‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 16 sur 55 · On peut lire la lettre de remcrcîment, que Dau · texte numérisé non relu

On peut lire la lettre de remcrcîment, que Dau

Guimard, puis de Cécile , élève de Vestris, Dauberval se lia ensuite avec M"'' Crêpé ^ dite Théodore^ créature charmante et romanesque qui avait débuté en 1776 à l'Opéra comme surnuméraire de la danse. C'est elle qui demandait à Rousseau des conseils sur la manière de se conduire au théâtre et qui, costumée en amazone, se battit au pistolet avec une de ses camarades de l'Opéra, M"° Beaumesnil, les quatre témoins appartenant au ménie sexe. L'énergique Théodore exerça aussi ses talents littéraires en écrivant plusieurs lettres où les ministres et la direction de TOpéra n'étaient pas ménagés. Mal lui en piit, car Amelot, le ministre de la maison du roi, la fit arrêter par un agent de police dans un château de la Champagne où elle était allée vivre avec Dauberval. Ils ne tardèrent pas à se marier authentiquement et quittèrent l'Opéra pour courir la province. Ils devaient tous deux survivre à la Révolution '.

berval écrivit à la Du Barry, le 10 avril 1774, dans les Anecdotes secrètes sur la comtesse Du Barry, édit. Uzanne, p. 25g.

I. Après un caprice de six semaines pour le chevalier de N... Théodore revint à Dauberval et trouva cette excuse délicate : « C'est moi, c'est votre infidèle, si je le suis. Tu n'as donc pas remarqué que le chevalier a tous tes traits : mêmes yeux, même sourire : il

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Nous citerons enfin un autre danseurj contemporain de Vestris et de Dauberval, et qui jouissait aussi d'une grande vogue. C'est le beau Nivelon, que Dauvergne, dans son rapport au comte de Villedeuil, qualifie de « danseur agréable dans la pantomime «. Nivelon fut, à ce que nous apprend l'auteur anonyme du Vol plus haut ', le héros d'une mystification qui eut pour lui des conséquences assez cuisantes. Le fils de M. de Sartine et M. de Clugny, maître des requêtes^ ayant obtenu, chacun de leur côté, un rendez-vous galant avec la Devillechez le suisse du Bois de Boulogne, au restaurant de la Porte-Maillot, commandèrent un souper délicat. A l'heure dite, ils arrivent, se rencontrent et, comme ils se connaissaient, se racontent mutuellement leur bonne fortune. Mais, au lieu de la belle, ce fut M. Amelotj fils du ministre et conseiller au Parlement comme le fils de M. de Sartine, qui fit son entrée chez le suisse. Lui aussi, avait un rendez-vous avec la Deville. Fureur des trois gentilshommes, qui comprennent qu'on les a joués. Ils s'attablent

n'a pns ton cœur, et je l'ai cru;c'étoit toi que j'adorois dans lui; je l'aiinois pour t'aimer deux fois; reste seul et tu me suftiras... » Citron, scaud., t. I, p. 201.

I. On trouve la niêiue anecdote dans les Mcutoircs secrets {25 août 1780}. .M"»^ Deville est appelée M"*' \illc.

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pourtant, puis vont prendre le frais dans le bois. Au détour d'une allée^ les trois promeneurs entendent des éclats de rire. On allume des torches, et qui trouve-t-on ? Nivelon avec la Deville. Elle en fut quitte pour une bordée d'injures; mais Nivelon ne s'en tira pas à si bon compte et reçut force coups de canne. Le danseur porta plainte au lieutenant de police, qui en informa le roi. Ce fut le maître des requêtes, M. de Clugny, qui paya pour les autres. Il fut exilé en Bourgogne. « Quant aux deux camarades de M. Clugny, lit-on dans les Mémoires secrets, moins coupables, les ministres, leurs pères parent le coup et les semoncent vigoureusement. Ces deux-ci sont conseillers au Parlement; et la compagnie aurait trop à faire si elle prenait garde aux étourderies scandaleuses de tous ses membres, dont il y en a soixante environ de cette espèce; il y en a bien quarante parmi les maîtres des requêtes. Qu'on juge à l'échantillon de tous ces magistrats et du bonheur d'avoir de pareils arbitres de la liberté et de la vie des citoyens! »

Des danseurs aux danseuses la transition est facile. Morande passe en revue cet escadron léger. En tête marchait la célèbre Guimard, l'une des courtisanes les plus riches et les plus adulées. « Cette demoiselle, écrivait Dauvergne, a

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fait un service sans exemple depuis i j^ i qu'elle est entrée à l'Opéra », et la Ferté reconnaît « qu'elle avait beaucoup de zèle et travaillait très bien «; mais l'intendant des menus était jaloux de l'influence que la danseuse avait su acquérir. Il remarque avec une pointe d'aigreur « qu'elle est d'une dépense immense pour l'Opéra, où ses volontés sont suivies avec autant de respect que si elle en était directrice ». Cette fascination s'exerçait même au dehors. Le petit palais que la Guimard s'était fait bâtir à la Chaussée d'Antin servait de rendez-vous à toute la société galante '. Dans cette demeure élégante, qu'on appelait « le temple de Terpsichore » -, les comédiens français et italiens venaient donner des représentations, en ThonncLir de la déesse. L'auteur du Vol plus haut

1. Griiuni, dans sa Correspondance (t. IX, p. 2), raconte une fctc avortée qui devait avoir lieu chez la Guimard. Cent gentilsliomnies, entre autres le comte d'Artois et le duc de Chartres, avaient souscrit 5 louis par tête. M"^'* Du Thé et Dervieux devaient jouer la pièce de la Colonie. Le programme comprenait encore plusieurs pièces de Collé et un souper colossal où était invitée « l'éliie de nos jeunes nymphes ». Depuis huit jours, les préparatifs se poursuivaient dans l'hôtel de la Guimarti, quand l'archevêque de Paris décida le roi à interdire la fête, le matin même du jour fixé. On distribua aux pauvres les apprêts du souper. V. aussi Mémoires secrets, 24 février 1776.

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