‹ Thétre en versChapitre 16 sur 96 · PIERROT ANTONIO · texte numérisé non relu

PIERROT ANTONIO

Messieurs, le temps se passe.

PIERROT

Je suis tout prêt.

ANTONIO

Allons !

LE MOINE

Hé! messeigneurs, de grâce Considérez un peu ce que vous faites là!

Le Ciel... '

ANTONIO

Va-renI

LE MOINE

L'Enfer...

PIERROT

Arrière. •

l£. MOINE

Mais..i

GlANGURGOLO

Holà, Le moine, bouche closei

ANTONIO

En garde!

LE MOINE

Ciel!

PIERROT

En garde!

LE MOINE

Avez-vous entendu ces cris rauques?...

Au bouffon r

Regarde.

Les hiboux volent. C'est un avertissement.

LE BOUFFON

Oui, la mort sur nos fronts plane lugubrement. L'oiseau de nuit, qui flaire un bon souper, s'échappe

De son trou, — que la mort le serre promplement, Le convive est à jeun, la neige a mis la nappe.

BRIGHELLA

Tête et sang! monseigneur, un beau coup.

LE MOINE

Oh! grand Dieu!

LE BOUFFON

Si l'on ne perdait pas, aimerait-on le jeu?

Et supporterait-on Tcnnui de cette vie,

Si l'on ne pouvait pas se tuer quelque peu?

GIANGURGOLO.

L'admirable combat!

BRIGDELLA

^ J'en ai Tâme ravie.

LE BOUFFON

C'est une chose très divertissante.

LE MOINE

Hélas!

Ce spectacle est affreux !

^ PIERROT

Monsieur, vous êtes las, Reposez-vous,

ANTONIO

Du tout, achevons!

PIERROf

A votre aise I

Le duçl, un instant interrompu, recommence. Tout à coup Pierrot et Antonio tombent avec deux grands cris.

GIANGIRGOLO

Tous les deux 1

BRIGDELLA

A la fois !

LE BOUFFON

Le duel a duré treize Minutes.

LE MOINE

Ahl le ciel va s'écrouler sur nous!

LE BOUFFON

Sont-ils morts?

GL\NGURGOLO

palpant le corps d'Antonio

A peu près.

BRIGDELLA

considérant le cadavre de Pierrot

Mon Dieu! les jolis coups!

La lame a traversé Pierrot jusqu'à la croupe. De son ventre entaillé, c'est curieux à voir, Il jaillit une soupe épaisse de sang noir, De pus, d'humeurs, et l'âme en sort avec la soupe.

GIANGURGOLO

L'autre râle. Sa bouche au contour grimaçant Semble un grand œil ouvert qui pleurerait du sang.

LE BOUFFON

Les morts sont très vilains : la brise qui les frôle S'effraye, et le ciel bleu qui les voit se fait gris.

BRIGUELLA

Maintenant, que faut-il faire?

LE BOUFFOxN

A chacun son rôle.

Moine, priez; voleurs, volez; toi, bouffon, risi

OIANGL'RGOLO

désignant les deux cada\Tes

Lequel veux-tu?

BRIGDELLA

Choisis loi-même.

LE MOINE

Ave,.

LE BOUFFON

Vous êtes

A vos postes.

GIANGtRGOLO

fouillant Pierrot

DeTor!

LE BOUFFON

Après vous les chouettes.

Comme nous, d'appétits funèbres dominé, L'oiseau nocturne veut son tour et crie aux hommes : « Hu lu lu! hu lu lu! hâtez-vous donc, nous sommes Pressés. » *

BRIGOELLA

Un anneaii d'or !

GIANGURGOLO

Un collier!

LE MOINE

Domine, Parce nobis!

LE BOUFFON

Fort bien ! une phrase latine Fait grand plaisir à Dieu.

BRIGHEILA

Ce moine me taquine, Il nous prend tout.

GIANGURGOLO

Va-t'en si tu tiens à tes os!

Sinon je prends ce corps et te brise le dos Sous ce maillot de chair morte !

LE BOUFFON

Certes, nous sommes Des marcheurs déviés de tout bien, de ces hommes Funestes dont on fait les forçats ou les rois ; Mais ce moine est encor plus hideux que nous trois.

BRIGHELLA

Que ferons-nous des corps?

, LE BOUFFON

Cette maison est proche, Portons-les! Moine, allons, referme ta sacoche,

Tu compteras demain l'argent que tu volas.

Ils emportent les cadavre*.

Soutenez-lui les pieds, je porterai la tête.

MoHs pour une catin, que la jeunesse est bête! Vrai Dieu! j'en pleurerais, si je n'en riais pas.

Exeunt.

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