INFLUENCE DES NERFS
Moriggia, il y aurait chez les embryons de la glycose dans la cavité stomacale. Ces recherches sont en désaccord avec celles de Wolûhtlgel (I), qui ne trouve de pepsine que quelques jours après la naissance, tandis que la sécrétion acide paraît exister de tout temps. Selon Hammarsten (2], il y a de la pepsine chez les enfants nouveau-nés (3), tandis que chez le Lapin le ferment stomacal n'apparaît qu*à la deuxième semaine, et à la troisième semaine chez le Chien.
Ainsi que toutes les sécrétions, la sécrétion stomacale est soumise à rinfluence des nerfs. Quand on coupe les pneumogastriques, la digestion stomacale s'arrête ou diminue, quoi qu'en aient dit Magendie (4), et Leuret et Lassaigne (S). Beaucoup de * physiologistes ont constaté le fait (6), en sorte qu'il est à peu près incontestable.
On peut se demander à quoi tient ce ralentissement de l'action gastrique, si c'est à une diminution dans les mouvements de l'estomac, ou à une perturbation dans la sécrétion.
Selon Longet (7), quand on donne à un Chien dont les deux nerfs vagues sont coupés une masse alimentaire considérable^ au bout d'une douzaine d'heures et même plus, ces aliments ne sont chymifiés qu'à leur surface et ne présentent dans le centre aucune altération. D'après ce savant, la paralysie des mouvements propres de l'estomac a empêché non la sécrétion du suc gastrique, qui attaquait encore les parties superficielles, mais le mélange des aliments, qui ne pouvait plus s'opérer. Toutefois la sécrétion du suc gastrique était moins considérable. En faisant boire du lait à deux Chiens dont l'un avait les nerfs pneumogastriques coupés, tandis que chez l'autre ces nerfs étaient intacts, le même physiologiste n'a vu aucune dif-
(1) Zeilschrift fur Biol., XIÎ, p. 217, 1876.
(2) Jahresber. fiir Anat. u. Physiol. pour 1875, p. 161.
(3) Zweifel, ihid., p. 162, est arrivé au même résuUal.
(4) Précii élément. de physiol., t. U, p. 102, 1825.
(5) Rech, physiol. et ehim, sur la digestion, 1825, p. 219.
(6) Haller, Legallois, Bredie, Milne Edwards, Brachet, MOIler, Claude Bernard, etc.
(7) Traité de physiol,, 3'édU., 1. 1, p. 259.
152 PROPRIÉTÉS DU sue GASTRIQUE.
férence dans la coagulation du lait dans Testomac, et la réplétion des chylifères par un liquide lactescent. KôUiker et Mûller (1) ont trouvé après la section des pneumogastriques le suc gastrique acide, mais ayant diminué d* acidité. Claude Bernard (2) a TU au contraire, chez des Chiens et des Lapins à qui il avait coupé les nerfs vagues, que la sécrétion gastrique acide avait complètement cessé. Après la section de ces nerfs, la muqueuse stomacale devient livide et blafarde comme celle d'un animal mort, et sécrète un liquide filant et neutre, probablement du mucus et non du suc gastrique. Schiff (3), en suivant un autre procédé opératoire, a obtenu un résultat différent. Il faisait la ' section de Tœsophage, la tunique celluleuse était coupée, et avec elle tous les troncs nerveux se rendant à l'estomac, tandis que la tunique musculaire était conservée. Il a vu que cette opération n'entravait pas la sécrétion du suc gastrique et la digestion des aliments, quoique la réaction des nerfs vagues au cou produisit cet effet. Selon Schiff, cette différence est due à la fièvre que provoque un traumatisme aussi grave que la section des nerfs vagues ; et il conclut de ses expériences que les pneumogastriques n'ont pas d'influence directe sur la sécrétion stomacale, et que si, après la section de ces nerfs au cou, la digestion est ralentie ou arrêtée, cela tient à ce qu'on place l'animal dans des conditions pathologiques qui nuisent à la sécrétion peptique.
Je ne puis entrer dans de plus longs détails sur l'influence
de la section des pneumogastriques, soit sur la digestion, soit
sur l'absorption stomacales, et je renverrai aux ouvrages do
Claude Bernard, Schiff, Longet et Brown-Séquard (4).
Lasecrétion stomacale est provoquée directement par uneac-
(1) Verhandlung» der physik. med. Gesellsehaft. zu Wûrxburg^ t855.
(2) Leçons sur le système nerveux^ t. Il, p. 414 el suiv.
(3) Loc.cit,, l.lï, p. 336.
(4) Journal delà physiologie yi, V, p. 652. Selon cet auteur, chez les Grenouilles, la sécrétion du suc gastrique persiste après la aection des pneumogastriques. Voy. aussi Nasse. Archiv. fur physiol HeiL, t. V. — Adrian, Echarfs Beitràge, t. IH, — Milne Edwards, Leçons fur la phys, etc., t, Vll, p. 2^,
SÉCRÉTION GASTHlQUe. 153
tion mécanique. Bardeleben etFrerichs(l) ont vu qu'en introduisant du chlorure de sodium parla fistule gastrique d'un Chien,la muqueuse stomacale se mettait à sécréter abondamment ; mais ce liquide n'était que peu acide, et il est probable qu'ils avaient affaire à du mucus plus qu'à du suc gastrique véritable. Selon Blondlot (2), les susbtances purgatives, selon Gorvisartja coloquinte et Tipécacuanba, auraient le même effet. Au con« traire, d'après le même auteur, la glace, le café, provoquent la sécrétion d'un suc gastrique très-actif, tandis que le charbon et le sable donnent lieu à une sécrétion acide abondante, mais le liquide recueilli semble doué de propriétés digestives faibles.
Les irritations mécaniques provoquent la sécrétion d'un suc acide, mais le liquide sécrété ainsi est peu propre à la digestion (3).
Longet (4) a vu la sécrétion gastrique singulièrement activée par la stimulation de la muqueuse à l'aide d'un courant galvanique interrompu.
Ainsi que je l'ai mis h profit chez M*** pour obtenir du suc gastrique pur, il y a une sympathie entre l'excitation gustative et la sécrétion stomacale, sympathie dont probablement la voie centrifuge est le nerf pneumogastrique. Le rapport est si intime que la même quantité de suc gastrique est sécrétée quand on met un aliment dans la bouche ou quand on le met dans l'estomac. L'odeur et la vue des aliments déterminent le même effet, et, si à un Chien porteur d'une fistule stomacale on fait flairer un morceau de viande, la muqueuse gastrique rougit, et le suc gastrique s'écoule au dehors (5).
En somme, il y a donc plusieurs espèces de sécrétions gastrique, et si les observations des physiologistes que nous venons de citer sont exactes, il y en aurait trois sortes : un mucus
(1) Loc.ext,, p. 788.
(2) loc. cit., p. 213,
(3) Cette distinction entre le suc gastrique véritable et le suc gastrique inactif a été admise pour la première fois par Beaumont, puis par Blondlot {loe, cit.), Frerichs. Claude Bernard (4rc/i. génér. de méd., 1846, p. 5), et surtout Copvisart.
(4) Traité de p/iys., t. ï, p. 202.
(5) Longet, ihid., 1. 1, p. 203. Voyez à TAppcndiçc roMrvfttiop i\t Marcelin,
154 PROPRIÉTÉS DO sue GASTRIQUE.
alcalÎD, un suc gastrique non peptique, un suc gastrique acide et riche en pepsine.
Nous avons vu Tinfluence de Toiygëne sur l'acidité du suc gastrique; par conséquent il ne sera pas étonnant que, dans certains cas d'hématose incomplète de Testomac et de nonactivité des glandes stomacales, le mucus de Testomac sécrété en petite quantité, et neutralisé par la salive, soit neutre ou à peine acide.
D'autre part, si on met dans l'estomac des corps inertes, ou si on excite la muqueuse gastrique avec des excitations mécaniques, le liquide sécrété n'est vraisemblablement pas doué de propriétés digestives, et, s'il faut en croire Blondlot, Cl. Bernard^ Schiff, Corvisart et les meilleurs expérimentateurs^ il ne cofitient pas de pepsine.
Évidemment ce n'est pas expliquer le fait que d'attribuer à l'estomac une intuition chimique. L'explication véritable restait donc à trouver, et c'est à Schiff (1) que revient Thonneur de l'avoir essayé. Quoique la théorie de Schiff soit entachée de nombreuses hypothèses qu'on n'a pas encore pu démontrer, elle n'a cependant été renversée par aucun fait probant, et il est nécessaire d'en dire quelques mots (2).
Lorsque, après l'achèvement d'une digestion copieuse, on donne à un Chien, porteur d'une fistule gastrique, de l'albumine à digérer, le pouvoir digestif de l'estomac est à peu près nul ; mais si on ajoute à l'albumine certains aliments, en particulier du bouillon, de la dextrine, de la viande cuite ou crue, on voit que le pouvoir digestif de l'estomac augmente rapidement. Avec d'autres substances, le sucre, l'amidon, la graisse, on ne provoque pas l'activité du suc gastrique. Ainsi certaines matières, appelées par Schiff peptogènes, viennent charger l'estomac de pepsine, tandis que d'autres substances ne peuvent augmenter le pouvoir digestif de l'estomac. L'expérience
(1) Ses premières expériences ont élé faites à Paris avec Luc. Corvisart. Voy. Mém. sur le pancréas y 1857.
(2) Pour plus de détails, voy. SchilT, loe. cit., t. Il, p. 182 et suiv., et Ilcrzen, lesioni sulki digesthne. Floretice, 1877.