‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 11 sur 55 · MORAXDE PEINTRE DE MŒURS · texte numérisé non relu

MORAXDE PEINTRE DE MŒURS

Entre tous les mondes que Morande met en scène et qu'il fait revivre dans ses libelles^ celui qu'il connaît le mieux, c'est assurément celui de la galanterie. Cette race des femmes de plaisir, il en est le peintre et le biographe. Il nous la montre dans la rue, au théâtre, dans le palais des grands seigneurs et dans les petites maisons des princes. Regardez : la voilà qui défile sur le boulevard de Paris, cette fouie éblouissante et dangereuse. Morande, assis sur une chaise, ne laisse rien perdre du tableau : « Quelle satisfaction de voir cent mille beautés passer çà et là; les unes coiffées en hérisson, d'autres portant coiffures à l'enfant, d'autres enfin couvertes de panaches énormes, vous clignoter d'un œil assassin; une autre vous faire remarquer, en affectant de rire, une petite bouche qu'elle pince en retirant ses joues; une autre serrant de ses deux mains son mantelct, pour montrer l'élégance de sa taille; celle-ci dans sa voiture, un petit maître à sa portière qui, tout en ricanant, lui déclare le feu qu'elle a su lui inspirer, tandis que par-dessus sa tète, parfumée de l'odeur la plus forte et accompagnée de plusieurs boucles flottantes, elle fait des signes à d'autres qui passent devant clic. Quel agréable tableau! O Athènes, tu crois ne plus exister, et l'on te

loS THEVENEAU DE M GRANDE.

retrouve chaque jour sur nos boulevards M » Les mœurs et la corruption élégante de la Grèce ne renaissaient pas seulement sur les boulevards de Paris. La galanterie envahissait jusqu'aux églises et aux couvents. Il y avait à Longchamps^ dans le bois de Boulogne, une abbaye de filles qui, au moment de la semaine sainte^ servait de but de promenade à la haute société du temps. Comme l'abbaye possédait de belles voix, on était censé aller à ténèbres. Mais les fidèles prirent^ en faisant leurs dévotions, une attitude si inconvenante que l'église

I. Ce passage, que nous citons d'après la Ga:{etîe noire, se trouve tout entier dans le Chroniqueur désœuvré ou l'Espion du boulevard du Temple. Londres, 1782, 2 vol. in-12. \. t. I, p. i5. I.a Galette noire reproduit de même beaucoup d'autres passages du Chroniqueur désœuvré, sur lesquels nous aurons à revenir, à propos des cates et des théâtres. Mais quelle conclusion faut-il tirer de ce plagiat manifeste? Au premier abord, on serait tenté d'admettre avec Quérard que le Chroniqueur désœuvré était l'œuvre de Mayeur de Saint-Paul, cet acteur et directeur de théâtre qui eut une vie si accidentée, joua à l'Ambigu et chez Nicolet, passa en Amérique vers i/'^fj, puis revint fonder à Bordeaux le théâtre du Vaudeville; enfin fut engagé à Paris, en 1795, au théâtre de la Cité, et mourut à la fin de 1818. La délicatesse littéraire de Morandc qui, nous l'avons vu plus haut, s'approprie, sans indiquer la source, un mémoire entier du Parlement, ne peut inspirer une confiance suffisante pour détourner de lui toute accusation de plagiat. Cepen-

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