‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 37 sur 55 · Les papiers u-ouvcs aux Tuileries et lus à l'As · texte numérisé non relu

Les papiers u-ouvcs aux Tuileries et lus à l'As

MOR.VXDE ET BEAUMARCHAIS. 23i

Il est bon de noter au passage le rôle qu'il joua dans l'affaire Kornmann, d'abord parce que l'affaire en elle-même est assez piquante^ et ensuite parce que le premier protecteur de Morande, le spirituel et immoral Beaumarchais, s'est trouvé encore une fois^ dans cette circonstance, rapproché de l'ancien biographe de M"'' Du Barrv.

Au moisde mai 1787, Guillaume Kornmann^ ancien banquier à Paris^ portait plainte au Châtelet contre sa femme, convaincue d'une série d'adultères, contre le sieur Daudet de Jossan, Beaumarchais, le prince de Nassau et M. Le Noir, ancien lieutenant-général de police. L'ex-banquier accusait ces quatre personnages de tous les crimes imaginables. A l'en croire^ Daudet de Jossan ', favori du prince de Montbarey, l'ancien ministre de la guerre^ aurait

semblée Nationale dans les séances des 1 5, 16 et 17 août ne laissent aucun doute sur ce point.

I. Daudet de Jossan s'était fait connaître par quelques ouvrages littéraires, notamment par ses critiques sur les salons. Il était fort intrigant. Econduit par le duc de Chartres, par le duc d'.-ViguilIon, il avait fini par gagner la confiance du prince de Montbarey, auquel il servit d'agent dans les négociations pour le mariage de la fille du ministre avec le prince de Nassau. En récompense, Daudet fut nommé syndic de la ville de Strasbourg, ce qui causa un grand scandale, car le corps municipal de Strasbourg était composé de la plus haute noblesse.

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séduit M''^"' Kornmann et l'aurait rendue grosse. Plainte du mari contre l'épouse, qui^ en vertu d'une lettre de cachet, est enfernîée chez les dames Douzi, maison de correction destinée aux femmes coupables. Alors intervient Beaumarchais qui, à la sollicitation de son ami le prince de Nassau-Siegen, prend la belle sous sa protection et, en décembre 1781, obtient de M. Le Noir l'ordre delà faire mettre en liberté. Fureur de l'époux et déluge de mémoires^ rédigés sous son inspiration par le jeune avocat Bergasse, qui voit dans ce scandale une occasion d'asseoir sa réputation. Sans parler de Daudet, qui avait bien réellement débauché M'"'' Kornmann, on accusait Beaumarchais d'avoir lui-même goûté à ce fruit défendu et d'en avoir laissé une part à Le Noir, pour obtenir son concours bienveillant. On a cherché à justifier Beaumarchais d'une intervention au moins inutile; on a prétendu qu'il n'avait agi dans cette affaire qu'avec les intentions les plus pures '. Tel n'était pas l'avis des contemporains, et les continuateurs de Bachaumont - n'hésitent pas à penser que Daudet et Beaumarchais sont « fort capables

1. V. notamment Beaumarchais et son temps de M. de Lomcnic, t. II, p. 38i.

2. Mémoires secrets, 20 mai 17S7 et passim jusqu'au 2(3 octobre.

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des atrocités qu'on leur impute «. Ils ajoutent que l'auteur du Mariage de Figaro « est connu et que sa réputation en scélératesse n'est point équivoque ». Nous savons que le Parlement a donné raison à Beaumarchais en condamnant Kornmann, par arrêt du 2 avril 1789, à payer à son adversaire mille livres de dommages-intérêts; mais il y a lieu de croire que le Parlement a tenu principalement à rendre justice à M. Le Noir, qui, lui,avaitété calomnié par Bergasse et son client d'une façon ridicule '. Beaumarchais vieilli avait contre lui l'immense force qu'il avait de son côté dans l'affaire Goëzman : l'opinion publique. On le qualifiait couramment de moderne Verres et de scélérat ; on plaignait Le Noir de l'avoir i)our acolyte; on chantait :

L'étrange auteur de Tarare, Pour un bon mot, l'an dernier, De l'ordre de Saint-l.a;iarc F"ut fait simple chevalier.

Le procès qu'il se prépare Pourroit bien, cette fois, Lui mériter la grand'croix.

Déconcerté, étourdi par le torrent des sar-

I. Le 22 septembre 1787, un arrêt du Conseil du roi, rendu sur l'avis du garde des sceaux, avait déjà supprimé comme libelles les mémoires de Kornmann, par ce motif qu'ils contenaient des imputations fausses

casmes, Beaumarchais, qui venait déjà d'essuver sans mot dire les invectives de Mirabeau à propos des spéculations de la Compagnie des Eaux de Paris, Beaumarchais, auquel ce redoutable adversaire avait publiquement reproché Y opprobre de ses relations avec Morande, n'hésita pas à réclamer encore le concours intéressé de l'ex -Gazetier. Dans ses n"' des 8, 12 et I 5 juin 1787, le Courrier de VEurope prit violemment parti contre Kornmann, et le correspondant de Beaumarchais rédigea pour lui une diatribe dont les Mémoires secrets annoncent ^ le 6 juillet, la prochaine publication. Il est plaisant de voir l'athlète fatigué, qui avait autrefois bravé le Parlement Maupeou, emprunter maintenant pour se défendre la plume d'un homme aussi méprisé que Morande. Au reste, le public jugeait avec dédain les nombreux mémoires publiés par Beaumarchais contre Kornmann, Tandis qu'on trouve que Bergasse « a le style noble ,

et calomnieuses contre M. Le Noir. L'arrêt du Parlement n'est qu'une conséquence de l'arrêt du Conseil dont M. de Loménie ne parle pas. V. Mémoires secrets, I I oct. 17H7. L'arrêt du Conseil supprimait, en même temps que les mémoires de Bergasse et Kornmann, un vrai libelle intitulé Z,'aH /-(Sj^ précis de l'administration de la Bibliothèque du Roi sous M. Le Noir. Mémoires secrets, i3 oct, 1787.

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