PIERROT ANTONIO
Messieurs, le temps se passe.
PIERROT
Je suis tout prêt.
ANTONIO
Allons !
LE MOINE
Hé! messeigneurs, de grâce Considérez un peu ce que vous faites là!
Le Ciel... '
ANTONIO
Va-renI
LE MOINE
L'Enfer...
PIERROT
Arrière. •
l£. MOINE
Mais..i
GlANGURGOLO
Holà, Le moine, bouche closei
ANTONIO
En garde!
LE MOINE
Ciel!
PIERROT
En garde!
LE MOINE
Avez-vous entendu ces cris rauques?...
Au bouffon r
Regarde.
Les hiboux volent. C'est un avertissement.
LE BOUFFON
Oui, la mort sur nos fronts plane lugubrement. L'oiseau de nuit, qui flaire un bon souper, s'échappe
De son trou, — que la mort le serre promplement, Le convive est à jeun, la neige a mis la nappe.
BRIGHELLA
Tête et sang! monseigneur, un beau coup.
LE MOINE
Oh! grand Dieu!
LE BOUFFON
Si l'on ne perdait pas, aimerait-on le jeu?
Et supporterait-on Tcnnui de cette vie,
Si l'on ne pouvait pas se tuer quelque peu?
GIANGURGOLO.
L'admirable combat!
BRIGDELLA
^ J'en ai Tâme ravie.
LE BOUFFON
C'est une chose très divertissante.
LE MOINE
Hélas!
Ce spectacle est affreux !
^ PIERROT
Monsieur, vous êtes las, Reposez-vous,
ANTONIO
Du tout, achevons!
PIERROf
A votre aise I
Le duçl, un instant interrompu, recommence. Tout à coup Pierrot et Antonio tombent avec deux grands cris.
GIANGIRGOLO
Tous les deux 1
BRIGDELLA
A la fois !
LE BOUFFON
Le duel a duré treize Minutes.
LE MOINE
Ahl le ciel va s'écrouler sur nous!
LE BOUFFON
Sont-ils morts?
GL\NGURGOLO
palpant le corps d'Antonio
A peu près.
BRIGDELLA
considérant le cadavre de Pierrot
Mon Dieu! les jolis coups!
La lame a traversé Pierrot jusqu'à la croupe. De son ventre entaillé, c'est curieux à voir, Il jaillit une soupe épaisse de sang noir, De pus, d'humeurs, et l'âme en sort avec la soupe.
GIANGURGOLO
L'autre râle. Sa bouche au contour grimaçant Semble un grand œil ouvert qui pleurerait du sang.
LE BOUFFON
Les morts sont très vilains : la brise qui les frôle S'effraye, et le ciel bleu qui les voit se fait gris.
BRIGUELLA
Maintenant, que faut-il faire?
LE BOUFFOxN
A chacun son rôle.
Moine, priez; voleurs, volez; toi, bouffon, risi
OIANGL'RGOLO
désignant les deux cada\Tes
Lequel veux-tu?
BRIGDELLA
Choisis loi-même.
LE MOINE
Ave,.
LE BOUFFON
Vous êtes
A vos postes.
GIANGtRGOLO
fouillant Pierrot
DeTor!
LE BOUFFON
Après vous les chouettes.
Comme nous, d'appétits funèbres dominé, L'oiseau nocturne veut son tour et crie aux hommes : « Hu lu lu! hu lu lu! hâtez-vous donc, nous sommes Pressés. » *
BRIGOELLA
Un anneaii d'or !
GIANGURGOLO
Un collier!
LE MOINE
Domine, Parce nobis!
LE BOUFFON
Fort bien ! une phrase latine Fait grand plaisir à Dieu.
BRIGHEILA
Ce moine me taquine, Il nous prend tout.
GIANGURGOLO
Va-t'en si tu tiens à tes os!
Sinon je prends ce corps et te brise le dos Sous ce maillot de chair morte !
LE BOUFFON
Certes, nous sommes Des marcheurs déviés de tout bien, de ces hommes Funestes dont on fait les forçats ou les rois ; Mais ce moine est encor plus hideux que nous trois.
BRIGHELLA
Que ferons-nous des corps?
, LE BOUFFON
Cette maison est proche, Portons-les! Moine, allons, referme ta sacoche,
Tu compteras demain l'argent que tu volas.
Ils emportent les cadavre*.
Soutenez-lui les pieds, je porterai la tête.
MoHs pour une catin, que la jeunesse est bête! Vrai Dieu! j'en pleurerais, si je n'en riais pas.
Exeunt.