des aliments. Après un court séjour dans l'estomac, ces aliments étaient réduits en pulpe et chymiliés.

Ce fut en 1783 que parurent les |Kpériences fondamentales de l'abbé Spallanzani (4). Le fait capital que Spallanzani établit d'une manière irréfutable est que la digestion des aliments par le suc gastrique se fait aussi bien dans un vase de verre que dans l'estomac; que, par conséquent, la force vitale, la coction, la fermentation vitale et toutes les hypothèses semblables n'avaient aucune raison d'être. La transformation des matières alimentaires, au lieu d'être un phénomène de putréfaction, est un phénomène chimique, actif, nécessaire à la digestion. Le suc gastrique s'oppose à la putréfaction, au lieu de la provoquer, et c'est son activité propre qui transforme en chyme les matières alimentaires. Spallanzani vit aussi que le liquide actif, à l'aide duquel on peut faire des digestions artificielles, est

(1) Elem, phîjsiol, t. VIj p. 142.

(2) IJoyIe, Phil. exp. utiL^ p. 117; — Lister. De humoti p. 157.

(3) Cité par Milne Edwards, Leçons sur la phys. et Vanat. comparées, etc., t. V, p. 259.

(4) Expériences sur la digestion de l'homme et de différentes espèces d'am'maur, avec des considéra lions par Senebier. In-8. Genève, 1873.

sécrété par l'estomac, et qu'on peut le voir sourdre des parois ventriculaires.

A. partir de cette époque, les recherches sur le suc gastrique deviennent extrêmement nombreuses, et ne peuvent être rapportées ici que très-succinctement.

L'acidité du suc gastrique actif, entrevue par Carminati (1), méconnue par Spallanzani lui-même, par Montègre (2) et par leurs contemporains, ne fut définitivement constatée que par Leuret et Lassaigne (3), Tiedemann et Gmelin (4). Ces savants constatèrent que le suc gastrique doit être acide pour être actif. Ils firent aussi de très-nombreuses expériences à beaucoup d'autres points de vue.

C'est quelques années après que furent vulgarisées en Europe les fameuses expériences de W. Beaumont sur un chasseur canadien atteint de fistule gastrique (5). Beaumont étudia la digestibilité des différentes substances ; il observa avec soin les modifications physiologiques de la muqueuse stomacale, et vit qu'en dehors de la digestion, l'estomac ne sécrétait que du mucus et non un suc gastrique vraiment actif.

L'année suivante, Ebene (6) reconnut qu'en faisant infuser dans l'eau tiède, avec de l'acide chlorhydrique, la muqueuse stomacale, on obtient un véritable suc gastrique pouvant faire des digestions artificielles.

C'est à peu près vers cette époque que l'histologie, grâce à

Cl) Cité par Milne Edwards. Lee. sur l'anat, t. VII, p. 16.

(2) Expér. sur la digestion dans Vhomme. Paris, 1814. Ce physiologiste avait la faculté de faire revenir dans la bouche les aliments introduits dans Testomac. On a donné à cette singulière faculté le nom de mérycisme (rumination), et aux individus qui la possédaient le nom de mérycoles. La science en a un certain nombre d'exemples. — Fabrice d'Acquapendente, De varietate ventriculi. — Peyer, Merycohgia, Bâle, 1685. — Sennert, Ifedtc. praL, liv. III, p. 1. — Pipelet, De vomituum diversis speciebus, 1786. — Roubieu, Ann. de la Soc, méd. de Montpellier, 1808, p. 283. — Decasse, Froriep's Notixen, t. XLVII, p. 95. — ElUotson, ibid,, t. XLV, p. 337. — Heiling, Veher das Wiederkauen hei Menschen. Nuremberg, 1823.— Cambay, Sur le mérycisme et la digestibilité des aliments. Th. inaugur. Paris, 1830. — Vincent, Comptes rendus de V Institut, t. XXXVII, 4 juillet 1S53.

(3) Recherches sur la digestion^ 1825.

(4) Rech. exp. sur la digest., trad. franc, par Jourdan, 1. 1.

(5) Exper. and observ., on the gastric juice. Flattsburg, 1833.

(6) Physiologie der Verdauung, Wurtzbourg, 1834. p. 80 et suiv.

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