ACTION DE L'OXYGÈNE
qu'il se formait continuellemeQt un acide que je neutralisais au fur et à mesure qu'il se produisait (1).
Au lieu d'agir sur le suc gastrique pur ou sur une infusion stomacale, j'ai fait des digestions artificielles avec l'oxygène, et j'ai vu qu'un courant d'oxygène accélérait légèrement la digestion, et augmentait, quoique dans de très-faibles proportions, l'acidité du liquide.
Du lait traité par une petite quantité de pepsine Hottot et d'acide chlorhydrique très-dilué, avec un excès de phénol pour empêcher la fermentation lactique, est examiné au bout d'une heure.
Dans la solution où passe l'oxygène^ l'acidité est de 1.9 ; dans la solution non oxygénée, de 1.8 (de HCl). '
La différence est donc très-minime.
De même, en traitant la fibrine (de sang) par un mélange de pepsine et d'acide chlorhydrique, on obtient constamment un léger accroissement d'acidité dans le ballon où passe l'oxygéné :
Acidité primitive 6.9 11.8 12.1
Acidité finale avec oxygène 8.2 11.9 12.6
— — sans oxygène 7.6 11.8 12.5
Mais la différence est tout à fait insignifiante^ et il faut opposer ce faible accroissement à l'accroissement considérable mentionné plus haut, soit de 1 à 1.8, à 3^2, à 2,7, dans les cas où c'est la muqueuse stomacale qui est traitée par un courant d'oxygène.
Avec le suc gastrique frais, contenant vraisemblablement des débris cellulaires avec des substances qui n'ont pas été encore transformées complètement, on a un résultat intermédiaire entré les résultats négatifs donnés par la pepsine chlorhydrique et les résultats si marqués fournis par l'infusion stomacale.
Ainsi après avoir fait ingérer à un jeune Chien, porteur d'une fistule gastrique, une certaine quantité de lait, je repris le liquide et le séparai en deux portions ; dans l'une, je fis passer de
(l) Voyez page 83.
1^8 t>HOFHiÉrÉS D(] SUC (^ÂS^RlObB.
Toxygène, dans Tautre de l'hydrogène, afin d'établir autant que possible une certaine analogie dans les conditions expérimentales. Au bout de deux, heures, la solution oxygénée avait 4.5; la solution non oxygénée, 3.6 (de HCl).
Mais cette augmentation d'acidité tient probablement à une fermentation lactique concomitante. En effet, j'ai démontré (1) que'la fermentation lactique se faisait avec bien plus de rapidité quand on faisait passer un courant d'oxygène. Une solution de caséine (dans le suc gastrique) et de sucre de lait, fut séparée en deux portions. D^ns l'une, où passait l'oxygène, il y eut 13 gr. d'acide lactique; dans l'autre, il n'y eut que 0,8 d'acide lactique (pour 1,000 gr.).
Nous pouvons, de tous ces faits, conclure que, pendant la digestion du lait et aussi des autres aliments, il y a absorption d'oxygène, et que cet oxygène contribue à augmenter l'acidité de l'estomac, mais que c'est surtout pour la sécrétion du suc gastrique acide que Toxygène joue un rôle considérable.
C'est là^ en effet^ une loi très-générale dans la nutrition.
Pendant la vie, tous les tissus, tous les liquides de l'organisme, sont dans une atmosphère d'oxygène, ou plutôt dans un bain d'oxygène^ puisque ce gaz est dans le sang à l'état liquida et avec des affinités chimiques très-puissantes. Aussi on i^e' trouve de l'oxygène que dans le sang, tandis que les tissus et les produits de sécrétion n'ont que de l'azote et de l'acide carbonique.
En effet, dans l'estomac on trouve des gaz, mais Foxygène est en petite quantité.
Magendie a trouvé dans le chyme (S) :
Az = 7L45 C02 = 14 H = 3.55 0=11
(i) Comptes rendtts de l'Àc. des SeieneeSfU février 1878. Mes expériences ont été conOrmées par celles de M. Bontroux, qui, dans une communication presquesioiwltanée (3 mars t878), a reconnu comme moi que la fermentation lactique était activée par Toxygène.
(2) Ann. de chimie et de physique, 1816, t. II, p. 292«
ACTiOrt ut LOXYGÉNK. 149
Planer (1) a trouvé encore moins d'oxygène et plus d'acide carboniqiie :
Az = 68.68 C0« = 55.20 = 6.12
D*un autre côté, tous les expérimentateurs qui ont fait des analyses du sang ont trouvé un accroissement d'acide carbonique, et une absorption d'oxygène coïncidant avec le travail digestif.
Selon Mathieu et Urbain (2), la quantité d*oxygène contenue dans le sang artériel commence à décroître deux heures après le repas. Elle atteint son maximum au bout de quatre heures (3) après Tabsorplion des aliments ; à partir de ce moment, elle décrott : de sorte que» sept heures après le repas, le sang a repris son chiiïre normal. Si on rapproche ce fait de Taugmentation de l'absorption d'oxygène par la surface pulmonaire, on voit qu'à la période de digestion stomacale correspond une absorption con^iidérable d'oxygène. En même temps, ainsi que tous les auteurs l'ont constaté, les artères de l'estomac Font énormément dilatées; les veines sont chargées d'un sang rouge, et battent avec force, presque comme des artères.
Au contraire, hors l'état de digestion, il n'y a pas de suc gastrique, et les artères sont rétrécies; une irrigation artérielle modérée suffit à la nutrition de l'estomac.
Ainsi il est probable que c'est l'oxygène du sang qui produit l'acide du suc gastrique, par une sorte de dédoublement chimique dont nous ne pouvons encore donner l'équation d'une manière satisfaisante.
Outre cette action directe, puissante, immédiate, de l'oxygène sur la sécrétion stomacale, ce gaz a peut-être une autre action sur la transformation des aliments, laquelle s'opère un peu plus rapidement dans une atmosphère d'oxygène que sans ce gaz. Or, par l'exosmose des capillaires sanguins, le sang cède son oiygène aux liquides avec lesquels il se trouve
(i) Des gaz du sang, Areh. de physiologie ^ 1871. p. 712.
(2) Quoi qu'en disent Maihieii et Urbain, ce moment correspond bien, au moins chez les Chiens, à Tactivité maximum de la digestion stomacale.
(3) Wiener Sitxh., t.XUl.
en contact, et par conséquent les matières alimentaires sont soumises à l'action de ce gaz, et ne tardent pas à le détruire pour augmenter d'acidité et se transformer en peptones.
Il ne semble pas, d'après quelques expériences que j*ai faites, mais qu'il y aurait lieu de renouveler, qu'il se forme de Tacide carbonique pendant la digestion , au moins en quantités notables (1).
En résumé, nous voyons que la digestion n'est pas un travail chimique différent des autres phénomènes chimiques de l'organisme. L'oxygène y joue son rôle, non-seulement pour la sécrétion gastrique, mais encore, quoique dans une faible mesure^ pour la peptonisation. Il y aurait évidemment de nombreuses recherches à faire à ce sujet, et à ajouter aux faits nouveaux que je viens d'exposer (2). Je crois que l'étude de l'influence de l'oxygène dans la digestion est une mine féconde, et qui peut donner dejs résultats très-importants.
En tout cas, je crois pouvoir conclure en disant que la sécrétion du suc gastrique acide est un phénomène d'oxydation.
Je passe maintenant aux autres phénomènes qui ont trait à la sécrétion du suc gastrique. Mais, quoique le sujet soit trèsvaste et assez difficile, je serai bref, n'ayant guère de faits personnels à apportera la question.
Il paraîtrait que, même chez les embryons très-jeunes, le pouvoir digestif de la muqueuse stomacale existe déjà. C'est probablement à cette action de l'estomac qu'il faut rapporter ces phénomènes d^autodigestion que Schiff a vus sur de petits Loups mis dans un bocal, et Moleschott sur des embryons humains dans de l'eau chargée d'acide acétique. Selon Moriggia (3), la puissance digestive de l'estomac existerait chez les embryons dès le quatrième mois. Le fait contraste avec le développement bien plus tardif du ferment salivaire. D'après
(1) 11 paraît que Kistiakowsky et Hoppe-Seyier ont vu que la digestion des peptones ne donnait pas naissance à de l'acide carbonique.
(2) Hûfner a constaté, sans y attacher d'importance, que, pendant la digestion de la fibrine par le suc pancréatique, il y avait absorption d*oxygène. Journ. f. practischen C^emte, t.XVI, p. 1,1874.
(3) Rivitta eliniea, 1873, n" 5, p. 148.