SCÈNE V
Dans la chombre de la Bombinella.
NÉRINE, puis PIERROT
NÉRINE
On frappe, ce sont eux.
Elle ouvre, entre Pierrot.
Le diable vous emporte !
Ce n'est pas vous.
Pardon, c'est bien moi. Depuis quand Laissez-vous vos amis se morfondre à la porte, Nérine?
Pierrot ôte son masque.
NÉRINE
Ciel! le duc!
PIERROT
Tûdieu, quel froid piquant I Le vent sangle les airs à longs coups de lanière : Sous sa grande aile d'ombre éteignant le jour bleu, Le démon de l'orage, à la fauve crinière, A signé quelque pacte avec le diable ou Dieu, Et l'éclair met, tortu comme une antique lame, Sur la page du ciel un paraphe de flamme.
Pierrot éternue.
Pschitt! le froid a rougi mon nez, bleui mon corps :
C'est à ne pas laisser une femme dehors.
Donc, en passant, j'ai vu luire cette persienne
Et j'ai dit, connaissant que cette chambre est sienne :
« La Bombinelle, au coin de son feu, bâille au lit... »
Fais venir ta maîtresse et bassiner mon lit.
NÉRINE
Un lit pour vous?
PIERROT
Pour moi, tu l'as dit, fine mouche.
NÉRINE
La neige en ce moment bassine votre couche, Si pour draps où sécher les membres que voilà Vous n'espérez que ceux de la'Bombinella.
PIEHROT
Nérine, j'ai des droits.
NÉRIISE
Seigneur duc, vous en eûtes.
La veille assure-t-elle un lendemain d'amour? On compte, est-il pas vrai, vingt-quatre heures par jour, Par heure un nombre exact de soixante minutes. Et par minute autant de secondes? Eh bien, Vous plaît-il, seigneur duc, de me dire combien ' Vous estimez qu'il puisse éclore par seconde De caprices nouveaux en une tête blonde? "
PIERROT ,
Hélas! autant que mai sous les feuilles blotti A de lilas en fleur et de raisins l'automne, Et plus qu'il ne faudrait de larmes de madone Pour emplir un tonneau de lacryma christi.
Ainsi la Bombinelle...
NÉRINE
Elle vient de s'éprendre
D'un fort beau cavalier.
Qu'on nomme? le sait-on?
NÉRINE
Monseigneur, je n'ai pas de comptes à vous rendre.
PIERROT
Pourtant?...