THÉORIE DE SCHIFF
montre que les peptogènes n'agissent pas par le contact direct avec la muqueuse stomacale, ainsi que le supposait Blondlot, mais elles passent dans le sang, et de là apparaissent dans l'estomac sous la forme de pepsine : en effet, en injectant de la dextrine ou clu bouillon dans les veines d'un Lapin^ on donne à son estomac un pouvoir peptonisant considérable, selon Schiff, sept fois plus considérable qu'avant l'injection de dextrine ou de bouillon. Si, au lieu de les injecter par l'estomac ou les veines du cou, ou le rectum, on injecte les peptogènes dans l'intestin grêle, l'estomac ne se charge plus de pepsine ; tout se passe comme si, en traversant les ganglions mésentériques, les substances peptogènes perdaient une partie de leurs propriétés et devenaient impuissantes à fournir la pepsine au suc gastrique. Dans d'autres expériences, Schiff a montré que les substances peptogènes absorbées par les veines allaient en partie former la pepsine dans l'estàmac, en partie la pancréatine dans le pancréas. Cette transformation en pancréatine ne se peut faire que dans la rate. Si la rate est enlevée, le pouvoir digestif est presque nul pour le pancréas, mais doublé pour l'estomac. Les peptogènes destinés à faire la pancréatine du pancréas, ne pouvant plus trouver là leur emploi, vont donner un maximum de pepsine à l'estomac.
Les nombreuses et intéressantes expériences de Schiff ont été contredites par divers auteurs (1): mais les contradictions sont loin d'être irréfutables. Les procédés dont ces savants ont fait usage sont en général peu rigoureux, et les expériences en nombre insuffisant. Aussi, quoique la théorie de Schiff soit, dans l'état actuel de la science, encore très-hypothétique, la regarderons-nons comme vraisemblable.
Finalement nous arrivons donc à cette double conclusion: l"" L'acide du suc gastrique est produit par une sorte de dédoublement chimique dune matière contenant du chlore sous l'influence de V oxygène du sang.
(1) Ebstein et Brunn, Arch. de Pfluger, t. III, p. 565; — Unge. Jahresher. uher die Forischritte der Ànat., 1873, II, p. 354; — Braun, CerUr, f. d, med, Wissensch., 1874, n» 15.
■n^ i * *wM 1*. •.:"• ..♦,/"'•':•...«
156 PROPRlKTfiS DO sue GASTRIQUt.
{• La pepsine prend naissance après Vabsorption de substances peptogines.
Hais, pour que ces deux hypothèses aient définitivement droit de cité, il faudrait encore une longue série d'expériences (1).
L'activité chimique du suc gastrique permet qu'on se demande pourquoi il ne digère pas les parois stomacales.
On avait cru donner une explication (3) en disant que ta vie empêchait cette digestion, ce qui n'explique rien du tout, comme toute théorie vitaliste. Cl. Bernard (3) a fait l'expérience suivante. Il introduit dans la fistule d'un Chien l'arrière-train d'une Grenouille vivante. Au bout de trois quarts d'heure, la Grenouille est vivante encore^ mais les membres postérieurs sont en grande partie digérés.
Selon Claude Bernard, cette cfis^^^^^n ^^^ animal vivant malgré son épithélium, tient à ce que l'épithélium de la peau des Grenouilles, lorsque il a été détruit par un acide, ne se renouvelle pas, tandis que l'épithélium stomacal est soumis à une mue incessante.
Schiff admet une opinion à peine différente. Selon lui, c'est le mucus sécrété par l'épithélium qui oppose une barrière à la digestion par le suc gastrique (4).
Il est très-probable que ces deux opinions très-analogues sont exactes ; c'est l'épithélium stomacal qui, se renouvelant sans cesse, et entourant d^une couche imperméable de mucus le suc gastrique sécrété, empêche Faction destructive du suc gastrique sur les parois de l'organe.
Après la mort l'épithélium stomacal et une partie de la
(1) Bence Jones avait cru remarquer que, pendant la digestion, Turine est alcaline, et il attribuait ce fait à l^électroîyse animale du chlorure de sodium, allant faire de Tacide chlorhydrique dans l'estomac et de la soude libre dans la bile et dans Turine. Mai» Claude Bernard a démontré que cette réaction de Turine dépendait de Talimentation.
(î) Hunter, Phil. Transact., 177Î, p. 4'*9.
(3) Leçons de phytiol. expérimentale, \ II, p. 4Q8,
(4) Lef. tuf la digestionf t. I, .
ÀUTODIGESTION DK L'EStoMAË. 157
tnuqueuse sont digérés. Plusieurs faits de ce genre ont été obserTés. Surtout si on a mis un acide dans Testomac, cette autodigestion est très-remarquable. Dans Testomac des Poissons, elle s'opèreavec une étonnante activité, si bien qu*au bout de quelques heures, toute la muqueuse gastrique a été dissoute, et la tunique musculaire, plus.résistante, persiste seule.
En terminant, je noterai un essai expérimental qui peut être rapporté, quoiqu'il m'ait malheureusement donné des résultats négatifs/Espérant remplacer, au moins en partie, Tacide chlorhydrique de l'estomac par l'acide bromhydrique, je donnai, pendant dix jours, à un jeune chien, environ douze grammes par jour de bromure de sodium. L'animal étant trèsaffaibli, cette alimentation bromurée fut cessée brusquement, et remplacée par du lait. Au bout de vingt- quatre heures, l'animal fut sacrifié; mais ni dans l'estomac, ni dans le suc gastrique, il n'y avait trace d'acide bromhydrique ou même de bromures. Je me propose de reprendre cette expérience en modifiant les conditions expérimentales.
A. — Résumé des observations flEiites sur Marcelin R. . atteint
de fistule gastrique (1).
Depuis le célèbre Canadien Alexis de Saint-Martin, observé par de Beaumont (2), on n'a pu étudier le suc gastrique chez l'homme (3), et sauf un cas observé à Dorpat (5) et un autre tout récemment à Vienne (4), je ne sache pas qu'on ait répété les expériences de Beaumont. Il y a deux ans, comme j'avais l'honneur d'être l'interne de M. le professeur Verneuil, à la Pitié, j'eus occasion d'observer le malade qu'il opéra si heureusement de la gaslrotomie. M. Verneuil m'encouragea à étudier la digestion stomacale chez ce jeune homme, et ces études furent le point de départ de mes recherches sur le suc gastrique (6).
Voici en quelques mots l'Èistoire de Marcelin R... Ayant avalé par mégarde une gorgée de potasse caustique, il eut à la
(t) Je les ai placées à la fin de mon travail, pour ne pas interrompre par des considérations particulières des expériences de chimie physiologique et de zoologie.
(2) Exp. on the gastric human juice. Plattsburg, 1833.
(3) Gauthier, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1877), rapporte 37 cas de fistule gastrique. Il parait que Middeldorff en aurait cilé 47.
(4) Schrôder, Succi gastrici humani vis digestiva ope fistulœ stomacalis indagata, Dorpat, 1853. — Grunewald, Succi humani gastrici indoles physica et chimica ope fistulœ stomacalis indagata. Dorpat, 1853.
(5) Kretschi, 1876. Deutsches Archiv. f. Klin. Med,, t. XVIII, p. 528.
(6) L^obscrvation détaillée a été rapportée par M. Verneuil dans les Bullet. de VAc, de méd,, 1876.
suile de cet accident un rétrécissement de l'œsophage, qui devint de plus en plus resserré. Finalement, ne pouvant plus se nourrir, il entra à Thôpital. Le éathétérisme œsophagien, dès l'abord trèsdifficile, devint de plus en plus périlleux, et enûn tout à fait impossible. Peu à peu Tétat du malade s'aggrava au point que le seul moyen de l'empêcher de mourir de faim était évidemment la gastrotomie. L'opération fut pratiquée par M. Verneuil à la fin de juillet 1876, et elle réussit complètement. Au mois de novembre il était complètement guéri.
Tout d'abord je me suis assuré que l'œsophage était imperméable, en sorte que les liquides salivaires ne se mélangent pas avec les liquides stomacaux, et qu'on peut avoir du suc gastrique pur et dépourvu de salive, condition qu'il est déjà difficile de réaUsef sur les animaux, et que l'on n'a vraisemblablement jamais pu rencontrer sur l'homme. A plusieurs reprises, j'ai vu que la salive ne pouvait pénétrer dans l'estomac. En faisant mâcher à M... du sucre imbibé de ferrocyanure de potassium, je n'ai pu retrouver aucune trace de ce sel dans les liquides stomacaux, malgré la sensibilité des réactions chimiques qui décèlent les ferrocyanures.
D'ailleurs une autre expérience prouve encore qu'il n'y a pas pénétration de salive dans l'estomac. Si Marcelin prend une quantité déterminée d'eau, et essaye de l'avaler, au bout de quelques minutes, il peut, par la régurgitation, rendre absolument la même quantité d'eau. Le deuxième temps de la déglutition peut bien s'accomplir, mais le troisième temps, qui répond aux contractions péristaltiques de l'œsophage, est incomplet. Il est probable qu'il y a dans l'œsophage, comme cela a été démontré par l'anatomie pathologique pour tous les cas de rétrécissement de ce canal, une sorte de cul-de-sac, dans lequel les aliments viennent s'entasser, et qui se vide au bout de quelques minutes par une régurgitation involontaire.
Celle imperméabilité de l'œsophage a pour conséquence principale l'impossibilité de l'alimentation par les voies ordinaires. Gomme Marcelin ne peut rien avaler, on es^ forcé de le nourrir par une sonde en caoutchouc placée à demeure dans la fistule gastrique. Les aliments injectés par cette sonde sont hachés et pulpeux, de manière à pouvoir être poussés parla seringue, et à remédier ainsi à l'absence de mastication. De fait, ce procédé anormal ne semble pas avoir eu de grands inconvénients, puisque, six mois après qu'on l'eut mis en usage, le poids de Marcelin avait augmenté de cinq kilogrammes.
100 PROPIUÉT&S DU SDG GASTftiQUfi.
Une autre conséquence de ralimentation par la fistule est une soif perpétuelle. Ainsi toutes les fois qu'on vide l'estomac en débouchant la sonde, Marcelin est pris de soif très-vive qu'il rapporte, ainsi que tout le monde, à Tisthme du gosier, et alors il cherche à soulager sa soif, en mettant de Teau dans sa bouche : c'est ce qu'il appelle se rafraîchir. En réalité il ne fait que se gargariser, et ne se désaltère pas. Pour se désaltérer réellement, il faut qu'on lui introduise des liquides dans l'estomac. Mais ce n'est pas suffisant pour calmer complètement la sécheresse de son pharynx, et il semble qu'il soit nécessaire d'humecter le pharynx directement, aussi bien que d'absorber de l'eau dans les veines.
Il y a, de l'estomac aux glandes salivaires et des glandes salivaires à l'estomac, des sympathies réflexes, telles que la sécrétion des glandes salivaires. On peut, cbez Marcelin, observer ce double réflexe. Ainsi, quand on lui injecte des aliments par la sonde, la sécrétion salivaire est aussitôt augmentée, mais cependant moins qu*on serait tenté de le croire. Il semble que ce réflexe allant de la muqueuse gastrique aux glandes de la salive tende à disparaître, à mesure que l'usage des glandes salivaires se restreint. Tout à fait au début de l'alimentation par la fistule gastrique, il paraît que la réplétion de l'estomac par les liquides alimentaires provoquait des mouvements involontaires de mastication. Aujourd'hui il n'y a plus rien de semblable, et ce n'est guère qu'avec certains aliments qu^il y a hypersécrétion de salive. Encore cette hypersécrétion est-elle peu marquée, et devient-elle de plus en plus insignifiante tous les jours. Quand j'ai cessé de voir Marcelin (juillet 1877), c'est à peine si elle existait encore. Au contraire, les réflexes, dont le point de départ est dans l'estomac, ont conservé toute leur puissance. Ainsi, si l'on fait mâcher à Marcelin des substances sapides et parfumées, il y aura aussitôt un flux, relativement abondant, de suc gastrique. C'est môme par ce procédé tout physiologique que j'obtenais du suc gastrique pur. Après plusieurs lavages de l'estomac, l'eau qui en sort devient presque limpide. Alors, en vidant complètement l'estomac, et en faisant mâcher à Marcelin des gâteaux, ou du sucre, ou du citron, etc., le suc gastrique se met à couler lentement, goutte à goutte.
Pour ce qui a trait à la manière dont Testomac se vide, c'est par un moyen extrêmement simple. Quand la sonde est bouchée, comme elle est adaptée hermétiquement aux parois de la fistule, il ne s'écoule pas de liquide. Au contraire, la sonde étant débouchée, tous les liquides s'écoulent par cette ouverture dépouvue de
sphincter. Mais quand la sonde est débouchée, Marcelin ne peut plus laire d'effort considérable, le point d'appui que la paroi abdominale doit donner à la contraction du diaphragme lui faisant défaut. La pression des gaz contenus dans Testomac suit les oscillations du diaphragme ; je m'en suis assuré en adaptant un tube en caoutchouc et un tambour inscripteur à la sonde. On peut ainsi inscrire les mouvements respiratoires , et le rhythme de l'inspiration et de l'expiration se retrouve dans le tracé obtenu ainsi : les mouvements brusques de la toux et du rire changent brusquement la pression, ainsi qu'on pouvait s'y attendre. Marcelin peut aussi vider son estomac en contractant ses parois abdominales; le jet de liquide est saccadé, et suit les contractions abdominales. Quand, après s'être contractées^ ces parois reviennent à l'état normal, il se fait une sorte d'aspiration avec un bruit de gkm-gUm, par suite du mélange de l'air introduit avec les aliments liquides. Tous ces faits démontrentqueleplus souvent le sphincter supérieur comme le sphincter inférieur de l'estomac sont fermés, et que leur occlusion permet de considérer l'estomac comme une poche contractile et élastique, subissant les variations de la pression abdominale (1).
Les bords de la fistule se continuent, d'une part avec la muqueuse gastrique, d'autre part avec la peau. Au point où la muqueuse se continue avec la peau, il y a une sensibilité assez vive ; de sorte que le passage du suc gastrique, lorsque il est trop acide, est quelquefois assez douloureux. Quant à l'estomac lui-même, il est presque insensible, ainsi que Beaumont l'avait norté. Les sensations tactiles font défaut ; et Marcelin ne sait pas si on lui touche l'estomac, ou si on ne le touche pas. Toutefois, dans certaines circonstances, l'ingestion brusque d'un liquide froid lui est assez pénible. Il ne sent cependant pas la température des liquides : l'introdudtion d'eau-de-vie ou même de vin lui produit une sensation de chaleur, et une sorte d'excitation qu'il recherche avec plaisir, quoiqu'il ne puisse goûter ni Teau-de-vie, ni le vin. Je n'ai pas pu me rendre compte exactement du motif réel qui lui fait rechercher les liqueurs alcooliques. Peut-être est-ce par un préjugé populaire qui fait croire que ce sont des fortifiants.
Quoiqu'il en soit, Marcelin ne peut savoir quand son estomac
(1) Les recherches de M. Leven (DuU. de la Soc. de biol., 1875, nov., p. 366) semblent contredire ce fait. Mais l*opinion de M. Leven me parait inacceptable, et elle l'a semblé aussi à la plupart des physiologistes, qui acceptent Topinion de Magendiesur Focdusion du pylore.
162 PIIOPUIÈTÉS DU SIC GA^TIUOUK.
est plein ou vide, et la faim chez lui se traduit par une sorte de défaillance, laquelle l'avertit qu'il est temps de prendre des alimenta. Quand l'estomac est rempli trop brusquement, Marcelin est pris de hoquet; le même phénomène survient quand l'estomac est vidé sans précaution de tous les liquides qu^il renferme ; de sorte que, au moins chez ce sujet, le hoquet semble être produit par un changement brusque dans la pressibn stomacale.
J'ai essayé de voir la muqueuse stomacale alors que l'estomac est en digestion; cet examen a été assez difûcile. Cependant j'ai pu voir la muqueuse gastrique, et la montrer à quelques personnes, en projetant dans un tube métallique introduit par la fistule une vive lumière, par exemple la clarté d'une lampe à huile minérale grossie par une lentille (appareil de M. Colin). On voit alors dans le fond du tube une surface rougeâtre, tomeuleuse, criblée de petits pertuis très-lins, comme des piqûres d'aiguille, probablement les orifices glandulaires dilatés. Cette apparence roug^tre de la muqueuse en activité contraste avec l'aspect gris de la muqueuse stomacale des cadavres.
L'absorption des liquides contenus dans la cavité gastrique ne pouvait guère être étudiée avec certitude. Gomment, en effet, savoir s'ils passent par le pylore^ ou s'ils sont absorbés par les veines stomacales? Il est probable que les deux phénomènes coïncident, une partie des aliments passant dans la circulation veineuse, une autre partie s'introduisant par le pylore dans le duodénum pour être absorbée par les vaisseaux mésentériques.
Il n'en est pas moins intéressant de savoir quelle est exactement, pour les différentes substances, la durée de la digestion stomacale.
Je n'insisterai guère sur cette question, dont l'intérêt est secondaire, après les expériences de de Beaumont (1). Eu général, mes expériences concordent avec les siennes et celles de Gosse (2). Ainsi la durée maximum du séjour dans l'estomac parait être de 4 heures et demie à 6 heures, pour les graisses par exemple et certains aliments évidemment très-indigestes (3), comme les épinards. La durée minimum s'observe dans la digestion du lait, qui parait être de tous les aliments le plus facilement digéré ; après une heure, c'est à peine s'il en reste quelques
(1) Elles sont rapportées en délail dans le Traité de physiol de Longet, 1. 1, p. 25G.
(2) Opusc, de phys, anim. et végét,, par Spallanzani, t. II, p. 379, 17^7.
(3) Il faut tenir compte des particularités individuelles. Nul organe, peut-être, u'uat aussi fantasque dans sa fonction que rcstomuc.
traces dans reslomac. Mais, comme le lait contient une notabJt3 quantité de graisse, il s*opère une sorte de dédoublement curieux dans la digestibilité de ce liquide. La caséine, le sucre, l'eau el les sels du lait disparaissent avant une heure, et on ne peut plus les retrouver, tandis que la graisse persiste encore pendant une demi-heure au moins : dans Testomac, elle est liquide, à cause de la température, mais à peine est-elle refroidie qu'elle se flge. Il en est ainsi pour presque tous les aliments complexes mélangés de graisse. La graisse disparaît toujours en dernier lieu. Il est vraisemblable que ce n'est pas seulement à cause de la difficulté de sa digestion, et que les conditions physiques jouent un rôle prépondérant dans ce retard. En effet les graisses, que la température de l'estomac a liquéfiées, surnagent tous les autres liquides, er ne peuvent passer par le pylore que si tous ces liquides ont disparu. Si, deniôme, une heure après Tingestion de vin, de pain, de viande et de graisse, on laisse le mélange s'écouler par la sonde, la graisse viendra tout à fait à la fin, et on pourrait supposer qu'elle est moins digestible que la viande et le pain. Cependant il me paraît probable que le retard de la digestion des graisses, c'esl-àdire du passage par le pylore, tient à leur faible densité, qui les fait surnager les liquides alimentaires, en sorte qu'elles doivent être les dernières parties qui passent par le pylore.
En somme, la durée de la digestion est de trois à quatre heures : mais elle n'est pas la môme pour toutes les substances alimentaires. Le lait est rapidement absorbé. Il en est de môme de Talcool, dont la plus grande partie a disparu au bout d'une demiheure. Au bout de quarante minutes, on en retrouve encore des traces. Mais, une heure après qu'il a été ingéré, il semble avoir complètement disparu. Je n'ai pas recherché si une partie s'était transformée en aldéhyde, ainsi que Kretschi Ta admis.
Enfin je ferai une dernière remarque, qui est, je crois, assez importante. Les aliments ne disparaissent pas de l'estomac successivement. Il semble au contraire qu'à un certain moment, tout d'un coup, ils passent en masse, en bloc, pour ainsi dire, dans l'intestin. L'estomac ne met guère plus d'un quart d'heure à se vider complètement. Pendant trois heures et demie, je suppose, la masse alimentaire ne changera pas de volume; mais une demi-heure de plus, et presque tout aura disparu, en sorte qu'on ne pourra retrouver dans l'estomac que des débris de ces aliments. Ci la semblerait prouver qu'il faut que les matières nutritives arrivent u un certain état, à la fois cbi-
mique et physique, pour pouvoir passer par le pylore (1).
J'ai malheureusement négligé de mesurer régulièrement la température de Festomac. Une fois, pendant la digestion, elle était de 38. 2. Ce chiffre isolé est tout à fait insuffisant.
Marcelin n'avait pas de dyspepsie; il se plaignait souvent de souffrir dans le dos; mais je n'ai jamais trouvé que ces douleurs stomacales ou dorsales eussent de l'influence sur les phénomènes chimiques de la digestion. La digestion des matières cellulosiques indigestes, en particulier des épinards, était accompagnée d'un flux aqueux abondant, à peine acide, mais sans être compliquée de douleurs dans l'estomac (2).
B. — Dosages acidimétriques et dosages d'ammoniaque.
J'ai peu de chose à dire des procédés de dosage que j'ai employés pour mesurer les acidités des divers liquides organiques que j'ai eu à examiner. En général^ les dosages acidimétriques se fontavee la teinture de tournesol; mais, pour mesurer de très-faibles quantités d'acides organiques peu énergiques, il est diffixûle» avec la teinture de tournesol, d'arriver à une précision suffisante. Grâce à la complaisance de mon ami le professeur G. Bouchardat, j*ai pu employer une autre substance plus sensible que le tournesol, et avec laquelle j'ai fait tous les dosages rapportés ci-dessus.
Cette substance est la phtaléine du phénol (G^oE'^O*), qu'on obtient en faisant réagir le phénol sur l'anhydride phtalique à l'aide de Tacide sulfurique concentré. C'est un corps d'un brun rougeâtre, fluorescent, soluble dans l'alcooL II suffit de quelques gouttes de sa solution alcoolique pour donner à une liqueur alcaline une coloration rouge énergique qui disparaît dès que la liqueur devient acide. De même on peut déterminer avec une grande précision le moment où une liqueur acide incolore se colore en rose, moment qui correspond au moment où elle devient alcaline. Néanmoins il faut une certaine habitude pour faire des déterminations exactes.
(1) Ce fait, que j*ai annoncé il y a plus d'un an (Comptes rendus de VAe. des se. 5 mars 1877), a été, par quelques personnes, regardé comme inexact. Je persiste cependant à croire que les choses se passent ainsi, au moins chez Marcelin . M. Herzen, professeur au Muséum de Florence, m'a affirmé que, d'après ses expériences personnelles, chez les Chiens la digestion se faisait de la même manière.
(2) M. Leven {BuUet. de l'Acad, de méd., 10 mars 1870) a constaté ce même fait d'exosmose aqueuse à la suite d'ingestion de matières non azotées ; mais il attribue à cette hypersécrétion un rôle important dans la dyspepsie.
Quant au liquide alcalin servant au dosage, j'employais la chaux, dont le titre reste plus constant que la baryte ou la potasse.
La détermination de l'ammoniaque contenue dans lesucgastrique a été faite de la manière suivante : un volume déterminé de suc gastrique pur était mélangé à de la potasse, et placé sous une cloche, en même temps qu'une solution très-diluée et titrée d'acide sulfurique. Au bout de trois ou quatre jours, on examinait le titre de cet acide sulfurique. Deux dosages très-concordants m'ont donné 0,17 d'Azff pour 1,000 gr. En laissant pendant deux mois le même suc gastrique en contact avec la potasse en présence d'acide sulfurique, la proportion d'AzH' s'est élevée à 0.26 d'ÂzH', cette augmentation étant due, évidemment, à la décomposition ammoniacale des matières protéiques.