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dut être fermée. Chassés du temple^ les Pharisiens et les Parisiennes se donnèrent rendezvous dans les environs ; et c'est ainsi que le Bois de Boulogne devint la grande promenade de Paris, où les désœuvrés et les femmes de plaisir se rendront en foule, qui à cheval, qui en équipage, pour faire assaut de luxe et de toilettes.
Morande a la clef de toutes les alcôves; il sait que M'"' Le Vasseur, actrice fort laide, sèche, mais pleine d'esprit et de talent, maîtresse adorée du comte de Mercy-Argenteau, le grave ambassadeur de l'Empereur, vient souper avec
dant il nous paraît peu probable que le Gazetier cuirassé ait osé, deux ans après la publication du Chroniqueur désœuvré, copier textuellement l'ouvrage d'un autre dans sa Ga:{ette noire qui a été imprimée au début de 1784. On peut supposer que Morande est l'auteur du Chroniqueur désœuvré comme de la Galette noire et qu'il s'est servi deux fois des mêmes matériaux pour battre monnaie et tirer à la ligne. Nous savons qu'on a contesté à Morande jusqu'à la paternité de la Ga^^ette noire, que certains érudits attribuent à Latitte de Pclporre, l'auteur probable des Petits Soupers de l'hôtel de Bouillon (V. une note de Quérard et Jannet, Supercheries littéraires, t. II, p. 142). Mais rien ne vient à Tappui de cette conjecture, et la préface de la Galette noire (où Morande annonce la mort du Gazetier cuirassé et la publication de ses oeuvres posthumes, alors que le gazetier était plus vivant que jamais), ne laisse aucun doute sur la communauté d'origine du Gazetier cuirassé et de la Ga:;ette noire.
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luij à des jours marqués, sans que personne s'en doute dans la maison de Son Excellence. Il n'ignore pas que le comte d'Arande, ambassadeur d'Espagne, après avoir congédié M'" Cléophile ' pour foire sa cour au chaste Louis XVI^ n'a pu s'empêcher de la reprendre. Il a feuilleté le carnet sur lequel M'"= Dubois^ une fugitive de la Comédie-Française, inscrivait les noms de ses amants, et il a noté le total des heureux qu'elle avait faits : 16527 -. Il raconte^ comme un beau trait de loyauté, que M^"' Grandi ayant eu avec son adorateur titulaire une petite querelle de ménage, fit monter son portier qui certifia sous serment qu'il n'était entré chez elle que six personnes suspectes dans toute la
1. C'était une ancienne danseuse de l'Opéra. Elle eut beaucoup d'adorateurs, entre autres la Harpe qui s'éprit d'elle comme un jeune homme, bien que la santé de la belle fût sujette à caution, et qu'elle eût figuré dans le sérail du prince de Soubise. La Harpe s'afficha partout avec elle, au théâtre, à la Redoute et même à l'Académie. \'. la Correspondance de Grimm, t. IX, p. i8;î.
2. Les Mémoires secrets (2 mars lyGS) nous disent que M"c Dubois n'avait pas de talent, mais était « une trcs-jolic créature ». Ailleurs cependant (4 mai 1762), on liii qu'elle louchait et que son visage ne pouvait rendre que les rôles de furies. En revanche, elle avait un très bel organe {Mémoires secrets, 20 août 17Ô7). Mais ses grands bras étaient insoutenables [Ibid., ic mars i-jCu)). Cela ne l'empêchait pas d'avoir une
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matinée. A qui douterait de la munificence du comte de Sabr... le gazetier apprend que ce noble seigneur a donné des meubles à M"''*' Testard et Thuillier, ainsi qu'à quelques autres filles moins connues qui ont vendu les leurs pour payer ses dettes, à plusieurs reprises. Il ne faut pas que M. le comte se fàche^ ajoute le doux pamphlétaire ; il aurait bien tort, « car on n'a pas dit qu'il a vendu les meubles de sa femmej pendant qu'elle était à la campagne... et on aurait pu le dire parce que cela est vrai. « Grâce à Morande, bien des petits scandales de la vie galante sont transmis à la postérité. C'est l'aventure du comte de P... ' qui, surpris en tête à tête avec M'"' Du Thé, maîtresse du
grande influence à la Comédie-Française, vers 1770. Quand elle fit sa rentrée dans Zaïre, en décembre 1771, après une grave maladie, on lui fit une ovation triomphale. Elleseretira du théâtre en novembre 1772, après la mort du sieur Gauthier, son amant, qu'elle pleura avec affectation. M"c Dubois mourut de la petite vérole en novembre 1779, laissant de 20 à 25, 000 livres de rente. Sur M"'^ Grandi et ses conquêtes, Y. McDioircs secrets, 14 mars 1768.
I. Est-ce le même personnage auquel arriva la mésaventure que Manuel {Police dévoilée, p. i55) attribue au comte Matousky? « Le comte Matousky dormoit sur le sein de la Duthé, lorsque le duc de Durfort les éveille tous deux. Et le Polonois de se sauver et le François de le poursuivre jusque dans la rue. Le guet le rencontre en chemise et le couvre d'un manteau. »
duc de Durfort, se précipite dans la garde-robe de cette fille ce'lèbre et y prend un bain parfumé. C'est la singulière humiliation que subit la même courtisane^ proclamée par Morande c( l'héroïne de nos filles ' «. Un jour,, un équipage pompeux s'arrête à la porte de la belle. On en voit descendre un jeune homme magnifiquement vêtu et entoure de valets de grand style. Il monte, s'annonce pour un étranger de la plus haute distinction, et fait à la Du Thé les promesses les plus brillantes. Comment résister à un si brillant cavalier, quand on n'est pas une vertu farouche? L'étranger, n'ayant plus rien à désirer, prend congé et dépose, en partant, une lourde bourse sur la toilette; mais, à peine lenoble visiteur est-il remonté dans son carrosse de gala, que la Du Thé ouvrit la bourse et n'y trouva que des jetons de cuivre. On appi'it le lendemain que le prétendu prince exotique n'était qu'un valet déguisé qui, avec la complicité de ses camarades et grâce à 1 indiscret emploi des habits et de la voiture de son maître, avait imagine cette comédie galante.
I. La mcinc anecdote se trouve dans la Chronique scandaleuse, t. I, p. 87, cdit. de 1791. -- On peut lire dans la Ga:çctte noire, p. 199, et dans VEspion anglais, t. III, p. 'iqi, une épîtrc sur les courtisanes dcdicc à M"^' Du Thé.
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La Du Thé pouvait d'ailleurs se consoler d'une mésaventure aussi douloureuse pour son amour-propre : les plus grands personnages se disputaient ses laveurs. Si l'on en croit V Espion anglais et la Police dévoilée^ elle aurait, étant encore sim pie e^'^rt/ze/' d'opéra, reçu du duc d'Orléans la délicate mission d'inculquer au duc de Chartres les premiers éléments de l'art d'aimer. Le comte d'Artois montra du goût pour elle. M. de Sartine l'honora de sa protection, ce qui permit à Morande de diffamer le ministre de la marine dans une brochure dont parle la Correspondance secrète (la Cassette vcrte^ trouvée dans les papiers de M"" Du Thé, 1779). La Du Thé étalait un luxe insolent et se montrait à Longchamps dans un équipage à six chevaux dont les harnais étaient en maroquin bleu, recouvert de plaques d'acier. Pendant son voyage en Angleterre,, elle inspira une violente passion à Fox età lord Sh**^ qui^ en un mois, dépensa pour elle 7,000 guinées. La femme de ce prodigue, passant devant la courtisane, à la sortie de la Comédie italienne, se contenta de dire au lord en souriant : « Oui , elle n'est pas mal. » Manuel attribue le même mot à la marquise de Genlis, lorsque le marquis, dont les mémoires du temps racontent les folies et les
dissipations , osa présenter la Du Thé à sa femme.
Nous ne suivrons pas Morande dans ses excursions cyniques à travers les basses régions de la galanterie ou plutôt de la débauche publique. L'apothéose de la noble dame Gourdan, qu'on appelait dans le meilleur monde la petite comtesse, révolterait le goût délicat du lecteur moderne. Et pourtant cette « surintendante ou grande maîtresse des plaisirs de la cour et de la ville », pour nous servir des qualificatifs que Morande lui adresse, a joué un certain rôle dans l'histoire de son temps. Tous les jours, le lieutenant de police portait au roi Louis XV un extrait du livre de la comtesse : l'idée venait de M"'' de Pompadour^ et la Du Barry avait soigneusement maintenu cette tradition administrative. Le fait est qu'il se passait des choses bizarres dans cette maison de la comtesse que la Ga:{ette Jioire décrit avec minutie, comme le plus merveilleux des édifices historiques. Le Bien-Aimé dut passer un moment agréable^ en lisant dans les notes de police l'histoire des relations involontaires de la pauvre M'"'^ d'Oppy avec la Gourdan.
M'"" d'Oppy était une provinciale, habitant Parisj femme du grand bailli d'épée de la ville
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de Douai. Un certain aigrefin, chevalier de Saint-Louis, qui s'entendait avec le chevalier de Gricourt, beau-frère de la victime de cette intrigue j présenta à M'"'' d'Oppy la petite comtesse comme une femme de la plus haute condition , habituée à recevoir la meilleure compagnie. La femme du grand bailli, trompée par ces faux renseignements^ accepta un souper chez la Gourdan; mais la police^ prévenue par le chevalier de Gricourt, vint aussi au rendezvous et envoya M""" d'Oppy à Saint- Lazare. De là scandale épouvantable. M. d'Oppy accourt à Paris, dépose une plainte en adultère contre sa naïve moitié et veut la faire enfermer dans un couvent pour la punir de ses imprudences. M'"'' d'Oppy se dérobe par la fuite aux persécutions de son Othello, et demande à la justice de prononcer la nullité de la plainte en adultère. Au fond, la vraie coupable c'était la petite comtesse, sans oublier les gentilshommes ses complices. Un arrêt la décréta de prise de corps, et la condamna à être promenée sur un âne, la tête tournée vers la queue; mais ses amis du Parlement la prévinrent à temps et elle put se mettre à l'abri ; quant à son mobilier curieux et compliqué, il fut saisi et séquestré. Le gardien ne le montrait plus qu'aux personnes munies d'un permis du président de la
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Tournelle, M. de Courges*. Ce fut un grand deuil parmi les libertins du temps que cet exil de la petite comtesse qui fut d'ailleurs mise hors de cause le 1 9 août 1 776 -. Pour Morande, la Courdan devient un type historique, comme la Macette pour Régnier. Autour d'elle , il groupe toutes les figures dégradées et grimaçantes du xvni'' siècle qui s'achève. Il édite, en 1784, la prétendue « correspondance de M""" Courdan, dite la comtesse », qui n'est autre chose que le recueil des lettres supposées de ses clients , lettres de remercîmentSj lettres de reproches et d'injures, suivant les cas. C'est dans ce singulier petit livre, qui excita un tel
1. Morande a emprunte ou fourni à l'Espion anglais, t. III, p. 71, la description de la maison de Mme Courdan, ainsi que V Oraison fiincbrc de .1/™" Justine Paris, gra' .ie prêtresse de CytJicre, Paplios, Aniaihonte,etc., prc/.oncéc le 14 novembre jyyJ par M^" Gourdan sa coadjiitriee, en présence de toutes les nymphes de T't'nus. r'spion anglais, t. III, p. 90. Conf. Ga:;ette noire, Kdit. de 17'^.)., p. 97 et suiv. et p. 116 pour l'oraison funèbre de Justine Paris. La Galette noire, étant datée de 1784, doit être antérieure au t. III de VEspion anglais, qui est daté de 1785. Mais il }■ a eu une réimpression de VEspion. Qui est le plagiaire .'
2. Sous la date du 3 décembre 1783, les Mémoires secrets annoncent a que la petite comtesse a péri il y a peu de jours, de mort subite, presque violente. » On présume qu'elle a dû être empoisonnée. « Les rapports qu'avait cette appareilleuse avec ce qu'il y a de plus