MORANDE PEINTRE DE MŒURS
scandale qu'on mit à l'amende trente-trois colporteurs, qu'on trouve « l'instruction pour la jeune demoiselle qui entre dans le monde et veut faire fortune avec les charmes qu'elle a reçus de la nature » ; et autres Jolies choses dont la lecture n'est pas encore autorisée dans les pensionnats de demoiselles. Toutes les catégories de débauchés y sont représentées par des spécimens littéraires parfaitement appropriés au caractère de chacun des correspondants : depuis le petit abbé qui, ayant éprouvé certaines inquiétudes de santé pour avoir trop fréquenté les élèves de la petite comtesse, lui écrit : « On a bien raison de dire qu'il n'y a plus de probité, et qu'on ne sait plus à qui se
grand, ajoutent les Mémoires, la mettaient dans le cas de se faire beaucoup d'amis et d'ennemis. »
Il n'est pas inutile de rappeler, à propos de M^i'^Gourdan, que, d'après l'auteur des Anecdotes sur la comtesse Du Barry, qui tenait ses renseignements de la Gourdan elle-même, la future maîtresse d'un roi fut pendant quelque temps la pensionnaire de la célèbre apparcilleuse. La fille du commis Gomart de \'aubernicr avait alors environ seize ans et sortait de chez Labille, marchand de modes, où elle portait le nom de M''" Lançott. Elle se rencontra chez la Gourdan avec son parrain, M. Billard-Dumonceau qui fit une scène effroyable à la suite de laquelle la jeune fille n'osa plus rester pensionnaire de la petite comtesse. Mais le comte Du Barry, un peu plus tard, permit à sa protégée défaire plusieurs visites à la Gourdan.
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fier », Jusqu'à l'épais Allemand qui s'exprime en ces termes galants : « Matame^ que lamamzelle soit brune : moi l'aime pas les blondes; l'y avoir la œil considérablement langoureux, au lieu que la brune l'y afre l'reil plein d'amour '. ))
Malgré la bassesse de ses goûts, Morande n'était pas un simple naturaliste, pour parler le langage du jour. Faire la biographie ^ tracer le portrait d'une fille publique et de son aimable entourage, ne lui paraissait pas le comble de l'art. Toutefois, c'est évidemment un écrivain ennemi de la périphrase et du convenu.
I. Les Mémoires secrets annoncent le 8 juillet lySS la publication du Portefeuille de M™« G. On peut consulter sur la Gourdan V Espion anglais, t. II, p. i36. Morande reproduit dans la Galette noire la lettre VIII de V Espion anglais, qui est datée du ii septembre 1775, et notamment l'histoire de M""" d'Oppy, qui se trouve aussi dans les Mémoires secrets du 20 juin 1776. On peut y joindre la plaisante mésaventure de l'évêque de Tarbes, M. de Lorr}-, qui avait recueilli dans son carrosse, les prenant pour d'honnêtes femmes, la Gourdan et deux de ses élèves dont la voiture s'était brisée sur la route de Versailles. M"'f Du Barry et le roi en firent des gorges chaudes et reprochèrent au naïf prélat, par l'intermédiaire du t^rand aumônier, de donner l'exemple des mauvaises mœurs. « Pourtant, disent avec raison les Mémoires secrets (3i janvier .1770), cette anecdote, qui paroît sûre, fait infiniment d'honneur à M. de Tarbes, dont les confrères n'auroient pas tous également méconnu la célèbre entremetteuse. »